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Alex Vizorek par Mathieu BuyseALEX VIZOREK

« Ma seule contrainte c'est faire rire »

Sur scène ou sur France Inter avec ses chroniques et l’émission Si tu écoutes j’arrête tout, le Belge Alex Vizorek est avant tout humoriste, et il le prouvera sur les planches de la 25e édition des Devos de l’Humour avec son spectacle Alex Vizorek est une œuvre d’art.

En quoi êtes-vous une œuvre d’art ?

C’est d’une prétention, non ?!? Quand j’ai commencé à écrire le spectacle, je n’imaginais pas parler de moi car je ne trouvais pas cela intéressant. Je ne voulais pas non plus parler du quotidien car beaucoup de gens le font déjà très bien. J’avais trouvé très drôle le spectacle de Fabrice Lucchini qui parlait de bouquins avec intelligence, j’ai donc décidé de parler de choses intelligentes. Comme j’étais à l’époque au cours Florent, je lisais beaucoup, je voyais des films, j’avais le temps d’aller au musée, l’art était autour de moi et je me suis dit que c’était une bonne contrainte d’écrire des sketches à chaque fois lié à un art. Il y a donc un sketch sur la sculpture, un autre sur l’art moderne, le cinéma, etc. C’est souvent prétexte à des délires, l’idée est de mettre mon humour dans un cadre que je trouve plutôt sympa et normalement on sort du spectacle un petit peu plus cultivé qu’on est arrivé. Mais ce n’est pas une volonté car j’ai peur de l’humour qui se dit intelligent : les gens qui veulent rigoler auraient peur de ne pas comprendre. Là, vous pouvez arriver sans référence, c’est drôle, que vous sachiez ou non de quoi je parle. Et après si c’est un tout petit peu intelligent, c’est mieux, mais ma seule contrainte c’est faire rire.

Vous avez fait des études d’ingénieur, de journalisme, le cours Florent et vous animez aujourd’hui une émission sur France Inter en plus de vos spectacles : vous êtes donc humoriste, journaliste, animateur … ?

Dans l’ordre : humoriste, chroniqueur, puis éventuellement animateur et enfin s’il n’y a vraiment plus personne je veux bien faire journaliste. Mais le spectacle est vraiment mon premier vecteur. Pour les humoristes de ma génération, le spectacle amène les médias à venir vous voir sur scène, puis ils vous proposent de faire une chronique… pour moi ça s’est passé comme ça et comme je suis assez boulimique de travail, lorsqu’on m’a demandé de faire une autre chronique j’ai accepté, et comme je suis sociable dans les couloirs de la radio il y avait de temps en temps une émission où il manquait quelqu’un et on me proposait, j’ai sauté dans les bateaux qui me semblaient chouettes, j’ai rencontré plein de gens… Mon temps est maintenant très occupé par la radio et j’aime beaucoup cela, mais toujours un peu dans le but de remplir mes salles parce que c’est mon métier. Ce qui me rassure c’est que le jour où plus personne ne voudra plus de moi dans la sphère médiatique je continuerai de monter sur scène, l’activité artistique me convient.

Quel est votre secret pour tenir le rythme radio + spectacles ?

Cette année je me suis auto-overbooké, c’est assez bête comme technique ! Donc je n’ai plus de vie sociale : je rentre chez moi, j’écris la chronique du lendemain, je dors et je prends un peu de vitamines. La chance de ce métier c’est que je n’ai jamais l’impression de travailler tout en travaillant énormément, et l’adrénaline aide aussi. C’est super d’être sur les ondes de France Inter qui est une référence autant dans l’histoire de l’humour car les plus grands sont passés ici, qu’en termes de quantité d’auditeurs. Pour l’instant je survis grâce à tout ça !

Vous avez gagné des spectateurs mais vous avez peut-être perdu des amis alors…

On peut le tourner comme ça ! Mes bons amis avec qui j’ai fait mes études ont tout de suite travaillé et m’ont vu galérer, donc aujourd’hui ils sont heureux que ça fonctionne pour moi… mais c’est vrai qu’ils ne sont pas toujours très content que je n’aille à presque aucun dîner !

Est-ce que dans un dîner ou une soirée on exige de vous que vous soyez drôle ?

Quand je vais dans un dîner je m’estime un peu en repos. Bien sûr j’aime bien faire des blagues, autrement je ne ferais pas ce métier, mais je ne suis pas plus grande gueule que d’autres. On attend parfois de moi de la caution : quand quelqu’un fait une blague, il me regarde l’air de dire « elle est bonne ? Tu la prendrais ? » (en général non), ou au contraire certains ne se rendent pas compte qu’ils en ont fait une bonne que j’aime bien, et que je pique. Parfois pour les fêtes de famille ou les mariages, on me dit « allez fais-nous un discours ! » comme si c’était évident pour moi, comme si on demandait à un boucher d’aller couper le gigot parce que c’est son boulot. Mais pour l’instant il y a une sorte de bienveillance, je ne me sens pas harcelé pour faire des blagues.

 

On voit de plus en plus de Belges sur les scènes et dans les médias français, sauriez-vous l’expliquer ?

C’est vrai qu’il y a Stéphane de Groodt, Walter, Virginie Hocq ou Charline avec moi sur France Inter… Il y a eu un changement qui date je pense de Poelvoorde et Damiens, et Gelluck. Le Français, qui considérait un peu le Belge comme le bon sauvage, a fini par nous considérer comme le décalé, le marrant, le sympa qui ressemble aux Français tout en ne l’étant pas. Aujourd’hui les Belges ont une bonne image, je commence d’ailleurs mon spectacle en disant que je suis belge… C’est un peu comme un passeport au surréalisme, on peut dire pas mal de choses que le Français ne peut pas toujours dire de lui-même. Quand je dis des choses sur les politiques j’ajoute « rassurez-vous je ne vote pas chez vous ». Les Français ont changé depuis les années 70 où il y avait une certitude de la supériorité intellectuelle du français un côté imbu, et je crois qu’aujourd’hui la société française est en crise d’une certaine manière, et intelligemment le français se dit que regarder ailleurs est une bonne chose, pour voir ce qui s’y fait. Il y a des différences entre nos sociétés, par exemple moins de hiérarchie dans la société belge, on discute avec le patron aussi facilement qu’avec l’ouvrier alors qu’en France il y a plus de respect des classes. La Belgique est le premier voisin chez qui les Français peuvent regarder et se questionner sur eux-mêmes. Ce n’est pas mieux ni moins bien, c’est juste différent.

Être Belge serait donc un atout ?

Avec Charline on a refusé que le titre de l’émission fasse référence à la Belgique (elle s’appelle Si tu écoutes j’annule tout, ndlr) alors que c’était assumé sur « Le septante-cinq » durant l’été. Mais dans cette nouvelle émission on parle d’actualité française, cela n’avait donc pas d’intérêt. C’est vrai qu’il y a eu une vague d’émissions qui voulaient leur chroniqueur belge. Si j’ai pu en profiter, très bien, mais je n’ai pas l’impression que je suis cachetonné à ce point-là, et quand ce ne sera plus la mode je repartirai peut-être dans l’autre sens !

Est-il plus facile de faire rire les Français que les Belges ?

La différence se situe surtout entre Paris et le reste du monde. À Paris il y a je crois 200 one-man shows, le public est habitué et exigeant, d’autant qu’il n’a pas toujours choisi de venir. En province les gens bloquent leur soirée, réservent leur place. A Paris le spectateur pense « fais-moi rire » tandis qu’en province les gens pensent «on va bien rire » : ce sont des attitudes très différentes.

Si on fait rire Paris c’est gagné pour la suite ?

À une seule condition : ne pas perdre la générosité. Les parisiens sont un peu masochistes, on peut les insulter, les maltraiter, ils trouveront ça drôle et hype. En province, ce serait pris pour de l’arrogance, les gens se déplacent pour vous, il faut être généreux sur scène.

 En tant qu’ancien du Cours Florent avez-vous des projets comme comédien ?

Ma vraie plus-value c’est l’écriture, c’est ce qui fait que je suis un comédien qui joue. Beaucoup d’amis comédiens n’ont pas cette opportunité car il y a beaucoup de comédiens pour peu de rôles. Je suis comédien dans la mesure où j’interprète mes textes, mais je pense que je ne sais pas tout jouer. Si un jour un metteur en scène ou réalisateur me dit « j’aime ce que vous faites et qui vous êtes sur scène, j’ai quelque chose qui vous ressemble », je pense que j’irai. Mais je ne pleure pas en me disant Costa-Gavras ne m’appelle pas ! Je pense que je pourrais faire toute une carrière comme humoriste en trouvant normal de ne pas avoir été ailleurs.

Alex Vizorek par Mathieu Buyse

Vous venez d’avoir 33 ans : le pire cadeau à vous faire ? Une bible car le personnage principal meurt à 33 ans !

Dernière chose qui vous ait fait rire ? Un auditeur qui voulait appeler Daniel Mermet et qui est tombé sur mon téléphone, j’ai voulu lui expliquer que je n’étais pas Daniel Mermet et que je ne pouvais pas écouter ses complaintes sur la société capitaliste, mais il ne m’a pas écouté et m’a parlé pendant 10 minutes de l’actualité… Tout le bureau riait de l’absurdité de la situation ! Et en ce moment celui qui me fait rire c’est François Rollin, depuis peu dans la matinale de France Inter.

Une expression belge ? « être chaud comme une baraque à frites » qui ne signifie pas chaud lapin : c’est quand on est super motivé, on est chaud pour faire quelque chose.

Un film dont vous attendez la sortie ? Souvent les films avec Benoît Poelvoorde quand le thème est bon. Il joue Dieu dans un film de Jaco van Dormael (Le tout nouveau testament)… c’est quelque chose qui m’intrigue !

Dernière sortie ? Comme je ne suis pas toujours à la page je viens d'aller voir "Qu’est-ce qu'on a fait au bon dieu?", car s’il y a 10 000 000 de personnes dans les salles de cinéma ça vaut le coup d’essayer d’en comprendre les rouages. Effectivement Clavier est magistral, c'est une machine d’efficacité comique et un film avec plein de bonnes choses.

Les Devos de l'humour, 25e éditionAlex Vizorek jouera son spectacle dans le cadre du festival Devos de l'Humour le 2 octobre à la salle Raymond Devos de Monnaie et le 3 octobre à Antogny-le-Tillac. Renseignements et réservations sur www.devosdelhumour.com

 

 

Crédits photos Mathieu Buyse.