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Feu Chatterton ©sacha teboulFEU ! CHATTERTON

« Tout passe par le corps »

Après leur premier album Ici le jour (a tout enseveli), le groupe revient avec un deuxième opus : L’oiseleur. Musique pop-rock et textes poétiques sont à nouveau au rendez-vous. Avant de reprendre la route des festivals, qui passera par Terres du Son le 8 juillet, le chanteur Arthur répond à nos questions.

Un oiseleur attrape des oiseaux... Et vous, vous capturez quoi ?

Des sensations, des émotions... Des parfums, des couleurs, des textures, et tout ce qui passe par la mémoire aussi !

La poésie de vos chansons a souvent été soulignée, et vous ne cachez pas votre goût pour la poésie. Mais comment passe-t-on d’aimer la poésie, à en écrire soi-même ?

Bonne question ! Je ne sais pas trop… J’écris depuis que je suis petit. C’est un peu comme pour les copains musiciens : quand on est bouleversé en écoutant un morceau ou en lisant un texte, on a sans doute envie de transmettre à son tour ce qu’on a ressenti.

On fait souvent référence à la poésie du XIXe à propos de vos textes et de vos influences : la poésie contemporaine fait aussi partie de vos lectures ou de vos inspirations ?

Je ne lis pas trop de poésie ultra-contemporaine, mais les influences poétiques de ce disque sont plus du XXe siècle que du XIXe iècle par exemple, avec ce qu’a initié Apollinaire, puis tous les surréalistes d’Eluard à Aragon en passant par André Breton. Cette poésie du XXe siècle habite beaucoup le texte, et la poésie en général d’ailleurs, tant qu’elle est puissante et très fine, elle est moderne. Bien plus moderne et avant-gardiste que plein de choses qu’on voit, qu’on lit ou qu’on écoute aujourd’hui. Pour nous la poésie n’a rien de sacré ou de parfait : quand on la lit elle se vit à l’instant, dans une urgence contemporaine. Et c’est ce qu’on essaie de faire passer aujourd’hui dans notre musique. La poésie est entre le sens et la forme, ni tout à fait du pur sens ni tout à fait une pure forme, à la manière des formules magiques. Dans cet intervalle on capte des choses sur certains mystères de la vie. Pour en revenir à L'oiseleur et à votre première question, ces formules magiques, quand on les lit, nous permettent d’attraper quelque chose du réel.

Musicalement vous naviguez entre le rock et d’autres influences, y compris le rap quand on écoute le morceau «Ivresse» par exemple...

Le rap est une musique qu’on écoute depuis longtemps, et d’ailleurs au début du groupe je ne chantais pas du tout, mais j’écrivais, donc je déclamais mes textes. Quand on veut dire ses textes sans musique et sans rien, il faut du rythme, jouer sur les sonorités pour captiver l’auditeur. A l’époque c’était donc presque du rap. Ces derniers temps la production des musiques rap a beaucoup évolué, par exemple avec la trap music et tout le travail sur les ultra-basses qui est hyper beau, dense et souple à la fois.

Vous avez donc pris des cours de chant ?

J’ai découvert petit à petit ce que c’était de chanter, avec les encouragements des copains (et heureusement car au début c’était sans doute horrible !). Je me suis jeté à l’eau, puis avec plus de 200 concerts j’ai dû travailler pour être endurant. J’ai découvert une discipline géniale, où tout passe par le corps alors qu’au départ j’avais l’impression que c’était une activité de l’esprit. C’est un chemin hyper excitant cette vie de musicien, et je continue d’apprendre, la route est infinie.

La première tournée s'est transformée en marathon, c'était prémédité ? Vous avez pris goût à la scène ?

Là c'est la deuxième tournée qui commence, on a tous plus de recul et de maîtrise, ce qui est agréable car la première on se l’est prise en pleine tête, on découvrait ce rythme de vie éprouvant, et tous ces moments de partage intense, entre nous, et avec le public. Si on veut faire exister un disque aujourd’hui il faut beaucoup tourner, ce sreait trop facile sinon. Et c'est une chance de pouvoir travailler, alors évidemment on le fait ! Et puis la vie de saltimbanque c’est concret, on n’est pas en train de fantasmer un succès derrière un écran : il y a des gens tous les jours, des kilomètres avalés.

Allez, tout est possible : quel est le projet fou que vous rêvez de réaliser ?

Rien de concret, mais on est tous rêveurs… On aime bien les collaborations, on a déjà chanté en duo avec Christophe, on a travaillé avec Lavilliers… Dans mes rêves les plus fous David Byrne des Talking Heads ou James Murphy, ou pourquoi pas tripper avec Beyoncé ? On n'a pas réfléchi à tout ça donc tout est ouvert ! Mais comme on vient tout juste de monter sur scène avec ce nouvel album, on va d’abord travailler ce live, mais on est ouverts à toutes les suggestions !

Dans votre téléphone ou mp3, y'a quoi comme musique ?

Alors attendez, je regarde sur mon Spotify : l’album des Morning benders, j’adore ce disque ! Aussi une chanson dingue pour le printemps de Charles Bradley « The world is going up in flames », génial pour marcher dans la rue, avec sa ligne de basse super groovy… Un peu de Marvin Gaye, et Bob Marley dont je suis fan… Et « La mélancolie » de Léo Ferré…

Quel est votre talent inutile ?

Mince je crois que je n’ai aucun don… ah si je sais faire des bruits étranges, des bruits saturés de hard-rockers, qui ne servent à rien mais qui peuvent être inquiétants.

Votre vers préféré ? J’en aime plein, mais celui qui me vient à l’esprit c’est celui-ci, de René Char : « J’ai pesé de tout mon désir Sur ta beauté matinale Pour qu’elle éclate et se sauve ».

Pour un peu plus de poésie, de musique et d'énergie, on retrouvera Feu! Chatterton sur la scène du Festival Terres du Son le dimanche 8 juillet 2018. Toute la programmation est disponible sur www.terresduson.com, et le groupe se laisse suivre à la trace sur les réseaux sociaux !

 

 

 

 Photos ©Sacha Teboul