L’AGENDA DES SORTIES DU 37

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GUILLAUME COPPOLA

«  l’idée de partage et de découverte »

Pianiste de renommée internationale, Guillaume Coppola proposera avec son confrère Hervé Billault un programme à quatre mains autour de Schubert, Brahms et Dvorak. L’occasion pour PROG! d’en savoir plus sur la vie d’un concertiste.

Les concerts à quatre mains sont un peu rares…

C’est un peu moins courant que le piano solo ou le piano avec d’autres instruments en musique de chambre. C’est en effet un répertoire un peu moins connu, mais qui est très riche malgré tout, avec beaucoup de très grands compositeurs qui ont écrit pour piano à quatre mains. A l’origine de ce répertoire il y a l’idée du partage et de la découverte, car beaucoup d’œuvres jouées dans les salons bourgeois à quatre mains étaient des réductions de quatuors à cordes ou de symphonies : quand on voulait découvrir une symphonie de Haydn, de Mozart, ou un nouveau quatuor de Beethoven on le jouait à quatre mains, à deux pianistes sur un piano. Il y a donc une connotation d’intimité et de partage de la musique entre amis.

Vous partagerez le piano avec Hervé Billault : vous le connaissiez déjà ?

Oui on se connait depuis très longtemps et on joue ensemble à 4 mains depuis plus de 10 ans, et de plus en plus souvent d'ailleurs. Au fil du temps nous avons développé une complicité musicale, une sorte de complémentarité dans nos jeux et une envie de faire de la musique ensemble.

Y a-t-il des difficultés particulières pour  le travail d’un quatre mains ?

Il y a une technique un peu particulière puisque c’est la seule formation de musique de chambre où on joue à deux sur le même instrument. En quatuor ou dans un duo, chacun a son instrument, alors que là on le partage, et ce n’est pas facile car on n’a pas l’habitude de ne jouer que sur une moitié de clavier ! Cela change pas mal de repères, on ne va pas forcément utiliser les mêmes doigts que si on jouait seul pour ne pas gêner le partenaire, d’autant que souvent on va jouer des notes juste à côté ou parfois les mêmes notes décalées d’une seconde, cela implique certaines positions de la main parfois inhabituelles... Tout cela nécessite des réglages en répétition pour laisser sa place à l’autre. L’utilisation de la pédale change aussi puisque l’un des deux gère les résonnances pour la totalité, et il y a un bon dosage à trouver pour un bon équilibre entre basses et aigus, qui laisse la place au chant... C’est un travail passionnant, différent du travail en solo ou avec d’autres musiciens.

Dans cette répartition des rôles, vous gardez la même place au clavier avec une préférence pour les basses ou les aigus ?

On a choisi d'échanger les rôles, sur un morceau l'un préfère telle ou telle partie, on en discute, et pour le concert on essaie aussi d'équilibrer le placement pour éviter que l'un reste tout le temps dans le grave ou l'aigu, et cela a également un aspect ludique.

 

 

Que ce soit pour les concerts ou vos enregistrements, qu'est-ce qui vous guide dans le choix des œuvres que vous interprétez ?

Pour les concerts on a parfois des demandes de programmateurs qui ont envie de tel ou tel répertoire par rapport à une thématique qu'ils se sont fixée. Mais quand on a une liberté, notamment pour les enregistrements, ce sont souvent des coups de cœur qui me guident, des envies assez instinctives au départ et réfléchies ensuite pour donner une cohérence au projet. Pour mon premier album Liszt, le choix était une sorte d'aboutissement dans mon parcours car c'est un compositeur qui a été assez important dans les étapes de mon cheminement musical, avec une rencontre avec un maître quand j'étais ado, un des premiers disques que j'ai eus… C'était une sorte d'évidence, presque pour le remercier de m'avoir guidé sur le chemin de la musique. Ensuite, ce sont des coups de cœur: Granados a une musique qui me faisait beaucoup de bien, quand je la travaillais et que je la jouais en public, et le public réagissait de manière spontanée et joyeuse. Quant à Schubert pour mon 3e disque sorti en septembre, c'était aussi un moyen de revenir à quelque chose de plus intime après ce parcours assez lumineux entre Liszt et Granados, j'avais envie de revenir à l'idée de la confidence avec Schubert et montrer un autre registre, plus personnel peut-être. A chaque fois, la conscience et la réflexion pour faire mûrir le projet arrivent après le choix instinctif, les affinités personnelles.

Et avez-vous déjà de nouvelles envies ?

J'ai plein d'envies, mais c'est sans doute un peu tôt pour en parler car les projets sont embryonnaires. J'en suis à cette étape où cela fait déjà un an ou deux que j'ai quelques idées, et maintenant il faut que je passe un peu à l'étape de construction : tester les choses au piano, jouer les œuvres en public pur voir si ça fonctionne et voir si c'est bien pour moi aussi.

On vous a également vu dans des projets interdisciplinaires avec les acteurs Marie-Christine Barrault ou Didier Sandre : vous aimez le mélange des genres ?

Oui, beaucoup ! D'ailleurs le projet avec Didier Sandre "Miroirs brûlants" autour du disque Poulenc que j'ai fait avec un baryton va être redonné en 2015. En 4 mains avec Hervé nous avons aussi donné un programme avec une jeune comédienne extraordinaire qui s'appelle Marie-Sophie Ferdane. C'est quelque chose qui me plait beaucoup car on sort du cadre habituel et on découvre de nouveaux horizons, on partage des choses avec d'autres artistes qui ne sont pas de la même discipline mais qui ont sans doute la même exigence et curiosité artistique, donc cela nourrit beaucoup et les arts s'interpénètrent et s'apportent les uns les autres. Quand le projet est bien construit cela ouvre une autre dimension.

 

 

Au quotidien, un concertiste doit-il poursuivre le travail technique, gammes et autres exercices ?

On adapte le travail technique aux œuvres que l'on prépare, c'est un travail qui se fait donc avec les œuvres. Après cela dépend des périodes, des fois j'aime bien ne pas commencer à froid avec une œuvre et jouer un peu pour réchauffer les muscles d'assouplissement, un peu comme on fait un échauffement avant de faire un footing, on ne court pas un marathon à froid. Donc quand on s'installe au piano pour plusieurs heures il faut prendre soin de son outil de travail et ne pas le brutaliser.

Cela suppose aussi une hygiène de vie ?

Je pense que c'est mieux d'avoir une bonne hygiène de vie, mais cela dépend vraiment des physionomies; des gens ne font pas spécialement attention à cela donnent l'impression de très bien gérer leur parcours et leur carrière. Mais globalement je pense que c'est toujours positif: je me sens mieux quand je vais nager et quand j'ai l'impression de prendre soin de mon corps et de mon esprit en faisant un peu de sport. C'est important pour le dos aussi, car au piano on reste dans la même posture pendant plusieurs heures avec les mains en avant du torse, donc on peut prendre des défauts de posture qu'il faut éviter. Pour un concert évidemment, on est toujours plus efficace, concentré et inspiré si on a plutôt bien dormi, si on est en forme… Cela demande tellement de concentration, de mémoire… Je ne fais pas un concert en ayant mangé un plat bien gras juste avant d'entrer en scène! (rires).

 Guillaume Coppola

 

Quel est votre moment préféré concert ? Plutôt la fin du concert, quand on est chaud et que le contact est établi avec le public, on sent des choses de la salle, on n’est plus autant dans le contrôle et l’envie de bien faire, on est juste dans la musique, on s’oublie soi-même. Donc cette partie-là et les bis ce sont des moments où on est juste dans le partage et dans le plaisir.

Un morceau que vous jouez pour vous détendre ou vous amuser ?Parfois j'improvise un peu, mais pas de morceau en particulier. Parfois j'ouvre une partition et je la découvre pour le plaisir. C'est d'ailleurs comme ça qu'est né le projet de disque de Schubert dont j'ai découvert les valses qui m'ont séduit au premier contact.

Un autre instrument dont vous rêveriez de jouer ? J’aimerais bien chanter. J’avais un peu pratiqué durant mes études, avec une initiation à la technique vocale qui m’a beaucoup plu, et peut-être aussi le violoncelle.

En face de vous il y a une humoriste : avez-vous la blague facile ?J'ai un naturel assez timide donc cela dépend si je suis très à l'aise, je peux peut-être avoir la blague un peu facile… mais étant un peu pudique j'hésite avant de la sortir, donc le temps de réfléchir à si je la dis ou pas c'est trop tard car on a changé de sujet !

Est-ce que vous auriez un conseil à donner à ceux qui voudraient jouer du piano ? La régularité dans la pratique est essentielle. Le piano est le plus jaloux des amants : si vous l'abandonnez 3 jours il vous le fait payer. Mon conseil serait donc qu'il vaut mieux faire 20 minutes par jour que rien pendant 3 jours puis 2h d'affilée. Et aussi toujours garder l'amour et la curiosité de la musique et en écouter beaucoup !

Pour suivre le parcours du pianiste Guillaume Coppola, rendez-vous sur son site www.guillaumecoppola.com. Guillaume Coppola et Hervé Billault donneront un concert de piano à quatre mains le vendredi 27 février 2015 à 20h30 en l'église de Rochecorbon. Ils interprèteront des valses de Brahms, trois danses slaves de Dvorak ainsi que 4 Laendler D814 de Schubert et son Divertissement à la Hongroise. Renseignements et réservations sur www.mmt37.org et au 06.89.92.22.51.