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emel mathlouthi (Azza Béji & Ghaith Arfaoui)EMEL MATHLOUTHI

"Comment s'adapter quand on a une grande sensibilité ?"

La jeune chanteuse tunisienne était à l'unisson du Printemps Arabe en 2011 avec son 1er album Kelmti Horra (Ma parole est libre), et met en ce moment la dernière touche à son prochain album. PROG! l'a jointe en Tunisie pour en savoir plus sur ce nouveau projet et le concert qu'elle donnera à St-Pierre-des-Corps le 6 mars prochain.

Retrouvera-t-on sur les nouveaux titres que vous préparez des tonalités électro et trip hop mélangées à des sons orientaux, comme dans Kelmti Horra ?

Je travaille sur ce nouvel album et effectivement pour dégrossir un peu rapidement, je suis bien sûr toujours en recherche de sons, de mariages et d'associations de sons improbables, et je travaille toujours dans cette direction.

Cela vous amène-t-il vers de nouvelles collaborations ?

J'ai un peu tourné autour de la planète pour chercher des collaborateurs, et surtout un producteur qui pouvait donner forme à mes idées. Ça n'a pas été vraiment facile parce que les réalisateurs qui pourraient être à la fois producteurs, créateurs de sons et à la fois capables d'exploiter toute la matière acoustique, les percussions, les cordes, les voix, sont rares. Les producteurs électroniques ne sont pas très bons pour rentrer dans l'univers de quelqu'un d'autre, surtout si c'est un univers chanson comme le mien, donc je me suis retrouvée avec pas mal de bouts d'essais qui me faciliteront peut-être la tâche pour un futur album de remix ! Mais j'ai fini par trouver des personnes qui me comprennent et qui m'ont encouragée à aller dans une créativité encore plus folle, plus originale. J'aime bien également travailler avec plusieurs personnes à la fois, et cette longue recherche m'a fait réaliser qu'on ne pouvait pas forcément trouver la bonne voie avec une seule personne.
J'ai donc produit avec un ami de longue date, un producteur tunisien avec lequel on s'est retrouvés musicalement. On s'est mis à l'écart de la civilisation d'abord dans la campagne de Normandie pour essayer des choses. Un avant-goût qu'on a prolongé en se retrouvant plus longuement chez moi à New York où on a travaillé de manière plus soutenue, et cette fois-ci nous sommes en Tunisie, à côté de Sousse dont nous sommes originaires… avec le beau temps en prime ! On va également collaborer avec un producteur islandais, Valgeir Sigurosson qui a travaillé comme producteur entre autres avec CocoRosie ou Bjork… Tout en passant un peu par la Suède car j'ai aussi travaillé avec un producteur suédois, qui s'est occupé d'un titre que je garderai sur l'album. C'est donc une association de plusieurs talents et de plusieurs visions différentes.

Etant entre New York, la Tunisie et la France, l'arabe sera-t-il toujours la langue prédominante dans vos créations ?

Oui et c'est important car j'ai beaucoup de respect pour les artistes qui continuent d'évoluer tout en s'exprimant dans leur langue. Surtout en musique, car c'est là qu'on est le plus sincère. J'ai tout de même 2 ou 3 titres en anglais sur le prochain album. C'est une très belle langue que je découvre de plus en plus, je me suis plongée dans la poésie en langue anglaise et dans la littérature américaine. J'ai commencé avec William Blake dont l'écriture est à la fois simple, innocente mais aussi touchante et profonde. C'est une autre manière d'écrire. J'avais envie d'essayer cette écriture qui ne serait pas forcément très compliquée au niveau du vocabulaire, avec juste de petites proses qui vont accompagner des mélodies, car dans mes chansons ce ne sont pas forcément des couplets et des refrains mais plutôt des petits voyages où la mélodie de départ emmène vers d'autres horizons. Il est donc important que le texte soit aussi libre.

Et quelles thématiques aborderez-vous dans ce nouvel album ?

Je suis encore plongée dedans donc je n'ai pas définitivement cousu l'ensemble, mais j'ai déjà mis en lumière un fil conducteur qui m'est apparu en réunissant les chansons et en ayant enregistré ma voix de différentes manières: c'est le voyage intérieur, la recherche de soi, la recherche identitaire, la fragilité à la fois artistique mais aussi en tant que femme, qu'être humain, en tant que mère… C'est un travail très personnel, et il y a aussi des chansons connectées à la société, une petite analyse de la relation de ma sensibilité intérieure au monde, à ce que j'observe dans la société. Comment s'adapter quand on a une grande sensibilité, comment interagit-on avec les différentes personnalités qui composent la société ?

Comment vous définissez-vous justement par rapport à la société ? Pourrait-on vous définir comme une artiste engagée suite à vos actions durant la crise tunisienne d'il y a maintenant 4 ans ?

Je ne suis pas sûre d'être la personne la mieux placée pour me définir. Disons que pour mon 1er album j'étais très investie dans la lutte pour la liberté, les différentes formes d'expression et la révolution. Mais depuis je vis dans un contexte différent, j'ai mûri, j'ai beaucoup voyagé, donc je ne suis pas sûre que cette définition-là pourrait convenir à la personnalité artistique qui s'exprimera sur ce 2e album. En tant qu'artiste on grandit, on mûrit, on change, on enfile presque un autre costume en fonction des étapes de la vie et des créations… comme tout individu on passe par des étapes, on est la même personne mais on évolue au fil du temps.

C'est donc ce 2e album qu'on retrouvera sur la scène de Saint-Pierre-des-Corps en mars ?

Oui, deux ans après la sortie du 1er album j'avais déjà commencé à intégrer de nouveaux titres au live, les arrangements évoluent également avec le temps, selon le ressenti du moment. Etre en création c'est enrichissant pour le live, et créer pour le live c'est enrichissant pour le studio. Il y aura donc essentiellement des chansons du nouvel album dont on construit encore les arrangements. On fait actuellement des "tests" qui donneront naissance aux arrangements définitifs qui seront sur la prochaine tournée.

 

Dernier coup de cœur au cinéma ? Je ne vais plus autant au cinéma depuis que je suis à New York, mais mon dernier coup de cœur c'est le film flamand La Merditude des choses.

En ce moment dans votre mp3 ? Quelques trouvailles islandaises comme Samaris, des nouveaux artistes britanniques comme Bath, James Blake évidemment, l'Australien Ben Frost, Ghost Digital un groupe islandias des années 1980, LORN du dub-step, Ibeyi un duo franco-cubain qui monte…

Votre sucrerie préférée ? Toutes ! Le mille-feuille, la charlotte aux fraises, le fraisier…

Pour le carnaval vous vous déguiseriez en quoi ? En hippie, j'aime bien la grande liberté que cela évoque.

Si vous deviez résumer la Tunisie en un seul mot ? Easygoing. Comment traduire en français ? Quelque chose comme sans prise de tête, relax...

Retrouvez Emel Mathlouthi pour découvrir ses nouvelles créations sur la scène du Centre Culturel Communal de St Pierre-des-Corps le 6 mars prochain ! Réservations au 02.47.63.43.15.

 

 

 

Crédits photo Azza Béji & Ghaith Arfaoui