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JEAN-CLAUDE DREYFUS


« Devos a une plume assez forte, son propre rythme »

Jean-Claude Dreyfus s’est attaqué il y a trois ans aux textes de Raymond Devos. Présenté à Avignon, le spectacle «D’hommages sans interdit(s)» entame cette année sa troisième tournée qui met en scène l’acteur et son pianiste pour faire revivre les mots de l’humoriste.

Comment est né ce projet autour des textes de Devos ?

J’ai souvent vu Devos sur scène, mais je ne peux pas dire que je l’ai bien connu car je ne l’ai rencontré qu’une ou deux fois. Mais nous avons souvent été mis en parallèle, comme dans ce livre publié par Harcourt, où ma photographie apparaissait en face de la sienne (en couverture on avait ainsi Michèle Morgan et Carole Bouquet), c’est d’ailleurs cette photo qui a servi pour l’affiche du spectacle. Toujours est-il qu’Isabelle Georges, une actrice formidable, m’a sollicité pour une soirée caritative qu’elle organisait au Palace il y a 5 ou 6 ans, en me confiant un texte de Devos, «L’artiste». J’ai fait un tabac! Et j’ai récidivé en lisant ce texte à la cérémonie de Molières. On m’a alors suggéré de faire un spectacle, mais je n’aurais pas osé faire cela du vivant de Devos. Le hasard m’a ensuite amené à relire ses textes, et à en faire une sélection d’une soixantaine  environ, que j’ai confiée à Christophe Coreïa qui met en scène le spectacle, pour qu’on travaille ensemble.

Sur quels critères avez-vous choisi les textes du spectacle ?

J’ai éliminé le grand texte «L’artiste» que j’avais déjà dit deux fois et qui était surtout trop long pour un spectacle, et j’ai écarté tous les plus connus comme «La place de l’Étoile» par exemple. On en a conservé certains comme «La belle-mère» ou «le mille-feuille», mais les spectateurs ne les ont pas non plus vus sans arrêt à la télévision. D’autres m’ont touché personnellement, et il y a également des textes inédits que Devos n’avait pas joué sur scène. A tout cela il faut ajouter un peu de chanson, puisque je suis accompagné sur scène du pianiste Thomas Février avec qui j’ai l’habitude de travailler.

Est-ce qu’il n’est pas difficile de jouer Devos sans l’imiter ?

J’ai vraiment la volonté de proposer une interprétation, et au moment où j’ai décidé de monter le spectacle je me suis refusé à regarder les vidéos de Devos pour ne justement pas tomber dans le panneau de l’imitation. Bien sûr nous avons quelques points communs, nous ne sommes pas très minces et tous les deux très rieurs, mais même si j’ai écrit une Bio-dégradable, je  suis loin d’avoir son talent d’écriture. Il a une plume assez forte, son propre rythme qu’on retrouve de temps en temps dans le spectacle, on y retrouve sa gouaille, forcément.


Bande Annonce : "DREYFUS DEVOS d'Hommages sans... par artisteweb

 

Votre Bio-dégradable était d'ailleurs sous-titrée "J'acte I", faut-il s'attendre à un Acte II ?

Il faut être honnête, la bio s'est bien vendue sans être non plus un best-seller - pour cela il aurait flalu que je dise des choses horribles sur les gens, comme Valérie T… (rires). Ce n'est pas mon truc, le livre est plutôt une chose ludique, où je pouvais raconter des anecdotes. J'en ai encore plein d'autres mais je ne suis pas prêt à me lancer là-dedans, on verra mais ce n'est pas dans l'air pour l'instant.

Vous avez aussi publié des ouvrages sur le cochon…

J'en ai une énorme collection, des cochons sous toutes les formes! J'ai exposé ma collection plusieurs fois et on me le demande souvent, mais cela demande beaucoup de travail et de temps, sans servir à grand-chose, donc pas d'autre exposition prévue pour l'instant…

Même si tout est bon dans le cochon, y a-t-il une partie que vous préférez ?

Il y a surtout des parties que je n'aime pas, tous les cartilagineux - les oreilles et le reste. J'aime bien le fromage de tête, les jambonneaux, bref je mange du cochon. C'est un animal tellement intelligent, et si proche de nous ! Une jeune fille m'avait offert une thèse sur la xénogreffe, où l'on voit que le cochon est l'animal avec lequel on a le moins de rejet pour les greffes d'organes, de peau par exemple.

Allez-vous aux fêtes du cochon, comme celle de Truyes par exemple ?

Je ne crois pas y être déjà allé, il faut dire que je n'aime pas voir tuer le cochon. Si c'est une fête plutôt carnavalesque autour du thème alors je me déplace parfois.

Vous excuserez cette question, mais pour les enfants des années 70-80 vous êtes aussi Monsieur Marie : y a-t-il d'autres œuvres pour lesquelles vous préféreriez qu'on vous reconnaisse dans la rue plutôt que ces publicités ?

On m'associe de moins en moins à Marie tout de même… Concernant mes autres réalisations, je suis fier d'à peu près toutes les pièces que j'ai choisies, même si elles n'ont pas toujours eu du succès auprès du public. Parmi les pièces marquantes il y a La Nona, L'Hygiène de l'assassin, ou récemment La Trahison d'Einstein d'Eric-Emmanuel Schmitt, que j'ai jouée avec Francis Huster durant 8 mois… Je suis toujours content quand les gens m'arrêtent dans la rue pour des pièces de théâtre car il y a tout de même moins de gens dans les salles que devant la télévision, cela me touche donc plus. Certaines personnes ont vu la Grande Eugène (spectacle transformiste des années 70, ndlr) et s'en souviennent comme quelque chose d'inoubliable, et ça l'a été pour moi aussi tout comme pour eux ! Côté cinéma il y a eu des films importants, bien sûr les films de Caro et Jeunet, même si maintenant j'ai l'habitude qu'on me parle de Delicatessen qui a déjà 22 ans! L'anglaise et le duc d'Eric Rohmer, ou Deux frères d'Annaud… J'ai fait pas mal d'apparitions et de courts-métrages, mais si on me parle d'une pièce ou d'un film, il n'y en a pas un(e) qui me ferait plus plaisir que d'autres. Disons que j'aime quand c'est un peu différent, comme dans Hygiène de l'assassin pour lequel je suis allé loin physiquement, je suis passé de l'autre côté d'un miroir et j'ai eu du mal à revenir en arrière et à perdre 40kg, à redevenir aimable… Je ne le referais peut-être pas comme ça aujourd'hui…

Avez-vous d'autres projets en préparation ?

Il y a des projets de pièces de théâtre et quelques films encore en montage, mais tant que rien n'est définitif je préfère ne pas en parler… J'ai fait beaucoup de théâtre ces derniers temps,  j'aimerais donc faire un peu plus de cinéma… Je ne suis en tous cas pas encore à la retraite !

En Touraine le festival Les Devos de l'Humour met à l'honneur les nouveaux talents, quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d'humoristes ?

Je suis plutôt de la vieille école : Devos, Bedos, Desproges, Zouc, ou encore Sylvie Joly, Muriel Robin, Pierre Palmade, Laurent Gerra… Des gens qui écrivent des textes et proposent quelque chose de structuré. Je suis allé l'autre jour à une soirée où plusieurs jeunes faisaient du one man show : c'était sans intérêt, du stand up toujours sur les mêmes sujets, parfois à la limite de l'improvisation sans talent… Seuls un ou deux faisaient la différence, encore une fois parce qu'ils avaient de bons textes, comme les jumeaux Steven&Christopher qui viennent de chez Ruquier… J'aime bien aussi Arnaud Tsamère, car il a vraiment un humour à lui, intelligent, un peu audacieux, pervers, avec quelque chose derrière.

Votre livre de chevet ? Les pièces en projet, un livre de Nadine Monfils dont je prépare une lecture pour laquelle je serai accompagné du guitariste Nicolas Ehrestmann avec qui je travaille souvent. Je n'ai déjà pas le temps pour lire tous ces projets donc le temps manque pour lire d'autres choses !

Dernier coup de coeur artistique ? Le spectacle «Isabelle chante» et Alain Choquette. Isabelle Georges est extraordinaire dans son spectacle qu'elle a joué au Dejazet, et Choquette est un Canadien qui fait de la magie sous forme de one-man show.

 

Jean-Claude Dreyfus sera sur la scène de L'Escale à Saint-Cyr-sur-Loire le 7 novembre à 20h30 avec le spectacle D'hommages sans interdit(s), hommage à Raymond Devos. Renseignements et réservations au 02.47.42.80.25.