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PHILIPPE TORRETONPHILIPPE TORRETON

« une réponse positive à une idée séduisante »

Le comédien Philippe Torreton arpente planches de théâtre et plateaux de cinéma dans les plus grands rôles : Cyrano, Scapin et quelques autres... Une fois n’est pas coutume, c’est avec une lecture des textes de l’auteur-interprète Allain Leprest qu’il sera en Touraine. Un projet hors-norme qu’il nous présente ici.

Pour ce projet vous déshabillez de leur musique d’origine les textes d’Allain Leprest : qu’apporte cette nouvelle musique au texte, cela les met mieux en valeur ?

Ceux qui connaissaient Allain Leprest connaissent ses textes avec une chanson et je ne suis pas chanteur ; je ne voulais donc pas accompagner ces textes d’une autre musique ni les chanter, car je viens pour les dire. Et pour ceux qui ne connaissent pas les chansons, cela permet de ne pas déflorer l’univers musical qui allait avec. Les percussions d’Edward Perraud semblaient donc une bonne solution qui permet d’être dans le dire, dans le verbe, et d’être dans une mise en son et non pas dans une musique mélodique. On est dans un travail sur le rythme, l’ambiance, l’imaginaire… Ce sont deux interprétations, l’une vocale et l’autre instrumentale.

Est-ce à  dire que Leprest était un vrai poète ?

C’est pour cela que je ne suis pas dans la chanson : pour moi ses textes sont une œuvre poétique très forte, je le place vraiment très haut dans la famille des poètes français. Donc j’interprète cette poésie-là en scène.

Peut-on aller jusqu'à dire qu'il était un "poète maudit" ?

L’expression fait référence à des vies passées à courir après la reconnaissance, mais Allain Leprest avait la reconnaissance de ses pairs comme Nougaro ou Ferrat qui le considéraient comme un poète immense, et il a tout de même vécu bon an mal an de sa plume. Mais il avait effectivement une errance, un mal-être comme il le dit dans ces vers :
« J’ai vécu nu,
naufragé de naissance,
sur l’ile de mal-enfance
dont nul n’est revenu ».
Je crois que ces 4 petits vers résument toute son œuvre. Il court après des blessures d’enfance qu’il essaie de cicatriser. L’étiquette de poète maudit peut donc lui coller, mais comme toutes les expressions, on ne sait plus trop ce que ça veut dire. On peut ne pas connaître le succès et avoir une certaine forme d’équilibre, mais là cela va avec un déséquilibre, une descente dans des enfers qui pour lui était l’alcool et ses errances.

Sur scène vous vous en tenez aux textes de Leprest mais Edward Perraud qui vous accompagne s'accorde-t-il des moments d’improvisation ?

Ce n’est ni fixe ni le contraire : on fait quelque chose d’assez précis, tout en se conservant l’un et l’autre une marge de manœuvre. Ca se passe à deux, sur le moment, avec les choses qu’on a prévues, mais il reste toujours l’échappatoire de l’interprétation, au moment où ca se fait. Ce n’est donc pas exactement pareil chaque soir. Il y a plein de micro-changements, l’ambiance est différente, …

 

 

On vous a vu au théâtre dans les grands rôles du répertoire : vous avez maintenant envie de projets plus singuliers comme celui-ci ?

C’est surtout une réponse à une idée de Jean-René Pouilly, qui était l’un des premiers producteurs d’Allain Leprest. Il a eu envie de monter un spectacle autour de ces textes dits en scène. Sans savoir que je connaissais Allain Leprest et que j’adorais ses textes, il m’a considéré comme la bonne personne, ce qui m’a paru incroyable comme hasard. Ce n’est donc pas du tout une orientation ou un projet global, mais surtout une réponse positive à une idée séduisante.

Avez-vous d'autres projets à venir ?

Je vais tourner un film avec Gérard Mordillat, et j’ai deux autres projets à la rentrée ainsi que mon propre film que j’aimerais développer. Je garde donc le théâtre pour plus tard.

Vous aviez cette envie de réaliser depuis longtemps ?

C’est le projet qui me pousse à me lancer. Pour l’instant il est écrit et j’ai un producteur qui me suit, mais il faut encore aller chercher les sous donc on verra… C’est en tous cas une envie liée au sujet traité, dont je ne peux pas encore trop parler !

En 2010 vous avez fait l'expérience de la politique comme conseiller municipal à Paris, et vous avez récemment arrêté votre chronique dans le journal L'Humanité : êtes-vous désabusé par la politique ?*

Il y a certaines choses qui m’ont désabusé, mais pas la politique en général. J’essaie de faire la part des choses entre des déceptions ponctuelles et l’envie politique que j’ai depuis longtemps en moi. J’ai démissionné du poste de conseiller car je me suis rendu compte que pour imposer ses idées, il faut se battre et y consacrer un temps énorme que je n’avais pas, car je suis comédien depuis longtemps et je n’ai pas envie de me réorienter. Cela ne m’a pas dégoûté de la politique mais cela m’a fait prendre conscience de l’investissement que cela suppose. J'ai arrêté l’Huma pour différentes raisons, parmi lesquelles ma déception sur ce désaccord à gauche, avec ces deux forces qui ont mis l’écologie au cœur de leur programme et qui n’arrivent pas à s’entendre. C’est démoralisant et cela ne m’intéresse pas. Appeler les gens à voter pour un 4e ou 5e cela ne m’intéresse pas, je voulais surtout faire gagner l’écologie et elle va sans doute perdre car là on est dans des aventures personnelles des uns et des autres.

philippe torreton

Votre livre de chevet du moment ? Je viens de terminer Alias Caracala de Daniel Cordier, un bouquin passionnant !

La musique qui tourne en boucle chez vous ? Il y en a plein ! C’est très varié, je n’ai pas de monomanie en ce moment.

Si vous pouviez vous évader pour un mois dans un pays lointain ? Peut-être vers les grands paysages nord-américains ou canadiens…

philippe torretonPour (re)découvrir les textes d'Allain Leprest sur scène, avec Philippe Torreton et le musicien Edward Perraud dans le spectacle "MEC!", rendez-vous au centre culturel de Saint-Pierre-des-Corps le mercredi 10 mai 2017 à 21h. Réservez en quelques clics auprès du Petit Faucheux.

*interview réalisée en avril 2017, avant les élections présidentielles.