L’AGENDA DES SORTIES DU 37

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LA PETITE HISTOIRE...

... de la boule de fort

Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ? Imaginez donc : une piste de 18 à 24 mètres de long aux bords relevés à laquelle on accède en pantoufles;  une boule d’ 1,5kg qui n’est pas ronde mais cylindrique et cerclée de métal, et dont l’un des « côtés » est plus lourd que l’autre, et qu’on ne lance pas mais qu’on fait rouler… Le tout garantissant des trajectoires aléatoires pour celui qui n’est pas spécialiste de ce sport de boulistes !

Car oui, il s’agit bien là de boules : non pas de pétanque, ni lyonnaise ou encore moins de billard, mais de boule de fort ! Une spécialité qu’on trouve encore aujourd’hui au fil de la Loire, de Touraine en Anjou.

A qui doit-on cette facétieuse invention ? Les hypothèses abondent : des mariniers de Loire jouant sur le fond de leurs gabares ? Des prisonniers espagnols jouant avec leur boulet sur les chantiers ligériens ? On vous laisse imaginer les gaillards tentant d’éviter le mât planté au milieu de la gabare et de déjouer les irrégularités du bois, ou les captifs pris d’une envie subite de fabriquer des boules irrégulières pour s’amuser entre deux corvées…

Les origines de la boule de fort restent donc mystérieuses, mais le jeu existe depuis déjà bien longtemps dans nos terroirs. Ainsi le dictionnaire de Furetière, en 1691, nous aide à comprendre ce qu’est le « fort » : non pas que les joueurs soient obligatoirement des athlètes, puisque « le fort de la boule est l’endroit où le bois est le plus serré et, par conséquent, le plus lourd ». Et voilà ! Cependant mesdames, n’allez pas croire que la boule de fort était accessible à tous, et encore moins à vous !

Au XIXe siècle, où fleurissent les sociétés masculines créées par des notables puis adoptées par toutes les classes sociales, on reste en effet entre hommes pour se distraire un peu, boire un verre du vin local, et parfois partager ses idées. Dans ces clubs d’Anjou et en Touraine, la boule de fort est un loisir en vogue… mais interdit aux femmes, tout juste admises comme simples spectatrices !

Ce n’est qu’après la deuxième guerre que le renouveau des sociétés, affectées par les conflits qui ont emmené au loin les joueurs, et par le temps qui les a fait vieillir sans voir arriver les jeunes, va de pair avec l’acceptation des joueuses.

Les règles sont donc aujourd’hui bien établies: joue qui veut, du moment qu’il ait ses pantoufles pour parcourir la piste, sa boule de fort, un ou deux coéquipiers et que l’objectif soit d’approcher au plus près du « maître », notre cochonnet ligérien ! Et gare au zéro pointé, car il faudra alors aller « biser le cul de la vieille » !