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LES RAMONEURS DE MENHIRS

"Le punk rock et la tradition bretonne, des esprits en résistance"

Les Ramoneurs de Menhirs seront le samedi 28 juin 2014 sur la scène du festival Les Kampagn'arts pour faire danser et chanter le public d'Indre-et-Loire. Loran, ancien Bérurier Noir et guitariste du groupe qui allie  biniou, bombarde et guitare électrique, fait le lien pour nous entre punk rock et culture bretonne.

NOUVELLE ACTU : en concert le samedi 19 mars 2016 à Monts !

Qu'est-ce qui t'a amené vers la Bretagne?

Il y avait déjà une histoire entre les Bérus et la Bretagne car notre chanteur François est originaire de là-bas. On avait d'ailleurs fait venir à l'époque des sonneurs (dont Éric, qui est dans les Ramoneurs) sur le titre "Vive le feu". J'ai habité pendant 13 ans dans la vallée des Merveilles, au sud des Alpes, un lieu sacré pour les Celtes. On y trouve d'ailleurs des gravures celtiques anciennes, des endroits très mystiques. J'ai finalement atterri en Bretagne pour tout ça : l'énergie, la féérie… Mais ce qui m'a frappé c'est qu'en arrivant en Bretagne un jeune druide m'a expliqué qu'une prophétie raconte que seul un étranger pourra rendre la Bretagne libre, et il m'a souhaité la bienvenue ! Tu imagines une prophétie comme ça pour la France, ça changerait tout! Après bien sûr, la Bretagne c'est aussi la terre du punk-rock, à deux pas de l'Angleterre, des groupes traversent la Manche pour venir jouer. Les Ramoneurs c'est la fusion entre cette énergie des traditions bretonnes et celle de l'insoumission punk-rock !

Ça étonne tout de même de voir une bombarde et un biniou pour du punk-rock: pour toi n'importe quel instrument peut s'y prêter ?

Le punk c'est une façon de balancer l'énergie très brute, instinctive, animale, plus qu'un style musical. Pour moi il y a de l'énergie punk dans certains morceaux classique, ou chez James Brown. Le punk c'est l'anticonformisme, l'esprit d'insoumission : c'est ce qui lie le punk-rock et la tradition bretonne, ce sont des esprits en résistance.

Ce mélange se fait à partir de chants ou de mélodies qui existent déjà ?

On est un groupe traditionnel donc on ne compose pas : on arrange. On part toujours d'un air traditionnel dont on respecte forcément le rythme car la plupart du temps les chants et mélodies sont associés à des danses. Il faut que les gens puissent danser quand on joue en fest-noz. Après on essaie de pousser le morceau vers le haut : on essaie d'en comprendre l'esprit, et d'accentuer son énergie. Avec la boîte à rythmes je me mets dans un délire presque chamanique. Un concert ce devrait être comme une cérémonie, un lieu de rencontre entre des humains différents, où une osmose se crée. Les espaces où on se rassemble sont rares. Le rôle du barde, c'est justement de fédérer la tribu et c'est ce qu'on essaie de faire !

Ce qui est intéressant c'est de voir que les anciens, les tenants de la tradition, accueillent bien ce que vous faites.

Eh oui regarde, on a gagné le Kan Ar Bobl en 2008 au Festival Interceltique de Lorient, donc on était groupe de l'année de musique traditionnelle ! Il y a une ouverture d'esprit terrible en Bretagne ! La tradition ce n'est pas le repli sur soi, les gens qui sont bien dans leurs racines peuvent s'ouvrir sur les autres. La xénophobie vient de gens déracinés qui ont la haine des racines des autres. Aujourd'hui on est dans un système où tout le monde montre du doigt la différence, qui devient un défaut, alors que c'est tout le contraire : la différence c'est la vie. Dans une forêt primaire des milliers d'essences cohabitent et font la force de la forêt. Dans une forêt avec les arbres en ligne, plantée par l'homme, tu ne verras rien pousser en dessous. La non-différence, c'est la mort. Toutes les théories d'extrême-droite, de fascisme, de racisme, nous mènent vers la mort.

Ce sont des idées que vous essayez de faire passer dans vos paroles ?

Il y a parfois déjà des textes pour certaines mélodies. Quand ils sont intéressants, on les garde. Mais ceux qu'on trouve ambigus ou dans lesquels on ne se reconnaît pas, on les transforme : c'est environ la moitié de nos morceaux. Lorsqu'on touche au texte on le fait avec un peu d'humour que les anciens et ceux qui parlent breton comprennent. Logiquement on refuse de se mettre à la SACEM car on est un groupe traditionnel, on estime qu'on n'a pas à avoir de droits sur des musiques qui ne sont pas à nous. On perpétue une tradition.

En parlant de SACEM, je crois que tu n'es pas intermittent, c'est un choix ?

Je pense qu'un artiste ne doit pas être un fonctionnaire de l'Etat. L'artiste est un marginal qui doit être toujours en recul par rapport à la fourmilière, pour faire son travail de révélateur. Un acte artistique est forcément un acte politique, ou alors tu fais du papier-peint. Tu peux faire un spectacle et une représentation unique à l'année. Ce n'est pas au kilo qu'on juge un artiste, mais c'est le problème aujourd'hui, il faut que ce soit rentable. Avec les Ramoneurs on s'autogère, en association. Pour fixer notre cachet on se renseigne sur la structure qui nous accueille et on s'adapte. Quand tu es intermittent tu ne peux plus fonctionner comme ça car tu dois assurer ton nombre minimum de cachets. L'Etat passe son temps à encadrer les choses, y compris les horaires des concerts ! On peut scotcher devant sa télé jusqu'au petit matin mais on ne peut pas danser ? La convivialité est prohibée, car c'est dans la convivialité que les gens commencent à réfléchir et à s'organiser. Le système cloisonne et sépare les gens. Les artistes peuvent proposer une alternative à tout ça ! Si les intermittents défendent leurs droits sociaux, je les accompagne, mais en leur disant qu'ils sont des esclaves qui se battent juste pour avoir de meilleures chaînes.

Tu as l'air d'avoir toujours la même énergie et la même indignation malgré le temps qui passe ?

De plus en plus ! Quand tu es jeune, tu penses que ça va marcher car on est tous ensemble. Après 37 ans tu te dis que ce n'est pas possible, tout le monde gueule mais les gens sont lobotomisés… télé, facebook,… J'ai lu tout Hercule Poirot un été chez ma grand-mère, et j'ai retenu la leçon : à qui profite le crime ? Pourquoi l'Etat veut qu'il y ait des intermittents ? Pourquoi on interdit telle ou telle chose ? Il faut se poser la question et réagir, mais pas dans 20 ans, demain, maintenant! Et les artistes sont là pour faire réagir justement !

Cette énergie on la trouve aussi sur scène : tu as un moment favori pendant un concert ?

Les concerts sont toujours très forts. Mais il y a un moment plus fort que les autres : on s'installe tranquillement sur scène, je fais mes réglages, j'attache mes locks, les sonneurs préparent les anches de leurs instruments,… Les Ramoneurs c'est comme un vieux moteur : ça met du temps à démarrer mais une fois que c'est parti ça s'arrête jamais ! Quand on est prêts, je me retourne et je présente le groupe : nous sommes les enfants de la terre et du vent, on s'appelle les Ramoneurs de Menhirs, on chante pour la Bretagne libre. Et là il y a un élan incroyable du public qui nous emplit d'énergie, on est en fusion avec eux ! Ça va avec notre manière de concevoir les choses : la convivialité, l'échange, le moins de barrières possible, faire monter des gens sur scène… Le parking du festival est aussi un endroit où il se passe plein de choses : les camions, les rencontres, j'adore être au milieu de cette cour des miracles !

Est-ce qu'on verra sur scène samedi aux Kampagn'arts des morceaux de l'album qui sort bientôt ?

Quelques-uns seulement car il y a un truc qui nous fait chier : tout le monde filme avec son téléphone et balance ça sur Youtube, du coup il n'y a plus aucune surprise quand l'album sort… Donc là on attend la sortie de l'album pour se lâcher !

On trouvera sur l'album des invités, comme c'était le cas avec Louise Ebrel (grand nom de la musique bretonne) qui est venue sur les deux premiers ?

Louise, qui a maintenant 82 ans, sera bien sûr là. Elle chante sur un gymnaska, une des danses les plus rapides. Là pas de doute, c'est un morceau très punk ! Elle fait aussi une gavotte de L'Aven, un type de gavotte assez rare qu'on essaie donc de perpétuer. Mais la grosse différence, c'est que l'on s'ouvre sur d'autres musiques traditionnelles. On joue une danse traditionnelle grecque, et un chant révolutionnaire kabyle où on mélangera le kabyle et le breton. Et il y aura aussi un morceau touareg, et quelques autres surprises. C'est un peu une manière pour les Ramoneurs d'être un groupe qui représente la résistance des cultures minoritaires face au rouleau-compresseur mondialiste.

Pour conclure, une phrase en breton ?

Je vais plutôt te dire un truc en français, que je maîtrise mieux ! C'est une phrase de Glenmor, un des grands bardes bretons : "Quand l'homme se veut tel, il n'a qu'un devoir: l'insoumission".

Rendez-vous samedi 28 juin au festival des Kampagn'arts à Saint Paterne Racan pour prendre une bonne dose d'énergie avec les Ramoneurs de Menhirs ! Et le reste de la programmation sur www.kampagnarts.fr. Et si vous n'êtes pas dans le coin, le site officiel des Ramoneurs vous donne toutes les prochaines dates de concerts et fest-noz !

NOUVELLE ACTU : en concert le samedi 19 mars 2016 à Monts !

RAMONEURS DE MENHIRS - INTERVIEW PROG!