L’AGENDA DES SORTIES DU 37

lien agenda
  • image annonceur
  • image contact

Trouver une sortie



REGIS MAILHOT

«  l’humour c’est être en vigilance, en réaction »

Chroniqueur sur France Inter puis RTL, Régis Mailhot se joue de l’actualité avec un humour mordant qu’il développe sur scène avec son nouveau spectacle « Reprise des hostilités ». Avant son arrivée à Amboise en mars prochain, PROG! a voulu en apprendre un peu plus sur ce trublion !

Votre nouveau spectacle s’intitule « Reprise des hostilités » : l’humour est une sorte de combat pour vous ?

Ce n’est pas forcément un combat car ce ne serait pas quelque chose d’agréable, mais c’est une posture offensive par rapport au monde ou à l’époque, c’est être en vigilance, en réaction (au bon sens du terme), en éveil.

Est-ce facile d’adopter cette position-là aujourd’hui, dans un monde où on ne peut plus forcément tout dire ?

On est effectivement dans une époque un peu pudibonde. Tout le monde parle d’ouverture, de tolérance, et j’ai le sentiment que les vendeurs de tolérance ont rarement des échantillons sur eux ! On nous explique comment il faut penser, ce qu’on doit dire ou ce qu’on ne peut pas dire, les offuscations sont marketées… c’est un peu pénible, c’est un peu le retour de ce que j’appelle les « professeurs de vertu ».

Y a-t-il d'autres humoristes dont vous vous sentez proches dans cette vision de l'humour ?

Oui, et il n'y a pas que les humoristes : je me considère dans la catégorie des libres penseurs, avoir l'esprit libre c'est important. On n'est pas obligé de partager les opinions de tous et chacun, mais pouvoir les exprimer et les entendre c'est formidable. Je préfère le débat à l'anathème, or aujourd'hui on a toujours tendance à pointer du doigt, à ostraciser, à vouer aux gémonies mais on ne sait pas trop où c'est les gémonies mais on les voue quand même, non ? Dès qu'il y a un sportif qui fait une bévue langagière hop le CRAN est dessus, si c'est pas le CRAN c'est le CRIF, si c'est pas le CRIF c'est les cathos anonymes, et sinon c'est les défenseurs des toilettes sèches… tout le monde a sa petite cause à défendre mais ils ne voient que par leur cause : on peut se moquer du voisin mais surtout pas de soi. Ils vendent tous du vivre ensemble, mais je suis plus pour le rire ensemble : on se marre ensemble, et on se marre de tout le monde. Dans la lignée de la tradition française laïque et voltairienne qui a toujours été défendue par des grands auteurs et des trublions, des libertaires dans la presse, des polémistes… Et moi mon biais c'est l'humour, et c'est dédramatiser un peu tout ça. Je ne vais pas me transformer moi-même en moralisateur alors que c'est ce que je déteste.

Donc si on doit vous qualifié d'engagé, c'est dans cette idée d'un engagement pour la libre pensée ?

Je ne suis pas un artiste engagé mais un artiste dégagé, je milite par le dégagement, c'est plus intéressant de faire le contour. A un moment il y avait les comiques de gauche parce que être comique de droite c'était presque interdit par la loi, maintenant on change de cap… dans le spectacle je brocarde justement les artistes engagés, en expliquant que maintenant chaque artiste a sa cause, ou plutôt sa mycose d'ailleurs, et si tu n'as pas une maladie à défendre tu n'existes pas, donc il ne reste plus rien à sponsoriser et je sponsorise les maladies de merde que personne ne veut.

Ca a l'air de vous réussir !

Oui on rit, et j'aime bien emmener les spectateurs dans des zones d'inconfort. On fait du drôle avec du triste, comme disait Bedos, et j'essaie d'amener le public dans des zones où c'est compliqué, et le travail d'humoriste est plus intéressant quand on arrive là. Je ne veux pas faire une mitraillette à vannes, car des chroniques humoristiques j'en fais tous les jours à la radio. Dans le spectacle j'essaie d'utiliser le véhicule de l'humour pour faire des démonstrations, développer des choses plus profondes qu'une chronique de 3 minutes.

A la radio vous parlez souvent politique, quelles sont les autres thématiques vers lesquelles vous emmenez les spectateurs ?

Je fais une revue de presse politique en rappel, parce que les gens me le demandent et qu’on me connait pour ça, c’est un peu la cerise sur le gâteau, c’est l’actu à chaud. On s’amuse beaucoup de nos puissants et de nos politiques-têtes de gondole qui aujourd’hui communiquent, car à défaut de savoir gouverner ils communiquent (et souvent mal). J’attends par exemple avec impatience la prochaine bourde de notre président. Au-delà de ce rappel, dans le spectacle c’est la tentation de Venise, l’envie de tout plaquer (à ne pas confondre avec la tentation de Genève qui est l’envie de tout planquer). J’essaie de changer de job, de devenir artiste engagé car c’est bien de s’acheter une conscience morale, je parle aussi des héros médiatiques qu’on nous vend, comme le sportif handicapé. Il y a un grand sketch sur la religion où je décide de m’acheter une religion et je compare les offres. J’ai un couple d’amis homos et cathos qui me permet de parler du mariage pour tous et d’expliquer qu’on peut être homophile tout en étant parentophobe… Il y a beaucoup de sketches, c’est d’ailleurs ce qui me plait, pouvoir aborder une multitude de sujets.


Le cas Oscar Pistorius vu par Régis Mailhot par Regis-Mailhot

 

Vous écrivez aussi pour d'autres (Laurent Gerra, Anne Roumanoff), le travail est-il alors différent ?

Quand j'écris pour moi je taille des costumes, mais pour Laurent Gerra je fais du sur-mesure : c'est formidable de faire parler ses personnages, c'est une autre écriture car on passe du JE à l'autre. Faire dialoguer Lucchini ou faire parler Jack Lang c'est un bonheur ! Pour Paris Première j'avais organisé un show télé, le Grand Bye bye 2014, où j'avais invité plein de confrères et consoeurs humoristes et ça m'a permis d'écrire pour plein de gens - "le classemenet préféré des sans dents" avec Stéphane Bern, un DRH véreux avec Benureau, une parodie de Hollande avec Laurent Gerra, … J'aime de plus en plus la collégialité, c'est agréable.

Le théâtre comme comédien vous tenterait ?

Oui, mais il faudrait trouver un texte que j'aimerais épouser ou défendre, et avoir un peu plus de temps car la chronique radio est très chronophage et me prend presque toute mon écriture avec 300 chroniques par an. J'ai vu avec ce spectacle pour la télévision que c'était possible, et j'aimerais bien aller vers d'autres écritures.

Comment êtes-vous venu à l'humour ? C'est de famille ? (votre oncle Jacques Mailhot vous a influencé?)

Cela a peut-être joué, mais j'avais le goût de l'écriture depuis toujours, et à un moment j'ai su qu'il fallait que j'aille vers cette voie qui était une nouvelle vie pour moi car avant j'étais dans le milieu du marketing et de la communication. Donc c'était un risque et une envie, mais aujourd'hui c'est cohérent.

Comment se passe le Mailhot Tour ? Certaines villes rient mieux que d'autres ?

Il y a des publics plus rieurs que d'autres, mais le Mailhot Tour se passe très bien et c'est une très bonne surprise. Le spectacle est très bien accueilli, c'est un bonheur d'aller partout en France, la scène c'est mon plaisir ultime, surtout en tournée car je peux faire plus long qu'à Paris. Les planches c'est vraiment l'endroit privilégié pour moi.

La dernière chose avant d’entrer en scène?  Je n’ai pas de rituel, je sacrifie juste un animal ou le premier truc qui me tombe sous la main (ça peut être une fraise tagada).


Bande Annonce Régis Mailhot "Reprise des... par 20h40productions

Une expression qui vous fait rire ? « Bonne année » car il faut être vachement optimiste pour dire ça !

Sur votre mp3 ? Je n'ai pas de mp3, juste un téléphone tout cassé, mais je suis toujours accompagné de musique. En ce moment un vieux titre des Smiths comme "Big mouth strikes again" sur lequel je débute parfois le spectacle.

En ce moment sur votre table de chevet ? Un livre ? J'ai très peu de temps pour lire, ce qui m'attriste. Pour l'exercice quotidien du commentateur ou du satiriste on se nourrit de cette connaissance inutile qu'est l'information, donc j'ai profité de quelques jours de repos pour lire de la "vraie" littérature, et donc là j'ai "Une vie" de Maupassant en ce moment.

Ce que vous emportez tout le temps en tournée ? Des choses très pratiques, et j'ai toujours mon Mac, c'est l'objet qui me suit partout, j'écris avec ça, je me sens désemparé si je n'ai pas de quoi écrire.

Régis Mailhot reprend les hostilités sur la scène du théâtre Beaumarchais à Amboise le 10 mars prochain ! Réservations au 02.47.23.47.34.