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Carolyn Carlson - Dialogue with Rothko cYoshi Omori

CAROLYN CARLSON

"Je souhaite partager ma solitude"

Danseuse et chorégraphe, Carolyn Carlson danse et crée depuis les années 1960. Figure de la «Nouvelle Danse Française» au tournant des années 80, elle est aujourd’hui installée en France. Le festival Tours d’horizon l’accueillera pour sa dernière pièce: Dialogue with Rothko.

Le spectacle Dialogue with Rothko est un solo, comme beaucoup de vos créations. Est-ce plus simple d'être seule en scène ?

Ce n’est pas plus simple, c’est même plus difficile parce qu’être seule sur scène suppose plus de responsabilité. Mais j’aime beaucoup le solo car je souhaite partager ma solitude. Nous sommes tous seuls, peu importe combien de gens on connaît, nous nous réveillons seuls chaque matin, et nous sommes nous-mêmes. Je veux donc partager cette solitude… et cela m’évite aussi d’avoir trop de choses à expliquer à d’autres danseurs! (rires).

Vous partagez aussi un choc esthétique face à l'œuvre de ce peintre?

Tout à fait. J’ai d’abord écrit un livre de haïkus inspirés par l’une de ses œuvres exposées au centre Pompidou, et ma manager Claire de Zorzi m’a demandé pourquoi je n’en faisais pas un solo. C’est de cette manière que ce spectacle est né, mais c’est un parcours intéressant car le travail de Rothko, notamment ses dernières œuvres, est vraiment mystérieux. Il y a une sensation d’harmonie et de mystère dans ses couleurs, dans la manière dont il assemble la peinture. Lors d’une représentation à Rome, quelqu’un m’a dit que la transmission était impossible, mais cette personne m’a raconté avoir ressenti quelque chose qu’elle ne pouvait pas dire, ce qui me semble intéressant car lorsque vous êtes face à une peinture de Rothko, il n’y a pas de mot. Il ne s’agit que de voir.

On est dans le domaine de l'indicible?

Oui, et la danse c'est aussi cela: on donne de l'énergie et des images. Parfois on parle trop au sujet d'une création, de ce qu'elle signifie. Je pense qu'il faut voir l'œuvre pour ce qu'elle est, sans trop d'explications. C'est ce que les tableaux de Rothko m'inspirent car ils ne nécessitent pas d'explication, et c'est ce que lui-même disait. D'ailleurs ses dernières œuvres n'ont pour titre que des numéros, car il ne voulait pas que l'on intellectualise son travail.

Avez-vous la même vision de la danse que lui pour la peinture?

Oui bien sûr. J'apprécie les réactions du public, qui souvent nous remercie de lui avoir ouvert l'imagination; les spectateurs m'expliquent ce qu'ils pensent ou ressentent, ce qui est génial car chacun a sa propre interprétation! La poésie est aussi une ouverture qui laisse chacun imaginer et ressentir à sa manière, chaque personne a sa propre perception.

Carolyn Carlson - Dialogue with Rothko (photo Laurent Paillier)

Hormis Rothko, avez-vous connu d'autres chocs esthétiques?

Tout au long de ma vie j'ai été inspirée par les arts visuels, Magritte, Nicolas de Staël, ou ce peintre magnifique qu'est Olivier Debré qui m'avait inspiré Signes. J'ai toujours travaillé avec les artistes visuels, que ce soit en vidéo ou en peinture, et je trouve aussi mon inspiration dans la littérature. Je travaille par exemple sur La poétique de l'espace de Gaston Bachelard… Je me situe finalement au croisement de la peinture, de l'écriture et de la musique, c'est pourquoi je considère mon travail comme de la poésie visuelle.

Cette pièce Dialogue with Rothko mélange justement texte, musique et danse: quel a été le rôle de Yoshi Oida, qui vous a aidée pour la mise en scène?

Le texte lu est tiré du livre que j'ai écrit, et Yoshi Oida nous a aidés à l'enregistrer. Il a conseillé Juha Marsalo, l'un de mes danseurs, un grand interprète qui prête sa voix à la version française. Yoshi Oida lui donnait des indications pour l'interprétation, ainsi qu'à moi qui lit en anglais. Il me semble intéressant que le public puisse entendre le texte en même temps qu'il voit la danse. Jean-Paul Dessy a quant à lui incorporé le texte à la musique. Tout cela permet de refléter mes impressions sur Rothko.

Justement, est-ce que le violoncelliste Jean-Paul Dessy sera présent sur toutes les représentations?

Oui car j’adore la musique live. Je viens de travailler pour l’opéra de Bordeaux en mars avec un orchestre de 18 musiciens sur une musique de Gavin Bryars, c’était extraordinaire! Mais le problème d’une tournée est qu’on ne peut pas emmener autant de monde. Thomas Lebrun et son magnifique travail sur le quartet de Schubert pourrait partir en tournée par exemple, d’autant que c’était une création extraordinaire! J’aimerais pouvoir moi aussi emmener des musiciens, mais pour cette œuvre il n’y a donc que Jean-Paul Dessy, qui joue en live avec certains éléments préenregistrés.

La BNF a exposé l'an dernier vos notes et croquis, est-ce comme cela que débute le travail de création?

J'écris comme une folle! Je suis probablement l'une des chorégraphes qui écrit le plus, j'ai cinquante cartons de notes et cahiers! J'adore écrire, cela me permet de coucher sur le papier mes perceptions. Puis je reviens vers mes notes, pour Pneuma, créé à Bordeaux, j'ai deux énormes cahiers! Je fais beaucoup de dessins et croquis et je crois que les danseurs l'apprécient. J'écris, je dessine, je fais des croquis mais je n'écris jamais les pas: je place les individus dans l'espace, comme un peintre, et les danseurs s'y retrouvent car ils voient où ils doivent aller, ils comprennent la direction dans laquelle je souhaite travailler.  Mais après trois semaines le travail prend vie de lui-même et s'engage parfois dans une autre direction. Je ne suis pas de ces chorégraphes qui savent dès le départ où ils vont, je ne connais jamais à l'avance mon final!

Quel est votre élixir de jouvence? C'est l'amour! Je danse, j'écris, je chorégraphie, je m'inspire des mystères du monde. Je suis passionnée par mon travail et par la vie, ce qui inclut l'amour!

Y a-t-il une musique sur laquelle vous ne pourriez pas danser? Oh oui certainement! J'apprécie beaucoup le jazz contemporain, assez compliqué. Mais il est impossible de danser dessus car cette musique existe pour elle-même, elle s'appartient, elle est libre.

Dessin, écriture, danse: y a-t-il un art qui manque à votre palette? J’aimerais faire un film! Mon rêve serait de réaliser un film muet avec des danseurs. Peut-être qu’il deviendra réalité car j’y travaille!

Votre livre de chevet? Je suis assez occupée en ce moment, mais j'ai une bibliothèque ésotérique assez complète, je relis Eckhart Tolle que je trouve formidable, il m'inspire. Vous savez je médite tous les matins, j'aime lire avant de me lever des textes touchant à la spiritualité, cela m'aide à vivre au jour le jour.

Carolyn Carlson sera sur la scène du Nouvel Olympia dans le cadre du Festival Tours d'horizons le 13 juin prochain. "Dialogue with Rothko" le 13 juin à 19h00, informations et réservations www.ccntours.com et au  02 47 36 46 00.

 

CAROLYN CARLSON - INTERVIEW PROG!