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«  le plus courageux c’est de se déguiser en soi-même »

Vingt-trois ans de carrière et en constant renouvellement : Dionysos est de retour avec l’album Vampire en pyjama  et ses titres composés à l’hôpital mais qui débordent de vie. Sur les routes pour une tournée des salles françaises, le chanteur du groupe, Mathias Malzieu. nous en dit plus.

Ce nouvel album Vampire en pyjama est un peu plus calme que les précédents… Cela se ressent en live dans la musique et les visuels ?

Sur scène on retrouve le bonhomme à tête de cœur qui brille au fond de la scène et change de couleur, il y a plein de petites choses - les horloges, des boites à musique, des petites surprises presque en close-up qui correspondent à l’esprit des salles de type théâtre qu’on a choisie de faire. On voulait changer le rapport à l’écoute et au public pour ne plus être dans l’hystérie sonore.

C’est comme ça que tu définirais Dionysos live ?

Disons qu’il y a un côté naturel chez nous dans l’adrénaline et l’expression physique. Mais justement on ne voulait pas être le Dionysos d’il y a 5 ou 10 ans. Sur l’album il y a des tempos moins rapides que d’habitude, et on s’est dit qu’on n’était pas obligés de jouer les morceaux à fond la caisse avec des guitares saturées juste parce qu’on est Dionysos. Il faut toujours se donner à fond à chaque fois, ce qui me rend souvent physiquement très énergique, mais j’essaie de ne pas passer que par là, pour qu’on gagne en profondeur et en vérité. Certains ne perçoivent pas la différence mais de notre côté on la sent : les gens sont assis, et si j’ai envie de raconter quelque chose pendant dix minutes je peux, alors que c’est impossible devant une salle debout où les gens veulent sauter partout ! Il y a une convivialité et une complicité avec le public qui n’est pas la même… Et je ne me fais plus mal à tous les concerts, ce qui était le cas avant ! On est désormais dans une intensité de plaisir.

Un plaisir qui dure depuis 23 ans…

Oui car c’est important après 23 ans de groupe d’être au plus près du désir et de ce qu’on est. On ne renie pas ce qu’on faisait, je suis très fier de tous nos disques avec leurs qualités et leurs défauts. Mais aujourd’hui on a tous passé la quarantaine, on a 23 ans de groupe, la seule chose qu’on a à prouver c’est qu’on est encore capable de surprendre, de nous surprendre nous-mêmes et de nous amuser. Aujourd’hui, quand il y a un moment calme, on l’assume. J’ai donc l’impression d’être plus près de ce qu’on veut raconter. Un peu comme quand on se met trop de costumes… comme dans la chanson « Déguisé en moi » : le plus difficile et le plus courageux c’est de se déguiser en soi-même.

 

 

Suivre ses désirs c’est aussi toucher à tout : cinéma, romans, musique… As-tu une discipline préférée ?

Ma discipline préférée c’est de raconter des histoires, et j’ai l’immense plaisir d’avoir plusieurs véhicules… bateau-film, navette spatiale-chanson, skateboard à moteur-livre. C’est comme des bains révélateurs différents ! L’histoire et l’envie de la raconter sont les mêmes, mais si je plonge un même personnage dans un roman, une chanson ou un film, il réagira de manière différente, tout comme une chanson ne réagit pas de la même manière en studio et sur scène. Tous ces paramètres qui bougent et créent la surprise m’intéressent.

Et tout est interchangeable ?

Presque toutes les chansons pourraient être adaptées sous d’autres formes. L’histoire de « La sirène et le pygmalion » (album Bird N’Roll) sera le point de départ de mon prochain film, alors que ce n’était pas prémédité. « Le Vampire de l’amour » à l’origine était une petite chanson au ukulélé écrite à l’hôpital, je ne l’avais pas imaginée avec ce personnage à tête de cœur… J’aime bien les chemins, entre le moment où je crée, où le groupe se l’approprie, puis celui où l’on joue sur scène, où on l’enregistre, où on en fait un clip, où on donne un titre… Toute une série de choix joyeux. Par les temps qui courent on se raidit beaucoup, être toujours en mouvement est important. Je crois que Nietzsche disait que toutes les bonnes idées viennent en marchant !

Mais ce nouvel album est né dans une chambre d'hôpital : question mouvement...

Je suis resté 11 semaines en chambre stérile. On m’avait conseillé de regarder des films pour passer le temps, mais j’étais déjà en position de subir quelque chose, et le seul mouvement possible pour moi c’était dans ma tête et j’ai donc passé mon temps à créer. Tout est question de mouvement, si le groupe existe encore c’est parce qu’il a bougé et parce qu'on met du coeur dans ce ce qu'on fait.
Ensuite on y arrive ou pas, mais c’est comme partir en voyage : il fera beau ou mauvais temps, tu seras pris en auto-stop… Mais si tu pars en mode touriste formaté tu vois des images de carte postale mais tu ne rencontres personne, alors qu’en faisant un pas de coté, en prenant un risque tu rentres dans autre chose.
Après Vampire en pyjama je suis parti en Islande avec un skateboard à moteur et c’était extraordinaire : j’ai grillé le moteur, j’ai fait du stop, on m’a prêté un skateboard dans une ville perdue près du cercle polaire, j’ai vu une aurore boréale... Je me suis mis dans des conditions qui rendaient possible les surprises, et c’était fabuleux ! C’est la symétrie parfaite de ce que j’ai travaillé à l’hôpital où je ne pouvais pas bouger.
J’ai tenu un carnet pendant cette hospitalisation, je ne sais pas ce qu’il deviendra, et ça ne fait rien : c’est de l’ultra-présent. Et c’est le même état d’esprit avec le groupe. C’est le même rapport à l’aventureux et au mouvement.

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Quels sont les prochains projets pour Dionysos ?

Tout d’abord une réédition avec un bonus, mais en veillant à ce que nos fans n’aient pas besoin de le racheter : ceux qui l’ont déjà pourront acheter le bonus à part sur les concerts ou en numérique. Dans ce bonus on retrouve la reprise de Bowie « Heroes », « Smell like teen spirit » au ukulele et banjo avec Carmen Maria Vega, 3 lives de la tournée acoustique de 2009 au Marigny où on ne jouait qu’avec des jouets, deux remixs et deux inédits en version acoustique de chansons qui n’avaient pas trouvé leur place dans l’album par rapport à la cohérence du tout (on est encore attachés au fait qu’on puisse écouter un album du début à la fin).
Récemment on a aussi fait le générique de la prochaine série-dessin animé de Joan Sfar les Sardines de l’espace. Ces travaux de commande sont marrants car cela change la caméra d’angle, un peu comme les jeunes du Cercle des poètes disparus qui montent sur le bureau pour ne plus voir les choses de la même manière. C’est inspirant.
Il y aura sans doute un disque de Babeth l’an prochain, et d’autres projets parallèles. On fonctionne par cycles, comme un collectif d’artistes. On ne se retrouve pas parce que « il le faut » selon la maison des disques, mais parce qu’on en a envie.

Et pour toi, de quoi l’avenir sera fait ?

De mon côté j’ai fait un court-métrage Le distributeur d’aurores boréales qui est une mini-suite de Jack et la mécanique du cœur, avec des anciennes chansons et des nouveaux thèmes. On le projette régulièrement en festival et il passera sur France 2 en janvier. Je suis également sur l’écriture d’un long-métrage, une histoire de sirènes qui se déroule en Islande, et sur une série qui mélange d’animation et personnages réels. Mais le rythme du cinéma ou de la télévision est plus long, ce n’est pas pour tout de suite.

 

La tentation à laquelle tu ne peux pas résister ? La gourmandise ! Je peux manger un nombre incroyable de crêpes en continu, nature, sans sucre. Devant un bon match de foot c’est un parfait doudou !

Ton livre de chevet ? Bérézina de Sylvain Tesson. Une grande découverte pour moi avec Dans les forêts de Sibérie, un texte extraordinaire où il raconte son séjour solitaire en Sibérie. La dernière fois que j’ai flashé comme ça sur un auteur français c’était Boris Vian. C’est d’une puissance, d’un panache, d’un humour et d’une humanité extraordinaire. Ça doit être le 3e ou 4e bouquin de lui que je lis, dans celui-ci il refait le chemin de Napoléon en hiver et en side-car.

Dernier film vu à nous recommander ? Le dernier Xavier Dolan. Je suis admiratif de sa pugnacité, il va au bout de ses idées. Ce ne sont pas des thématiques qui me font envie car je suis plutôt attiré par le western, les grands espaces ou les choses magiques. Juste la fin du monde est au contraire un huis-clos adapté d’une pièce de théâtre, a priori ça ne me fait pas envie. Mais j’avais été impressionné par ses précédents films, c’est un enragé de la création, il m’inspire le respect. Son film m’a ému aux larmes et m’a convaincu à chaque seconde.

dionysosDionysos vous attend de pied ferme à l'espace Malraux de Joué-lès-Tours le vendredi 18 novembre 2016 à 20h30 (en partenariat avec le Temps Machine). Pour réserver c'est en cliquant ici. Et pour suivre l'actualité du groupe direction leur site web officiel.

 

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