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NOA

« Jouer pour remplir un vide, cela ne nous intéresse pas »

Depuis son tube « I don’t know » en 1994, Achinoam Nini, ou Noa, explore des territoires musicaux avec son fidèle guitariste et co-auteur Gil Dor. On lui pose quelques questions avant de les voir en mai !

Gil Dor est votre compagnon de route depuis longtemps : vous nous révélez vos habitudes à deux, bonnes ou mauvaises ?

En 2020 nous fêtons nos 30 ans de collaboration ! Il était mon enseignant à la Rimon School of Music et il est toujours mon professeur et un musicien et être humain que j’admire profondément ! Notre méthode est assez unique. Nous passons beaucoup de temps à philosopher sur la vie, la musique, l’humanité… avant même de passer à la création musicale. Nous sommes aussi très respectueux de la tradition qui nous précède, donc nous ne présentons rien sans être sûrs que cela apporte quelque chose au monde. Jouer pour jouer, pour remplir un vide, cela ne nous intéresse pas.

 

 

Vous chantez dans plusieurs langues : chacune correspond-elle à un univers ?

Mes deux premières langues sont l’anglais et l’hébreu. Je parle anglais couramment, naturellement, car j’ai appris à parler et je suis allée à l’école dans cette langue en grandissant à New York. Donc c’est tout pour moi : le rythme, le phrasé, l’expression, la complexité, l’émotion, le groove. L’hébreu est une belle langue où je suis à l’aise après tant d’années en Israël, je peux la modeler à mon goût, mais cela reste avant tout pour moi un langage poétique et lyrique, biblique, qui par magie est revenu dans la modernité. J’associe la langue yéménite de ma grand-mère aux chants traditionnels. Quant aux autres langues, je n’y suis qu’une invitée, je les approche donc comme un moyen de communiquer avec mon public non anglophone.

Et dans toutes ces langues, quel serait votre mot favori ?

LOVE !

Vous avez grandi aux Etats-Unis avant de vous installer en Israel : cette expérience américaine influence-t-elle toujours votre vie, votre travail ?

Bien sûr, grandir à New York a eu un énorme impact sur moi comme être humain et comme artiste. Tout d’abord, la langue anglaise, la littérature, la poésie que j’ai aimées dans mon enfance. Puis les comédies musicales, le jazz, le blues, la soul et le R&B, les incroyables chanteurs et paroliers qui ont influencé si profondément ma vie (Leonard Cohen, Paul Simon, Joni Mitchell…), l’art, la danse, la beauté. New York est un lieu incroyable pour grandir, cette ville ouvre vos horizons. Toute mon approche de la musique, du chant, de l’écriture vient de ce contact avec cette diversité et cette créativité dès mon plus jeune âge. Je suis heureuse d’avoir eu cette opportunité.

Noa (Achinoam Nini) No Baby No - Badinerie - Official Clip from Noa (Achinoam Nini) on Vimeo.

Votre nouvel album s'intitule "Letters to Bach" : quelle place tient le compositeur dans ces nouvelles chansons, et dans votre parcours personnel ?

Cet album est né de ma profonde admiration pour le génie de Jean-Sébastien Bach. Ma première rencontre avec Bach, c’était quand j’étais enfant et que je jouais du piano. J’ai aimé les Inventions, qui mettaient mes doigts et mon esprit au défi. Comme musicienne professionnelle qui collabore avec Gil Dor, nous avons commencé notre « ballet » avec Bach il y a 25 ans, quand j’ai écrit des paroles non religieuses pour les Ave Maria de Bach et Gounod, et Gil les a arrangés à sa manière, presque comme des chansons folks. Cette « prière pour la paix » est devenue l’une de nos chansons les plus marquantes.

Aujourd’hui, nous dédions un projet tout entier à Bach, dans lequel notre apport à cette incroyable musique, ce sont les paroles que j’ai écrites, avec des idées très contemporaines, le fait que je chante ces chansons qui n’ont pas été écrites pour la voix, et la manière dont je les interprète, où le chant est plus une réminiscence du théâtre musical, du scat et même du rap, plutôt que de l’opéra. Je pense que ces trois éléments créent quelque chose de nouveau, plaisant et accessible pour le public, tout en transmettant des réflexions en lien avec notre époque. En plus, dans un monde rempli de toutes sortes de « fake », où la méritocratie est attaquée et la qualité est dévaluée, c’est aussi ma manière personnelle de protester et d’aller le plus haut possible, jusqu’à Bach, l’Everest de la musique, en glorifiant son génie, et en défiant l’auditeur tout en le réjouissant. Et pour un musicien, c’est la chose la plus dure à faire…

C'est le public tourangeau qui pourra se réjouir avec le concert en duo de Noa et Gil Dor le 9 mai à Sainte-Maure-de-Touraine !

 

photo ©Ronen Ackerman