Matthieu Longatte

«  LES GENS ONT L’IMPRESSION QUE JE CRIE POUR EUX »

Connu du grand public grâce à ses vidéos énervées et engagées de Bonjour Tristesse, Matthieu Longatte est sur scène depuis un an et demi avec son spectacle Etat des gueux.

Cela a été difficile de passer du format Youtube à un spectacle seul en scène ?

Ce n’est pas la longueur qui m’a posé des difficultés, car je parle trop, donc j’avais plutôt des choses à enlever qu’à rajouter. C’est surtout le rapport au public qui change. La posture que j’avais dans les vidéos n’était pas transposable au spectacle vivant. Dans Bonjour Tristesse, les gens ont l’impression que je crie pour eux, avec eux, contre les politiques. Dans une salle, le public aurait l’impression que je lui crie dessus ! Et je suis en interaction avec les spectateurs, qui sanctionnent en direct si c’est drôle ou non. Il a donc fallu changer de personnage et d’énergie, mais ça s’est fait assez naturellement.

Vos années d’improvisation théâtrale vous ont aidé à tout cela ?

Absolument ! Je suis un timide extraverti, mais sur toutes les premières, dans tout ce que je fais, je suis un « traqueux », avant de me détendre par la suite. Si je n’avais jamais fait de scène, j’aurais fait une descente d’organe ! D’autant que j’ai débuté le spectacle devant des salles pleines : je ne l’avais jamais joué devant personne, et du premier coup j’étais devant 200 spectateurs. Donc l’expérience de l’improvisation m’a sauvé d’une syncope ! Et cela me permet aussi d’être à l’aise quand il y a des réactions inattendues dans le public, je ne suis pas en stress car je suis à l’aise avec le fait de sortir du texte.

Le texte évolue en fonction de l’actualité ?

C’est surtout la première partie du spectacle qui évolue, car elle est assez politique. Pour Sarkozy et Hollande, c’est fait, y’a plus rien à ajouter, mais pour Macron j’adapte au fur et à mesure de ses turpitudes.

On retrouve donc la mobilisation pour les retraites dans le spectacle ?

Oui il y a un mot là-dessus, je parle aussi des gilets jaunes… Malheureusement, on retrouve à chaque fois les mêmes rapports de force ou les mêmes problématiques : la situation change, mais le fond du propos reste le même.

Tout le spectacle tourne autour de politique ?

La première demi-heure fait l’état des lieux de ce qui nous est proposé politiquement, puis cela sert de prétexte pour aller parler de sujets beaucoup plus sociétaux que dans Bonjour Tristesse. Après l’état des lieux, je m’interroge sur ce qui fait qu’on ne piétine pas les politiques, malgré tout ce qu’ils nous font subir depuis des décennies. Cela me permet de parler des métiers que je considère complices de l’asservissement des pauvres, ou d’évoquer le racisme, le sexisme, les rapports homme-femme, l’homophobie…

Vous avez des propos engagés : vous êtes aussi engagé dans le privé, en participant à des manifestations, ou en lançant les débats pendant les repas de famille ?

À titre privé je vais souvent en manif, car il y a de quoi faire (et j’ai du temps pour cela, donc je n’ai pas forcément de mérite). À l’inverse, dans la vie je ne parle plus trop de politique avec mes proches ou en famille : Bonjour Tristesse m’a fait prendre beaucoup de recul à l’échelle intime. Avant j’étais souvent le premier à lancer la discussion et à débattre pendant trois heures à table, maintenant j’évacue mes névroses, mon jus de colère je le mets dans l’art, et dans la vie ça m’a un peu libéré.

Du côté des vidéos, le rythme s’est beaucoup calmé : c’est bientôt la fin ?

J’ai toujours dit que je n’en ferai que 100, ce qui est déjà beaucoup trop. Donc là on est à 99, et je bugge un peu… Je pense que je vais en faire un dernier sur les retraites, puis un épisode final en cinq chapitres. Je reviendrai peut-être ensuite aux chroniques d’actualité, mais j’abandonnerai cette forme, le côté brut de Bonjour Tristesse avec son tournage face caméra en plan séquence.

Vous étiez en tournage récemment : d’autres projets sont en préparation ?

Je ne peux pas trop en dire, mais il s’agit d’une série que j’ai écrite et qui se passe en banlieue. Je voulais essayer de raconter la banlieue par le prisme des anecdotes qui s’y passent, par les déboires de banlieusards, sans être dans un feuilleton. Avec ce projet j’ai découvert le travail intensif, c’est très désagréable !

Votre livre de de chevet en ce moment ?

Je relis le Spleen de Paris de Baudelaire, et je suis dans la Conjuration des imbéciles, qui est censé être un livre-culte, mais j’ai un peu de mal à avancer. Je m’accroche, car je déteste ne pas finir un livre, mais j’ai du mal à comprendre ce qui crée tant d’émerveillement chez ceux qui me l’ont conseillé.

La dernière claque musicale ?

Koffee a beaucoup tourné dans mes playlists cette année, et en ce moment je redécouvre et je reprends une claque avec Benjamin Clementine.

La dernière chose que vous faites avant d’entrer en scène ?

Je check mes potes, qui me disent « merde », et je réponds « merci » alors qu’apparemment il ne faut pas.

Rendez-vous pour le spectacle Etat des gueux le jeudi 13 février sur la scène du Nouvel Atrium de Saint-Avertin (en partenariat avec la Smalla Connexion).
Réservations 
smallaconnexion.festik.net.

Matthieu Longatte sur Facebook et Youtube.

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