Marie-Claude Pietragalla

« POUR MOI, LA DANSE, C’EST LA RESPIRATION »

De danseuse étoile de l’Opéra de Paris à chorégraphe du Théâtre du Corps aux côtés de Julien Derouault, Marie-Claude Pietragalla continue de danser… pour se raconter.

Comment se sent-on en revenant à un spectacle solo, dix ans après le précédent ?

En solo, un rapport intime se tisse avec le public. C’est la 3e fois que je suis seule en scène, donc je connais bien l’exercice, mais ce spectacle est particulier : j’ai écrit des textes sur les sensations de l’artiste en scène, sur mon métier, mon parcours, depuis l’institution classique de l’Opéra de Paris jusqu’à l’émancipation et la volonté de créer ma propre écriture, plus contemporaine. Je suis donc conteuse du spectacle, et mon corps est narrateur, comme à chaque fois dans nos créations du Théâtre du Corps, avec Julien Derouault.

La danse s’accompagne aussi d’un travail sonore et visuel sur cette Femme qui danse ?

Nous avons collaboré à nouveau avec La Muse en Circuit, Centre National de Création Musicale, pour mener tout un travail sur le son : je porte un micro, et le spectateur est donc aussi témoin de ma respiration, au plus près de moi. Pour moi, la danse, c’est la respiration, il ne peut pas y avoir de mouvement sans souffle, sans énergie. Le travail a donc été très pointu pour la technologie, tant pour le son que pour le contrôle des images. Mais c’est dans le but d’être proche du public, sous forme de confidence, en essayant de mettre des mots sur l’indicible, car raconter la danse, ses sensations, est difficile… et rarement présenté sous forme de spectacle.

Quelle relation avez-vous avec votre corps, votre instrument et moyen d’expression ?

Plus les années passent et plus il faut être à l’écoute de son corps, le ménager car la récupération n’est pas la même, et l’entretenir énormément. La danse demande énormément de précision, il n’y a pas de place pour l’à-peu-près, donc l’entretien du corps aussi doit être minutieux, même quand on est jeune !

Il y a eu un vrai déclic qui vous a motivé à vous lancer dans l’écriture de ce nouveau spectacle ?

Beaucoup de choses me sont arrivées comme des signaux : j’ai ouvert une école parallèlement à la compagnie, donc je me suis confrontée à la passation de mon savoir et de ma passion, aussi bien pour des professionnels que pour des jeunes générations, des enfants ou des plus grands, qui sont passionnés mais danseurs amateurs, pour le plaisir de danser. Je pose souvent la question aux amateurs et aux professionnels : pourquoi vous dansez ? Qu’est-ce que cela vous procure ?

Ce questionnement s’inscrit aussi dans mon cheminement personnel, le fait de me demander ce qui nous met des étincelles dans les yeux quand on est enfant. Cela a donc accompagné un travail d’introspection, et au même moment j’ai participé à l’édition d’une série de livres jeunesse chez Michel Laffon, qui retracent mon parcours à l’Opéra (de manière romancée), pour transmettre cette expérience aux plus jeunes.

Tout cela m’a poussée à écrire ce qui est devenu aujourd’hui un spectacle.

Et pourquoi ce titre La femme qui danse ?

« La femme danse » car je fête 40 ans sur scène, et que je me suis toujours sentie comme une femme qui dansait et non comme danseuse, car le mot me semble réducteur. « femme qui danse » me semble envelopper l’humanité qui est liée à cette pratique. L’humain est important quand je vois un artiste sur scène.

Dans l’école de danse dont vous parliez, on apprend aussi bien le hip-hop que le clasique : abolir les frontières entre les genres, cela vous tient à cœur ?

Dans les années 1980 on a commencé à cloisonner la danse classique et la danse contemporaine, ou par rapport au jazz, alors que j’envisage la danse dans sa globalité. La technique, qu’elle soit contemporaine, classique, hip-hop, jazz, flamenco ou Bhutto, c’est un outil pour véhiculer des sentiments, des émotions, raconter une histoire ou être dans l’abstraction. Ce sont donc des tensions complètement stériles car les techniques sont riches et peuvent s’apporter mutuellement. Je ne voulais donc pas reproduire ce cloisonnement dans mon école.

Et y a-t-il personnellement un style que vous avez eu plus de mal à appréhender ?

Un style plus dur qu’un autre, non, et de toutes façons cela dépend de la passion et du travail qu’on met dedans. Je trouve passionnant d’explorer des choses inconnues, c’est pour ça qu’avec Julien Derouault pour le Théâtre du Corps, nous sommes très curieux de travailler avec des comédiens, des artistes de cirque, des musiciens… pour pouvoir ainsi se confronter à des choses qui ne sont pas dans notre zone de confort. C’est passionnant, c’est là qu’on se met en danger, et qu’on apprend.

La Femme qui danse le mardi 12 novembre à l’espace Malraux, Joué-lès-Tours – espacemalraux.jouelestours.fr.

L’artiste : www.theatre-du-corps.com.

[CRÉDIT PHOTO ©Pascal ELLIOTT]

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