L’AGENDA DES SORTIES DU 37

lien agenda
  • image annonceur
  • image contact

Trouver une sortie



Fred PellerinFRED PELLERIN

« aucune phrase n’est fixée, c’est une invention chaque soir »

Le conteur québécois n’en finit plus d’enchanter les salles de France et du Québec avec les histoires de son village. De retour en France avec son nouveau spectacle «De peigne et de misère», Fred Pellerin nous en dit plus sur son art de tisser les mots entre eux.

Vos histoires se déroulent toujours dans le village de Saint-Elie-de-Caxton : avez-vous parfois envie de changer d’air ?

Il y a plus d’histoires dans ce village que je ne pourrais en raconter ! On a tourné récemment un documentaire sur les gens qui y vivent aujourd’hui pour montrer le potentiel légendaire et conté pour le futur. Peut-être qu’un prochain conteur trouvera encore une matière foisonnante et heureuse dans ce village. Je pourrais bien sûr raconter des histoires de rois, de princesses et de dragons, mais le microcosme du village m’offre tout ce dont j’ai besoin et il me reste de nombreux personnages à explorer. Et si j’ai vraiment besoin d’un dragon, je peux facilement l’importer dans ce village ! Ce qui est intéressant c’est qu’il se crée un sorte d’effet feuilleton télévisé : les gens qui suivent ma route avec les contes mais aussi les livres ou les films connaissent les personnages, ils attendent de leurs nouvelles… Je n’ai plus à les présenter à chaque fois, cela crée une sorte d’effet d’appartenance.

Certains humoristes québécois adaptent leurs spectacles pour les jouer en France : vous devez faire de même avec vos contes ?

J’arrive à rester très proche de la langue qui est la mienne. Quand je raconte, je suis dans un travail sur la langue, je défais les mots, je les reforme, je suis dans l’invention du langage. Une fois qu’on a compris ce jeu sur les mots, on n’est plus dans une langue du Québec ou de France, mais dans une nouvelle manière de dire, où les images parlent beaucoup. Les humoristes indiquent sur leurs affiches « humoristes », ça implique qu’on va rire toutes les 10 secondes. Moi j’écris «conteur», je n’ai donc pas cette obligation. S’il y a une adaptation, elle vient surtout du public, car d’une région à l’autre les gens ne réagissent pas aux mêmes choses, j’adapte donc le rythme du spectacle ou le débit… La seule chose que je modifie c’est la durée car en France vous aimez les spectacles sans entracte, alors qu’au Québec je fais 2 fois une heure !

fred pellerin

Tout cela implique une bonne part d’improvisation ?

Oui car je travaille sans texte. J’ai la charpente des histoires, mais je ne les raconte jamais pareil. Quand je pars en tournée pour 300 représentations, il y aura donc 300 versions différentes de l’histoire car le texte est improvisé, aucune phrase n’est fixée, c’est une invention chaque soir avec les idées qui me viennent… ou ne me viennent pas, et avec les réactions du public. C’st une parole vive, spontanée.

Pourtant vous fixez aussi ces paroles dans des livres...

J’écris les spectacles après une centaine de représentations. Mais sans avoir la prétention de fixer LA version de l’histoire, c’est une version parmi d’autres, et ce ne sera pas celle-là que je continuerai de jouer. L’écriture c’est un autre exercice, avec ses codes, ses commandes, ses conditions… Quand je les écris j’y prend beaucoup de plaisir, mais la version orale continue de se transformer à chaque fois car je n’apprends pas le texte du livre.

Fred Pellerin

Et qu'est-ce que cela fait d'avoir son nom immortalisé dans le Petit Robert ?

Je travaille sur les mots, je croque dans la langue avec bonheur, je travaille sur une langue aux accents populaires, qui vernacule plus qu’elle ne véhicule, donc il y avait une grande fierté à travailler sur la langue québécoise, et à me retrouver finalement dans ce grand dictionnaire Robert. Accéder aux pages des noms propres cela dépassait la fierté personnelle, car je partage cette langue avec les Québécois, une langue qui a parfois un problème d’estime d’elle-même.

Est-ce que figer les mots dans un dictionnaire, ce n'est pas contradictoire avec votre travail qui les fait vivre ?

Avant même d’avoir mon nom dans les lettres majuscules, je participais déjà au travail des linguistes du Robert, pour proposer des mots québécois, pour insérer des mots du Québec qui nous sont propres et qui charmaient les linguistes du Robert. Il y a une ouverture du Robert aux nouveaux mots. On a l’impression que le dictionnaire nous dit comment parler alors qu’il est un témoin, un rapporteur de ce qui se trouve dans l’usage. C’est comme ça qu’il faut le voir, il ne cherche pas à figer la langue. Figer une langue c’est la tuer. Les langues vivantes le sont grâce à une portion d’invention qu’il faut conserver.

 

 

La première chose que vous mettez dans votre valise lorsque vous venez en France ? Ce n'est pas un objet : je me fixe de faire une sortie, une découverte par jour. La France est riche de musées, d’histoire, de culture, de théâtre de rue… Donc je me mets un petit fil au doigt pour penser à profiter chaque jour à croquer dans une tranche culturelle.

Dans votre lecteur mp3 ? Attendez, je regarde dans mon ipod… J’ai 5000 chansons, beaucoup de musique folk, un peu de classique car j’ai découvert le classique il y a quelques années avec des collaborations avec l’orchestre symphonique de Montréal, un peu de jazz, beaucoup de chanson québécoise…

Votre expression favorite ? Chez les Français ? J’adore le « ouais, mais non ». C’est vraiment très flou et cela me fait sourire ! Cela  laisse place au grand flou de l’interprétation !

La principale qualité d’un conteur ? L’oreille. Le conteur doit écouter plus qu’il ne parle. C’est celui qui a entendu le plus d’histoires qui en connaîtra de meilleures. Et dans le rapport au public il est important d’écouter le public, il y a dansle conte l’absence du 4e mur qui fait qu’une communication s’instaure. La dame qui rit trop peut devenir le bruitage du vélo.

Pour vous laisser bercer par la voix de Fred Pellerin, rendez-vous le dimanche 27 novembre au Théâtre Beaumarchais d'Amboise. Pour réserver c'est ici. Et pour suivre les actualités de ce conteur touche-à-tout, voici son site officiel : www.fredpellerin.com

 

 

Photos ©Jf Gratton / Laurence Labatte