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PANCHO

«  l’image fixe peut encore avoir des lecteurs »

Arrivé en France dans les années 80 après un passage par l’Uruguay, l’Argentine et le Venezuela, Pancho publie un recueil de ses dessins parus dans Le Canard Enchaîné, le Monde, Le Magazine Littéraire, le Herald Tribune et bien d’autres. Mais qui se cache à l’autre bout de ce crayon ?

Votre livre «Un monde de brut» réunit des dessins publiés sur une période 20 ans : les dessins restent toujours d’actualité ?

J’ai dû faire un choix entre les dessins pour choisir ceux qui traitent d’une actualité permanente et non ceux qui traitent d’événements de dernière minute. Ce sont donc plutôt des sujets de société, d’économie, de politique internationale par exemple.

Vous dessinez de la même manière pour le Canard Enchaîné que pour des publications étrangères ?

C’est un peu différent car les dessins que je fais pour le Canard Enchaîné sont assez petits, souvent dans la rubrique littéraire, alors que pour l’étranger je fais des portraits qui sont souvent en couleur, et je publie également pour le Magazine Littéraire en noir&blanc. Pour le Canard Enchaîné qui traite de l’actualité de dernière minute j’ai peu de temps pour travailler, alors que pour les autres je peux prendre deux ou trois jours, et je peux y revenir si nécessaire. Il m’est parfois arrivé de faire du dessin d’actualité pour le Financial Time, c’était également rapide mais pas autant que pour le Canard Enchaîné !

Avez-vous une préférence entre ces deux rythmes de travail et ces deux types de dessins ?

J’aime les deux, et quand j’étais au Monde je pouvais faire les deux choses en même temps car je traitais l’actualité pour le quotidien et des portraits pour le Monde Livres.

A l’heure de la crise de la presse écrite, quel avenir imaginez-vous pour le dessin de presse ?

J’aimerais le savoir ! C’est une question que je me pose. Je pense qu’il va y avoir une transformation mais je n’arrive pas à m’imaginer l’état de la presse d’ici 5 ou 6 ans car il y a vraiment une crise. En regardant ce qui se passe sur internet je me demande quel avenir va avoir le dessin fixe car on voit beaucoup d’images animées. Mais je pense qu’après un moment de turbulences il est probable que le dessin garde sa place, tout comme la photo l’a gardée même après l’invention du cinéma et de la télévision. Je pense que l’image fixe peut encore avoir des lecteurs.

Pourquoi aviez-vous choisi la France comme pays d’accueil ?

J’avais quitté l’Uruguay en 1973 à cause d’un coup d’Etat, puis l’Argentine où avait lieu un autre coup d’Etat, et je me suis installé au Venezuela où il y avait une démocratie. Mais je voulais essayer de m’orienter vers la presse internationale. J’hésitais alors entre les Etats-Unis et la France et j’ai été invité à Strasbourg pour une rencontre de dessinateurs de presse et je suis tombé amoureux de Paris donc j’ai décidé d’essayer de m’installer ici. Et j’ai eu de la chance !

Vous avez vécu les coups d’Etat argentin et uruguayen et vous avez été touché de près par les événements de Charlie : quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’état de la liberté d’expression et la liberté de la presse en France ?

J’ai été secoué par ce qui est arrivé à Charlie. Je ne m’y attendais pas, comme personne je pense. Je suis assez inquiet pour le futur immédiat : pas seulement pour la liberté d’expression, mais à cause de ce climat où tout semble pouvoir arriver. J’espère que cela n’ira pas trop loin, mais justement ce qui se passe en ce moment me rappelle ce que j’ai vécu il y a 40 ans en Amérique du Sud.

Vous est-il déjà arrivé d’être choqué par un dessin ?

Oui, ou du moins de ne pas partager la ligne d’un dessin. Mais je préfère que la possibilité d’exprime cette ligne existe, même si je ne la partage pas, et que ce soit éventuellement poursuivi si nécessaire : des mécanismes existent dans un état de droit comme la France....

Quelle est votre bande-son pour dessiner ? La radio, France Inter surtout, et de la musique aussi bien jazz que classique, cela dépend de mon état d’âme du moment.

Quelque chose que vous adorez dessiner ? A une certaine époque des personnages que je n’aimais pas avait du succès en dessin : Margareth Thatcher, Poutine...

Retrouvez le dessinateur Pancho en rencontre-dédicace le 21 mars prochain à 15h à la Librairie La Boîte à Livres, rue nationale à Tours. Renseignements sur www.boitealivres.com et au 02 47 05 70 39.