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LOIC DEMEY

D 'un cœur léger. Carnet retrouvé du Dormeur du val

Cheyne Editeur.

Bien sûr, vous connaissez le poème que Rimbaud écrivit à seize ans. Par contre, avez-vous déjà imaginé qui fut le Dormeur avant de s'endormir dans le Val ?

Grâce à la découverte d'un petit carnet dans un grenier, c'est ce que choisit d'imaginer Loïc Demey dans ce récit qui nous entraîne sur les pas de Vincent, le Dormeur, en partance pour la guerre en cet été 1870 en Moselle.

Vincent note dans ce carnet ses pensées à la douce Alice qu'il vient de quitter et dont il est follement amoureux et lui décrit son quotidien de bidasse dans la chaleur de ce mois de juillet. Et la magie opère ! Quelle émotion de lire les mots de ce Dormeur qui revit pour nous à près de 150 ans d'écart ! Avec une plume très poétique, Loïc Demey réussit à nous plonger dans les interrogations et les espoirs de ce jeune homme, presque plus intéressé par son Alice que par son quotidien de soldat. Jusqu'au jour où nous découvrons que ce carnet ne révèle pas toutes les vérités de ce que vit le soldat et notamment la découverte de l'inhumanité.

Sans trop en dire, car la fin du texte se révèle surprenante et jubilatoire, le Dormeur croisera un autre jeune homme fantomatique qui nous engagera à une réflexion sur la vérité du récit et de la narration. Le livre se clot sur une fin ouverte absolument mystérieuse qui laisse au lecteur le plaisir de continuer à faire vivre l'imaginaire créé par l'auteur, rendant ce livre totalement nécessaire à partager.Loïc Demey, auteur de « Je, d'un accident ou d'amour » est un jeune auteur étonnant de talent et d'imagination qui signe ici son deuxième livre chez le très bon éditeur Cheyne, spécialiste de poésie et de bons livres.

 

Extrait d'une inquiétante rencontre avec un soldat ennemi:

« Je m'extirpais d'une ornière lorsque je suis tombé nez à nez avec un Prussien. Il ramassait des casques, s'emparait des bijoux et des portefeuilles. Il a levé les mains et renversé son butin, j'ai levé les miennes. Nous avons souri. Il a désigné plusieurs fois le chemin à ma droite. Il a montré, derrière moi, la direction de Metz puis, du pouce, a mimé de se trancher la gorge. Il m'a tendu sa gourde et m'a fait signe de filer.[...]

Il s'appelle Stefan. J'ai saisi le bidon qu'il m'a offert, j'ai bu, j'ai confié mon prénom. Échanger nos identités a scellé notre impression de confiance, un pacte au goût de réconciliation. L'éventuelle promesse de ne jamais nous en vouloir. Nous sommes opposés sans l'avoir choisi, notre lutte à mort n'est qu'une question de point de vue, de lieu de naissance, s'éveiller au monde d'un côté ou de l'autre du Rhin a délimité notre camp. Il s'appelle Stefan, je m'appelle Vincent, il me donne à boire et je le remercie en posant ma main sur son épaule maculée de terre et du sang des miens, il m'a conseillé de fuir, il m'a souhaité bonne chance dans sa langue. Mais où aller ? »

D 'un cœur léger. Carnet retrouvé du Dormeur du val de Loïc DEMEY chez Cheyne éditeur. 92 pages, 17 euros.

Coup de coeur de Claire, libraire au rayon poésie de La Boîte à Livres.

 
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