L’AGENDA DES SORTIES DU 37

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franck ferrand ©Laura GilliFRANCK FERRAND

« Il n’y a jamais deux soirées identiques »

Historien, puis journaliste, Franck Ferrand s’est lancé depuis plusieurs années sur scène avec son spectacle Histoire(s). Il s’y empare d’épisodes historiques marquants qu’il raconte au public. Une nouvelle passion ? De nouvelles envies ? Il répond à nos questions avant son passage en Touraine.

Comment est née votre envie de monter sur scène ?

Pendant très longtemps j’ai fait des conférences, par centaines, mais je les faisais évoluer. J’ai laissé tombé la table, la carafe, la projection diapo, et j’avais opté pour le micro-cravate qui me permettait de me balader sur scène ou dans la salle. Ça commençait déjà à ressembler à un one-man show, d’autant plus que sur les dernières conférences j’avais aussi laissé tomber mes notes, car j’avais remarqué que les gens étaient alors beaucoup plus attentifs et participaient davantage. Un ami m’a alors dit « pourquoi ne fais-tu pas un one-man show car tu en es déjà à deux doigts ? ». Après y avoir réfléchi je me suis lancé ! Et c’est un bonheur !

Vous êtes donc devenu conteur ?

C’est le mot qui convient. J’ai enfin accepté que l’historien s’efface devant le conteur. J’assume désormais cette dimension-là. Il y a une dizaine d’années, le patron d’Europe 1 Jérome Bellay m’avait dit « mais vous, vous êtes un conteur !», et cela m’avait violemment vexé. Ce qui est drôle c’est qu’il avait raison, mais que je ne l’acceptais pas ! Sur scène je suis un peu dans la posture du conteur à la veillée, où on racontait des histoires aux gens, on les embarquait dans un univers... c’est ce que j’essaie de faire.

Mais c’est toujours l’Histoire qui vous nourrit...

Oui et grâce à cela je n’ai pas eu à apprendre le texte de ces quinze dossiers que je connaissais par cœur. C’est ce qui me permet de faire tirer au sort par le public trois sujets au hasard. Donc au moment où le rideau se lève, je ne sais pas encore de quoi je vais parler. Je reste maître de 60% de mes propos et il y a une grande part d’impro. Ce n’est pas un hasard si on a choisi le grand improvisateur Eric Métayer pour la mise en scène, il m’a donné tous les trucs qui permettent de soutenir l’impro. Mon texte n’est pas écrit. Je parle donc à chaque fois de manière différente de chaque sujet, et il n’y a jamais deux soirées identiques.

Cela suppose d'avoir des ingénieurs au son et à la lumière qui soient très réactifs !

Anne Gayan est incroyable ! On la cite peu souvent, mais elle a des trouvailles, elle devance quasiment mes idées, c’est un vrai jeu de ping-pong dont le public ne se rend pas forcément compte.

franck ferrand ©Laura Gilli

Le public tire au sort parmi quinze sujets : comment avez-vous sélectionné ces quinze épisodes historiques ?

Parmi les centaines de sujets que j’ai traités à la radio, il y en avait certains qui de temps en temps me paraissaient plus intéressants, plus étonnants que les autres. Je les mettais de côté, j’en avais une trentaine parmi lesquels j’en ai choisis cinq pour le livre L’histoire interdite. Ils font aujourd’hui partie des derniers sujets du spectacle, et j’en ai rajouté dix autres qui sont des mystères ou des énigmes pour lesquels on a dés éléments de résolution, et il faut que cette résolution ne soit pas décevante pour le spectateur : il ne doit pas se dire « ah oui, d’accord », mais « waouh ! ». Et des sujets « waouh ! » il n’y en a pas tant que ça ! J’en ai dégoté une quinzaine, on devrait pouvoir en ajouter deux ou trois un jours, mais ensuite on aura fait le tour. Ces sujets stupéfiants, il n’y en a pas tant que ça.

Vous abordez uniquement l'histoire de France ? Avez-vous des périodes de prédilection, liées à vos travaux de recherche ?

On parle aussi de Marco Polo, des Romanov, donc ce n’est pas seulement l’histoire de France. Mais je ne fais malheureusement plus de travaux de recherche. Mon domaine d’origine était la cour sous Louis XV. Mais le moins qu’on puisse dire c’est que depuis quinze ans j’en suis sorti et je suis devenu un généraliste, alors que les généralistes sont peu nombreux, car aujour’hui les études d’histoire sont fondées sur la spécialisation.

Vous êtes maintenant rôdé et montez souvent sur scène, mais qu'est-ce qui vous a surpris dans le monde du théâtre et l'expérience scénique ?

Ce qui m’étonne toujours, c’est que quel que soit l’état dans lequel vous arrivez au théâtre, au moment où vous entrez en scène, vous vous sentez jeune et frais ! C’est un vrai miracle ! Vous pouvez arriver épuisé, au moment où le rideau se lève vous avez l’impression d’avoir vingt ans. Les scientifiques expliquent cela par l’adrénaline, mais tant qu’on ne l’a pas vécu on a du mal à le croire. Chaque salle est particulière, certaines salles sont enthousiastes, d’autres attentives ou retenues, et on ne sait pas pourquoi, cela reste mystérieux. Enfin il y a l’alchimie d’un spectacle : le tirage au sort fait que les sujets s’enchaînent plus ou moins bien, il y a parfois une vraie logique et des liens entre les trois thèmes. Il y a aussi ce lien avec le public qui n’existe pas à la radio. A la radio ou à la télé, que vous le vouliez ou non vous avez l’impression de parler seul ou avec les gens en régie, alors qu’au theâtre vous êtes porté par le public. C’est magique d’avoir les réactions des spectateurs face à soi.

franck ferrand ©Laura Gilli

Votre livre de chevet en ce moment ? En ce moment je suis reparti dans un vieil ouvrage de René Huyghe, La puissance de l'image.

Les trois qualités d’un bon historien ? Humilité, curiosité et ouverture d’esprit.

Votre phrase historique préférée ? La devise de Guillaume d’Orange me paraît un bon viatique dans l’existence : « Je maintiendrai ».

affiche franck ferrandPour vous laisser conter de belles histoires, rendez-vous le 17 mai à Sainte-Maure-de-Touraine. Réservez vos places dès maintenant auprès de l'Office de Tourisme (02 47 65 66 20 ou 02 47 58 13 62).