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francois begaudeauFRANCOIS BEGAUDEAU

« En quoi le théâtre peut s’inviter dans le débat politique »

Découvert par le grand public grâce au film Entre les murs qu’il avait scénarisé et où il jouait son propre rôle de prof en banlieue, François Bégaudeau a plus d’une corde à son arc. Essayiste, romancier, il écrit aussi pour le théâtre. On retrouvera bientôt au CDNT sa pièce La Bonne Nouvelle.

L’écriture de la pièce a-t-elle supposé des recherches sur l’économie et le monde de l’entreprise ?

Ce sont des thèmes qui m’intéressent depuis longtemps donc j’avais déjà une certaine connaissance de tout cela, mais c’est vrai qu’en me lançant dans l’écriture je me suis à nouveau documenté, et j’ai regardé beaucoup de vidéos, de séminaires, pour capter la langue de ces gens et leurs modes de pensées. J’ai aussi parcouru de la documentation économique car il en est aussi question dans la pièce. Cela dit, ce dont on parle dans cette pièce c’est l’air qu’on respire depuis plusieurs années, cela fait pas mal d’années que j’entendais donc déjà ces gens.

Cette pièce s'inscrit dans le cycle du metteur en scène Benoît Lambert, "Pour ou contre un monde meilleur ?", avec lequel vous aviez déjà créé La Devise. Travaillez-vous ensemble à l'écriture, à quel moment se fait la concertation ?

Il était dans ce cycle-là et on avait déjà travaillé ensemble. Au moment de lancer ce 10e volet il m’a suggéré cette idée de dispositif général, et il m’a demandé si je voulais bien l’écrire, le dispositif étant le suivant : une histoire de repentants du libéralisme, qui viendraient un peu se confesser sur scène. On a commencé à beaucoup discuter et j’ai écrit la pièce.

la bonne nouvelle ©v arbelet

Dans d’autres pièces comme la Contagion ou la Devise, on peut dire qu’il y a une interrogation sur la manière dont on peut transmettre ou faire circuler une idée ?

Il faudrait aller encore plus loin je crois : mon premier geste dans ces deux pièces, c’est plutôt de me méfier des grands transmetteurs, de ces gens qui veulent absolument prêcher la bonne parole auprès d’autres gens supposés perdus ou inférieurs, voire malades. Les deux pièces sont dubitatives par rapport à ce geste qui consisterait à repérer dans l’autre quelqu’un qu’il faut absolument remettre dans le droit chemin. La question théâtrale plus générale, qui m’intéresse, c’est en quoi le théâtre peut s’inviter dans le débat politique. C’est une vieille question, difficile. Avec la Bonne Nouvelle je crois qu’on a tenté quelque chose qui fonctionne : elle a été créée à l’automne 2016, elle a tourné au printemps 2017, et tout ce qu’on trouve dans cette pièce décrivait déjà ce qu’est aujourd’hui le macronisme. On espère que les gens feront le rapprochement. C’est ça qui m’intéresse : comment on peut participer à l’élucidation du monde.

Cette position de "transmetteur" dont vous vous méfiez, est-ce parce que vous avez peur d'en devenir un vous-même ?

Ce qui ne me plait pas ce sont les transmissions qui viennent de l’Etat, des pouvoirs publics, j’ai du mal avec ça. Dans la notion de transmission telle qu’on l’entend beaucoup, il y a toujours une affaire de morale, cette idée d’aller faire la leçon aux enfants qui ont mal fait, et ce n’est pas mon tempérament. Il y a aussi une relation inégalitaire entre « moi je sais, et toi tu ne sais pas ». Ce qui m’intéresse davantage ce sont les dispositifs égalitaires où on va inviter les gens à réfléchir par eux-mêmes en leur proposant une matière théâtrale, textuelle ou autre. Cela m’intéresse plus que l’idée de répandre des mots d’ordre ou des « valeurs ». Il ne faut pas confondre la diffusion de leçons de morale et la démocratie et la réflexion collective.

bonne Nouvelle ©Arbelet

Vous écrivez pour le théâtre, mais aussi des romans et des essais : l'une de ses pratiques a-t-elle votre préférence ?

En général je suis heureux de tout faire, car c’est ce que j’ai choisi. J’ai pris goût au théâtre avec les années, je produis d’autres travaux par ailleurs. Ce qui me plait dans le théâtre, c’est que cela se fait à plusieurs, donc cela divertit un peu le romancier, car le roman est un exercice long, solitaire et laborieux. Par ailleurs une pièce c’est plus court à écrire qu’un roman (mes copains théâtreux vont me détester en lisant ça !).

Et vous prenez toujours plaisir à voir vos mots mis en scène par d'autres ?

C’est toujours à géométrie variable, car il arrive que certaines interprétations nous écorchent les oreilles, mais tous les auteurs de théâtre vous le diront. De ce côté j’ai la chance de travailler avec des metteurs en scène talentueux comme Benoit Lambert, Valerie Grail, Matthieu Cruciani et d’autres, qui accordent beaucoup d’importance au texte et à la façon dont il est compris, donc c’est toujours un plaisir de voir les choses s’incarner sur le plateau. On n’a pas cette récompense-la avec le roman, qui peut avoir du succès, mais cela reste toujours plus abstrait.

Et quels sont vos prochains projets ?

Je sors justement d'une longue période de solitude pour l'écriture d'un roman qui sortira en septembre (je l'ai écrit l’an dernier mais les choses prennent toujours un peu de temps). C’est un roman assez social comme j’en ai rarement fait, du côté des classes populaires, alors que la Bonne Nouvelle parle des dominants.

 

 

Votre livre de chevet du moment ? J’écris un essai, donc je n’en ai pas en ce moment. Mais je peux vous dire ce que j’ai lu récemment : je vous conseille Bettie Book de Frédéric Ciriez, qui est sorti en janvier. C’est la rencontre d’un critique littéraire avec une booktubeuse.

La dernière chose que vous faites avant de dormir ? J’écoute souvent une conférence. J’suis un mec pas rigolo, non ? Cela me repose d’écouter les autres parler.

Votre expression ou votre mot favori en langue française ? Ce serait vulgaire donc je ne vais pas vous le dire… Disons alors, pour être un peu moins vulgaire : « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre », qu’on attribue à Jacques Chirac. J’aurais pu paraître plus raffiné avec une citation de Corneille, non ? Ça équilibre avec l’histoire des conférences !

la bonne nouvelle ©V ArbeletRetrouvez les mots de François Bégaudeau mis en scène par Benoît Lambert au Théâtre Olympia : du 10 au 14 avril s'y joue La Bonne Nouvelle. Pour réserver, cliquez juste ici.

 

Photos © V.Arbelet