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Jérôme AttalJÉROME ATTAL

« J’aime être dans un bouillonnement perpétuel »

Lauréat en 2018 du prix de la rentrée « les écrivains chez Gonzague Saint Bris » (qui a pris le relais de la Forêt des Livres), le romancier, poète, parolier sera de nouveau à Chanceaux-près-Loches pour présenter La petite sonneuse de cloches.

Le prix de la rentrée que vous avez eu l’an dernier a influencé votre rentrée littéraire ?

Cela m’a tout simplement mis en confiance, car sortir un roman parmi l’avalanche de publications de la rentrée littéraire, c’est toujours un peu angoissant. J’étais donc heureux d’avoir ce prix, qui m’a donné des forces pour la suite.

Dans La petite sonneuse de cloches, on suit Chateaubriand à Londres en 1793…

Chateaubriand a 25 ans et est exilé à Londres, sans-le-sou, car il a été destitué de ses droits civiques en France. Ce personnage est dans la misère, et tombe amoureux d’une jeune fille. Je fais un parallèle entre la faim et le désespoir amoureux, avec un côté romantique qui me place en quelque sorte sous le patronage de Gonzague Saint Bris, car je pense que cette évocation de Chateaubriand et du romantisme lui aurait sans doute plu.

Cette anecdote de départ est-elle véridique ?

Comme pour mon précédent roman 37, étoiles filantes où j’étais parti d’une anecdote lue dans les mémoires de Balthus, ici j’ai pris pour point de départ un passage des Mémoires d’Outre-tombe où Chateaubriand raconte qu’il passe une nuit enfermé dans l’abbaye de Westminster, en échappant à la vigilance des gardiens. Quand la nuit tombe, il commence à délirer parmi les tombeaux et les sarcophages des grands hommes, puis lorsque le jour arrive il est assoupi et raconte qu’il entend le claquement d’un baiser et est réveillé par une petite sonneuse de cloches qui a les clés, et il conclut le récit en disant « nous ne parlâmes pas du baiser ». Cela ne m’allait pas ! Donc j’ai inventé toute une trajectoire romantique entre les deux personnages à Londres en 1793 pour en faire un roman.

Londres tient une place importante dans vos romans, puisque celui-ci mais aussi L'appel de Portobello Road ou Les Jonquilles de Green Park s'y déroulent. C'est une ville que vous aimez donc ?

J’en avais d'ailleurs parlé avec Gonzague car son premier livre était aussi ancré en Angleterre. J’adore Londres, c’est une ville que j’adore, cette alliance de classicisme et d’originalité me fascine, j’aime le dynamisme de cette capitale, l’humour anglais, l’esprit anglais, le fait de ne pas s’apesantir sur les choses graves…

Et ce personnage qui va mener l'enquête de nos jours sur cette aventure de Chateaubriand, c'est un peu vous ?

En tant que lecteur, j’aime bien les livres où je vois l’auteur, donc lorsque j’écris j’essaie de faire quelque chose qui me ressemble. Le roman mélange deux intrigues : Chateaubriand, mais aussi de nos jours un homme dont le père professeur d’université travaillait sur Chateaubriand, et qui reprend les travaux de son père décédé en partant à Londres, où il va rapidement rencontrer les mêmes problèmes amoureux que Chateaubriand à la fin du XVIIIe siècle. Les deux trajectoires à deux époques différentes sont très liées.

Ce qui m’a plu aussi dans ce livre c’est une période de double-révolution : la révolution française, mais aussi une révolution dans la manière de concevoir les rapports amoureux. L’aristocratie française et libertine arrive à Londres, alors qu’avec Chateaubriand et d’autres auteurs on bascule dans le romantisme qui marquera le début du XIXe siècle. Ce qui me plait aussi c’est que les migrants de l'époque étaient les Français ! J’ai parcouru des travaux universitaires anglais qui montraient cette réaction anglaise face aux miséreux français qui débarquaient, c’était intéressant de remettre ça en perspective aujourd’hui. La société anglaise était parfois outrée par les mœurs de ces Français un peu m’as-tu vu, ou par d’autres qui erraient dans les rues, sans le sou.

 

Vous avez publié plusieurs romans ces dernières années, cela vous oblige-t-il à mettre l’écriture de chansons de côté ?

Je ferai peut-être un disque bientôt, et j’écris toujours des chansons, comme pour le dernier album de Johnny Hallyday. J’ai aussi des projets pour enfants sous forme de livre-disque (La Princesse qui rêvait d’être une petite fille). J’ai envie de travailler tout le temps, c’est toujours un bonheur de partir sur un nouveau projet, d’être dans un bouillonnement perpétuel, et c’est devenu mon mode de vie !

Poèmes, romans, chansons... Y a-t-il un mode d'écriture que vous n'auriez pas encore exploré ?

J’aimerais écrire encore plus de nouvelles et de poèmes, mais ce sont des genres moins lus en France, où on a par tradition plutôt un culte du roman. Mais tout cela reste de l’écriture, un peu comme un peintre qui ferait aussi bien du dessin que de l’aquarelle : ce sont des supports différents, mais l’émotion reste la même au départ.

Vous animez d'ailleurs des ateliers d'écriture : on peut "apprendre" à écrire, à être romancier ?

Je pense qu’on apprend à développer son goût et à prendre confiance en soi. Ensuite il y a le charme, la grâce, quelque chose d’indéfinissable qui ne s’apprend pas mais qui se trouve (ou pas). Mais l’avantage de l’écriture c’est que plus on vieillit, plus on écrit, plus on acquiert de l’expérience et meilleur on devrait être ! La vie fait que plus on vit des choses, et plus on nourrit son écriture. On peut en tous cas cultiver son désir, et apprendre à être plus rapide et à se faire confiance dans l’écriture. Du moins c’est que j’essaie de transmettre dans les ateliers que j’anime. Il faut trouver sa voie, un peux comme un samouraï, et ne pas baisser la garde !

Vous qui maniez les mots, avez-vous un mot préféré ?

Un mot japonais, tsundoku, le fait d’acheter des livres qu’on ne va pas forcément lire, mais pour les avoir autour de soi, car cela procure du bien-être.

Et votre livre de chevet ?

Ada ou l’ardeur, de Nabokov, que je relis sans cesse !

Retrouvez Jérôme Attal à Chanceaux-près-Loches avec Les Ecrivains chez Gonzague Saint Bris, dimanche 25 août 2019.
Seront aussi au rendez-vous cette année Juliette Arnaud, Pierre Billon, Janine Boissard, Dominique Bona, Charlélie Couture, Boris Cyrulnik, Jean-Jacques Debout, Jean-Paul Enthoven, Marek Halter, Jeanfi Janssen, Gérard Jugnot, Chloé Mons, Thibault de Montalembert, Xavier de Moulins, Eric Naulleau, Gilles Paris, Daniel Picouly, Natacha Polony, Joseph Ponthus, Dominique Rizet, Jean-Marie Rouart, Fabienne Thibeault, Sigolène Vinson, Léa Wiazemsky, Gao Xingjian (prix nobel de Littérature).

Pour suivre Jérôme Attal, rendez-vous sur son site officiel en un clic.

 

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