L’AGENDA DES SORTIES DU 37

lien agenda
  • image annonceur
  • image contact

Trouver une sortie



NICOLE FERRONI

« offrir de l’art à la portée de tous »

Ancienne prof de SVT, Nicole Ferroni est aujourd’hui sur les planches avec son one woman show «L’oeuf, la poule ou Nicole ?». Découverte dans «On ne demande qu’à en rire»,  elle a pris le temps de répondre à nos questions entre la matinale de France Inter et les dates de sa tournée !

Est-ce qu'à la fin du spectacle on saura si vous étiez là avant l'œuf ou la poule ?

Non je ne peux pas vous donner la réponse dans le cadre d'un article car cela casserait évidemment tout le suspense lié à la problématique de la poule et de l'œuf. Il faut venir au spectacle pour savoir !

C'est un spectacle créé en 2010, l'avez-vous fait évoluer au fil du temps ?

Oui le spectacle a évolué, mais plus dans le jeu que dans le texte. J'ai enlevé certains passages et j'en ai étoffé d'autres, mais globalement on retrouve les mêmes personnages, donc je n'ai pas fait de travaux de gros œuvre, juste un peu de bricolage avec une structure qui reste intacte. C'est plus dans le jeu que j'ai modifié ma façon de présenter les personnages, je suis plus à l'aise dans le fait de les jouer, j'ai mieux trouvé leurs attitudes, leurs voix… il faut les avoir côtoyés longtemps pour voir ce qui leur va le mieux.

Parmi tous les personnages que vous incarnez dans votre spectacle, avez-vous un préféré ?

Non, mais par contre je vois qu’en fonction de mon énergie du jour en tant que Nicole Ferroni, certains personnages sont plus adaptés que d’autres à mon humeur. Par exemple j’ai un personnage de rappeur qui est dans l’énergie, très marqué, sans être agressif c’est un personnage revendicatif et j’aime bien le jouer quand moi-même je suis dans une énergie plus forte, alors que je préfère jouer un autre personnage plus doux comme Olga, une diva un peu dépressive, un peu perchée, quand moi-même je suis dans une journée plutôt tranquille et paisible.

Vous avez aussi créé de nombreux personnages pour «On ne demande qu’à en rire» (France 2): que vous a apporté cette expérience ?

Pour être honnête cette expérience m’a permis de changer de métier car j’étais enseignante et j’ai fait le pas de démissionner de l’Education Nationale à partir du moment où grâce à l’émission je me suis retrouvée avec un public qui me connaissait et venait me voir en salle, et des théâtres qui m’ont appelée et m’ont accueillie chez eux pour jouer mon spectacle. Ce programme m’a donc permis de voir le théâtre comme un métier possible, ce qui avant pour moi était inenvisageable. Aujourd’hui j’arrive à en vivre, jusqu’à quand, je ne sais pas on verra !

Cela n'a pas été difficile de quitter l'enseignement après tous les efforts pour passer les concours ?

Bizarrement, au moment où je l'ai fait, non. Si on m'avait posé la question un an plus tôt "est-ce que tu es capable de démissionner de l'Education Nationale ?", j'aurais dit non car c'est un risque trop gros, par rapport aussi à ce que ça m'a couté comme énergie pour mes études, et c'était aussi une vocation. Quand finalement je me suis vue heureuse dans un autre métier pour lequel ça roulait bien aussi, la démarche m'a finalement paru très simple.

Est-ce que votre passé de prof vous sert aujourd'hui ?

Oui cela me sert énormément. Par exemple pour une chronique sur France Inter sur le thème de l'avortement, un sujet difficile à aborder car il touche à l'émotionnel, j'ai utilisé mes connaissances de prof sur l'anatomie de la femme en parlant des ovaires, de l'utérus, des trompes de Fallope, et ce support scientifique me permet, en le décalant, de donner quelque chose qui soit à la fois du savoir et du comique. Par exemple j'ai rapproché les trompes de Fallope du manifeste des 243 salopes qu'on pourrait rebaptiser 386 Fallopes car il y a deux Fallope par salope, par femme… J'utilise mon bagage scientifique et la démarche scientifique aussi, puisqu'en sciences on part de l'observation pour arriver à une interprétation et une conclusion, et ça je l'utilise beaucoup dans mes chroniques. Je regarde la société, je constate, je m'interroge sur ce que je vois, et après je me demande l'interprétation qu'on en tire, donc ça m'aide vraiment. Si je n'avais pas ce bagage je ne pourrais pas faire les chroniques telles que je les fais actuellement.


Le billet de Nicole Ferroni : "Les ovaires du... par franceinter

 

Produire une chronique sur l'actualité et en temps limité, c'est un exercice compliqué ?

Oui c'est compliqué, car malheureusement je n'ai pas toujours l'inspiration et il faut tout de même que je sois là, je n'ai pas le droit de venir avec un mot de mes parents dans mon carnet de correspondance. Etre dans l'obligation de produire quelque chose, c'est une pression très saine car à France Inter j'ai une vraie liberté : personne ne lit mon texte avant que je le fasse, ce qui peut être risqué pour eux car ils savent que même si je ne suis pas quelqu'un de très incisif ou agressif, je suis parfois en face du premier ministre. Si j'ai envie de lui dire n'importe quoi, personne ne peut m'empêcher de le faire ! J'ai donc une grande liberté d'action, et c'est un chance incroyable d'être en face de décisionnaires de la France. Globalement je sais que ça ne sert à rien, ce n'est pas ce que je leur dis qui va changer quelque chose, mais pour moi c'est grisant. Quand j'étais face à la ministre de la culture j'avais l'impression que ce que je lui disais était indispensable ; elle n'en a rien retenu mais le dire, et savoir que les gens des petits théâtres dans lesquels je suis passée auraient envie de lui dire cela, cela me donne l'impression parfois d'être un haut-parleur. C'est donc super de pouvoir faire cela.

Vous aviez évoqué le cas d'un petit théâtre marseillais face à la Ministre…

Il ne s'est rien passé pour lui et le lieu ferme ses portes, la plupart des objets ont été vendus pour combler les dettes et j'ai joué gracieusement le 12 décembre pour aider à finir de payer le loyer…

Ce n'est pas décevant de se dire que cette interpellation n'a servi à rien ?

Bien sûr, mais je peux comprendre qu'un ministre n'ait pas la liberté d'agir à chaque fois que quelqu'un l'interpelle, tous les gens qui le côtoient toute la journée arrivent avec des dossiers qu'ils considèrent comme importants eux aussi… Je m'attendais à ce qu'il ne se passe rien. Mais au-delà de ce cas particulier j'aimerais qu'on se penche sur la question de l'Etat et de la culture populaire en France. Si j'étais Mme la ministre, ce serait un point capital : les MJC, les cafés-théâtres, les théâtres municipaux qui permettent parfois de faire naître des vocations, et qui sont là pour amener un point de culture dans la vie. C'est dur de voir que la ministre table d'abord sur le numérique, des grands projets, de voir que les subventions partent dans l'urbanisme et des musées de 8 étages au design magnifique, alors qu'avec un bâtiment comme ça on fait vivre 15 théâtres ! Les priorités me semblent très mal réparties...

En dehors de cette tournée avec votre spectacle, avez-vous de nouveaux projets ?

Je finis la tournée de ce spectacle mais je ne suis pas encore en écriture d’un second car j’ai la chance de pas mal travailler, donc je n’arrive pas à trouver le temps de faire autre chose. Donc pour l’instant, je continue les chroniques sur France Inter, et je serai à l’affiche d’une série télé qui s’appelle Peplum sur M6 qui sort au printemps 2015, un peu dans l’esprit de Kaamelott mais à l’époque romaine, où je joue le rôle d’Octavia.

 

 

Dernier coup de cœur artistique ? Une expo sur le Street Art à la Fondation EDF à Paris. J’ai beaucoup aimé et ça rejoint un peu ce que je pense de la culture populaire car l’image qu’on a de l’art de rue c’est le graffiti ou le tag, alors que ça englobe des choses plus variées, et je trouve ça génial d’offrir de l’art à portée de tous, aux passants, d’avoir un accès à l’art si rapide… et il y a des artistes qui font des choses militantes comme Banksy.

Que font les gens pendant qu'ils écoutent votre chronique ? Je pense que la plupart conduisent, d'autres sont peut-être à l'heure du café et j'imagine bien des ébénistes, cordonniers, des gens aux métiers manuels écouter la radio à cette heure-là.

Le dernier livre que vous avez lu ? J'ai tenté de lire - mais je ne l'ai pas encore fini - "Les quatre accords toltèques".

Connaissez-vous la Touraine ? J'étais venue à Joué-lès-Tours pour un festival de théâtre amateur il y a 5 ou 7 ans, j'avais adoré cette expérience et j'avais effectivement constaté que ce qu'on dit est vrai : l'accent de Tours est impeccable, on ne peut pas leur enlever !

Si vous avez la fève dans la galette vous devenez la reine de qui ou de quoi ? La reine des jeux de mots foireux, mais je le suis déjà.

Pour découvrir l'univers de Nicole Ferroni, rendez-vous sur son site officiel nicoleferroni.com et à l'Espace Ligéria le vendredi 23 janvier 2015 à 20h30. Réservations au 02.47.45.85.10.