L’AGENDA DES SORTIES DU 37

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Klaus Rinke ©Anne-Marie von SarosdyKLAUS RINKE

« Chacun doit d’abord se trouver soi-même »

L’artiste allemand Klaus Rinke est un habitué du CCC tourangeau dont il a été plusieurs fois l’invité. Il semblait donc naturel de le retrouver au CCC OD quelques mois après l’ouverture. Avant d’y installer une nouvelle version de son Instrumentarium, l’artiste nous en dit plus sur ses projets.

Vous aviez présenté l’Instrumentarium au Centre Pompidou en 1985 : l’installation proposée au CCC OD sera-t-elle très différente ?

J’ai pris beaucoup de matériaux de cette première installation, mais je ne pourrai pas tout remettre dans la Nef du CCC OD qui est moins grande, et à cause du poids des éléments. Ce que j’ai prévu suppose la fabrication de socles pour que les tonnes d’eau ne soient pas dispersées au sol ! Ce sera donc une pièce à la fois ancienne et nouvelle. Mais de toutes façons je ne suis pas un vrai sculpteur, je suis un philosophe visuel.

Et votre pensée a-t-elle évolué depuis la première version de l’installation ?

Disons que j’y évoque les rivières d’Europe où autrefois les cultures se développaient. Le Tibre à Rome, l’Arno à Florence, le Rhin, le Danube… On va ramener et mélanger toutes ces eaux pour évoquer la culture des fleuves européens. Car je suis un vrai européen, je ne suis pas un allemand mais un «franglemand» comme j’aime le dire, j’ai toutes les nationalités en moi... D’ailleurs ma femme m’a fait faire un test ADN, et j’ai ri en découvrant que j’avais des gènes 37% français (via mon grand-père maternel, lorrain), 15% d’hérédité slave par ma grand-mère de Dantzig !

Ce travail sur l’eau renvoie-t-il à la mixité, à la paix ?

L’eau est un matériel global que j’ai utilisé dans beaucoup de pièces. Quand j’étais gosse dans la Ruhr il y avait des milliers de trous d’obus qui étaient remplis d’eau, formant des mini lacs. J’ai commencé à faire des aquariums, j’en avais presque une trentaine quand j’avais 10 ans. J’ai compris plus tard que l’eau était un matériau utilisable en art, différent de la pierre, car c'est une matière qui nous échappe. L’eau traverse le monde entier à travers le cycle de l’eau.

D'un point de vue technique, combien de temps prend la préparation d'une installation comme l'Instrumentarium ?

Je travaille depuis maintenant plusieurs mois, deux collaborateurs du CCC OD sont déjà venus à l’atelier, sont partis récupérer les eaux des fleuves et rivières français et étrangers que j’ai choisis. J’exposerai aussi mes archives car j’étais très actif à Dusseldorf, que j’ai quittée depuis maintenant 11 ans. J’ai changé de lieu et de rivière. Je suis le même, mais la direction de l’eau est différente puisque le Rhin plonge dans la mer du Nord et le Danube dans la mer Noire !

Klaus Rinke - centre PompidouKlaus Rinke - Instrumentarium - Centre Pompidou (1985)

Le CCC OD proposera en effet en parallèle une exposition d’artistes de Dusseldorf, où vous avez enseigné. Mais peut-on vraiment enseigner l’art ?

Oui en tous cas j’y arrivais car je suis presque un psychiatre : chacun doit d’abord se trouver soi-même et ses propres problèmes, il ne s’agit pas d’être une personne idéale mais d’identifier le négatif en soi. Avec cette recherche intérieure, si quelqu’un a la possibilité d’exprimer cela visuellement. Certains veulent être artistes pour la vie de liberté, de succès et d’argent. Mais en réalité c’est une profession très dure, il faut se donner chaque jour un coup de pied au c… et avoir une discipline absolue.

Cette recherche intérieure est sans fin ?

Je ne peux rien faire d’autre, et j’écris également beaucoup. Je fais beaucoup de photo, de dessin… C’est un développement. Quand j’avais 16 ou 18 ans je faisais évidemment un art différent de celui de maintenant, car la sagesse, les années, la mort qui s’approche modifient mon travail bien sûr.

Avez-vous d'autres projets en cours ou à venir ?

Depuis quelques années je fais d’immenses peintures que j’exposerai l’an prochain. J’ai beaucoup de dessins - quand je vivais à Reims je dessinais tout le temps.

Klaus Rinke à PompidouKlaus Rinke - Centre Pompidou - 1985

Quel est le meilleur moment de la journée pour créer ?  Je me fais vieux, donc je me lève tôt vers 5h du matin, et je suis fatigué assez tôt dans la journée. Je ne dessine plus la nuit comme dans le passé. Mon esprit est encore fort, mais physiquement les années commencent à peser !

L'objet que vous avez toujours avec vous ? Une montre. Avec une petite chaîne, sur ma poitrine. Je donne toujours du temps aux autres, et je vous donne un extra-temps pour cette interview ! (rires)

CCC OD logoL'exposition Klaus Rinke et Düsseldof mon amour débutera le 14 octobre 2017 et restera au CCC OD jusqu'au 1er avril 2018. Retrouvez toutes les informations pratiques sur le site du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré.

 

Portrait Klaus Rinke ©Anne-Marie von Sarosdy