Claire Diterzi

« On joue sur l’infiniment petit »
Pour l’Intime Festival, Claire Diterzi et Stéphane Garin se mettent à table, au plus près des
spectateurs.


En quoi consiste ce « Concert à table » ?
C’était au départ une commande, un spectacle créé pour être joué chez les gens, dans leur salon ou leur cuisine, et ça s’appelait « concert à domicile ». On se servait dans les placards, on utilisait tout ce qui était sonore pour illustrer musicalement le répertoire. C’est très agréable, c’est un petit cabinet de curiosité avec le public tout autour de nous. C’est un rapport au public convivial et nouveau pour moi, que j’aime beaucoup. Et c’est un concert qui se regarde aussi, avec tous ces objets qui ne sont pas des instruments de musique, mais que nous utilisons comme tels.


Et maintenant le stock d’objets est toujours le même ?
Oui, on n’est plus dans l’expérimentation, mais plutôt sur de l’horlogerie. On se balade avec nos deux grosses cantines remplies de notre bric-à-brac, on s’installe sur une table d’un mètre de large pour un concert miniature, pas du tout rock : c’est quelque chose de sensoriel, d’organique, on joue sur l’infiniment petit.


Et vous n’y chantez que des reprises ?
J’ai pioché des textes et des chansons dans mon répertoire. C’est agréable à mon âge de faire vivre mon propre répertoire. Dans l’industrie de la musique, vous faites un tube vendu à des millions d’exemplaires, vous vous inscrivez dans la durée. Mais le reste, 98% des chansons, passe à la poubelle et c’est dommage. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de reconnaissance commerciale qu’une chanson doit être oubliée ! Et c’est intéressant de redonner vie à des chansons dans des contextes différents : l’intime du Concert à Table, et le grandiose de « Je garde le chien et l’orchestre » où j’ai tout réarrangé pour orchestre symphonique.

On retrouve l’opéra dans plusieurs de vos créations – cette refonte de « Je garde le chien » mais aussi votre nouveau projet « Puisque c’est comme ça je vais faire un opéra toute seule »… Quel lien avec vous avec l’opéra, comme lieu et comme style musical ? Ce qui m’intéresse, c’est de mélanger différentes esthétiques dans ma musique, et différentes disciplines artistiques (la musique, le théâtre, le récit, la vidéo, la danse…). J’aime étudier des média différents, je revendique d’être dans la transmusicalité, sans étiquette, même si cela peut parfois poser problème ou déranger. Et la voix lyrique fait partie des choses qui me fascinent. J’aime écrire pour des chanteurs lyriques, dans « L’arbre en poche » je l’ai fait pour un contre-ténor. Ces voix grandiloquentes, puissantes, pures me ravissent. Le rock m’a vite limitée dans mon envie de raconter : même s’il est toujours présent dans mon travail, je suis donc allée vers d’autres univers comme l’opéra, entre autres. Quant à l’opéra comme lieu, on commence à m’y accueillir. Cela a été le cas à Tours ou à Limoges, mais cela reste difficile de franchir ces barrières.


Et en quoi consiste « Puisque c’est comme ça… » ?
C’est un opéra pour enfants, que je crée dans le cadre d’une commande d’un spectacle tout public. Il y a une interprète, une jeune soprano, et je ne suis pas sur scène. J’écris la musique, le texte, je fais la mise en scène, mais je ne suis pas au plateau, c’est une première !

Et comment le vivez-vous le fait de rester dans l’ombre ?
A 51 ans, je crois que je suis au moment où j’ai envie de transmettre. C’est agréable d’avoir du recul, de ne pas être absorbée par le rôle d’interprète. C’est même une expérience jubilatoire, être là à fabriquer une maison de poupée, à habiller le personnage, lui dire ce qu’elle va dire et chanter…. Cette nouvelle place dans la création est très agréable !


L’âge, ça compte pour vous ?
La chanson est un milieu hyper jeuniste ! J’ai pendant longtemps fantasmé ce milieu : je voulais à tout prix une maison de disques et passer par toutes les cases du parcours-type de la chanteuse. Alors que pour durer il faut sans doute faire l’inverse… Se réinventer sans être forcément sur scène, sans toujours faire des disques. Ne pas être cette femme-objet, mise systématiquement en avant dans un groupe, qu’on infantilise on qu’on transforme en objet de désir. C’est le contact avec d’autres disciplines, avec des chorégraphes ou des metteurs en scène qui m’a permis de comprendre que d’autres modèles existent. C’est pour cela que j’ai créé ma propre compagnie, et que je gère l’économie autour de mon travail comme je le souhaite. Et pour comprendre tout cela il m’a fallu atteindre une certaine maturité… et un certain âge !


Et pour 2022, vos bonnes résolutions c’est… ?
J’adore changer d’année, changer d’agenda, comme si l’année écoulée était un brouillon et que la nouvelle allait être forcément nickel ! Ça fait du bien de tourner la page… et le livre, et la bibliothèque, et la maison !


En concert le 28 janvier au Nouvel Atrium de Saint-Avertin pour l’Intime Festival.

Réservations 

Pour en savoir plus

Interview publiée dans le PROG ! nº187-188 de janvier-février 2022.

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