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Xavier LacoutureXAVIER LACOUTURE

« Quand c’est raté, le verdict est immédiat !»

Chanson et humour font parfois bon ménage : c’est le cas avec Xavier Lacouture, chanteur-humoriste mais aussi animateur d’ateliers d’écriture de chansons, et metteur en scène d’artistes variés... et du Gala des Devos de l’Humour : l’occasion idéale d’en apprendre plus !

Vous mettez en scène le gala des Devos de l’Humour : quel sera le fil directeur cette année ?

Au fil des années on a aussi bien traité du théâtre que du conflit entre Eglise et Mairie qu’a connu la ville de Monnaie autour de l’horloge du clocher… En 2016 nous ferons la primaire des minorités, car pourquoi seuls les grands partis auraient leur primaire ? Les partis inattendus seront donc représentés, l’un d’eux s’occupe de la liberté sexuelle, un autre sera féministe, un autre des immigrés… Les moyens financiers et humains du Gala ont évolué, donc on ne fera pas atterrir une soucoupe volante et on n’aura pas de studio télé installé sur scène comme lors de la dernière édition, mais c’est toujours une usine à gaz que je prends grand plaisir à mettre en scène !

Et mettre en scène un humoriste diffère-t-il beaucoup de la mise en scène de théâtre, ou même de musiciens comme vous le faites par ailleurs ?

Pour moi il n’y a pas beaucoup de différence entre mettre en scène un humoriste et un chanteur car tous deux ont un contact direct avec le public. Et c’est quelque chose qui me convient mieux que le théâtre où il existe un 4e mur qui isole le public, comme si on regardait un film… Un humoriste s’adresse au public, il n’y a pas de barrière. Si un humoriste est vrai et efficace, on le sait immédiatement grâce à ce contact frontal.

Faire rire est quelque chose de compliqué...

Quand c’est raté, le verdict est immédiat ! Il n’y a rien de plus dramatique qu’un humoriste qui ne fait pas rire. L’artiste comme le public sont gênés. Alors que quelqu’un qui veut émouvoir ne saura pas forcément si cela a fonctionné car on ne peut pas forcément savoir si les gens sont dans le respect, la somnolence ou la véritable émotion ! Avec Claude Even qui programme les Devos, et qui est maintenant un vieux de la vieille, on est à l’abri de ce genre de mésaventures. C’est vraiment le haut du panier de l’humour, « pour rire juste » comme il le dit : le but n’est pas que de rire, mais d’y ajouter aussi un peu de réflexion.

Xavier Lacouture

Aujourd’hui il y a énormément d’humoristes, dans les médias et sur scène : on rit encore "juste" malgré cette avalanche ?

C’est comme tout : si quelque chose a du succès, d’autres s’y précipitent, tout le monde veut avoir sa part du gâteau. On arrive donc dans un moment où il y a effectivement une pléthore d’humoristes qu’il n’y avait pas il y a 20 ans, et chacun essaie de trouver sa niche. Il y a de la place pour tout le monde, mais avec chacun des petits publics. Il n’y pas forcément d’humoristes qui fassent l’unanimité tout en amenant quelque chose de neuf. C’est difficile d’amener quelque chose de neuf qui corresponde à l’époque et à une génération, car l’humour change. La génération Jamel par exemple a amené une autre manière de faire, aujourd’hui on est beaucoup influencé par le stand-up à l’américaine, avec l'équation "1 phrase = 1 rire", ce qui n’est pas toujours au service du cerveau. Cela n’empêche pas qu’il y ait des humoristes avec beaucoup de talent, Ali Boughreba, Ben qui est un peu dans la lignée d’un Desproges avec un rire affiné, François Rollin… Dans les nouvelles générations Frédéric Recrosio est aussi un garçon formidable, et il y en a d’autres, mais ils atteignent peut-être moins facilement le grand public.

Dans cette variété on retrouve assez peu de chanson humoristique...

Il y a eu des générations : les Wriggles, les Joyeux Urbains, ou aujourd’hui encore les Fatal Picards ou Oldelaf. Les Fatal font rire avec une forme très rock par exemple. Il y aura toujours envie de rire, le rire c’est salvateur, c’est une résistance…

Une résistance à quoi ?

A tout ce qui nous environne ! On vit tellement de pressions économiques, politiques, l’incertitude dans laquelle on vit aujourd’hui, la montée des intégrismes de toute sorte,… Les gens sont inquiets et le rire est plus indispensable que jamais ! Faire des blagounettes n’a rien d’intéressant, mais si on s’attaque à des sujets plus profonds, on peut faire passer des choses importantes avec le rire. Devos lui-même évoquait des sujets de société à travers ses sketches, ce n’était pas que des jeux de mots : les sens interdits, c’est une dénonciation des abherrations de notre société, ou ses textes sur Dieu... Quel que soit l’art pratiqué, s’il est uniquement dans le sens du poil, c’est du clientélisme ou seulement pour faire des ventes - ça existe et ça marche - mais est-ce cela qu’on attend d’un artiste, et qu’en restera-t-il à part une tournée qui fait de l’argent ? A chacun de voir ce qui lui convient, il faut de tout pour faire un monde. Disons que les Devos proposent des alternatives !

Vous faites partie de la famille des Devos, mais aussi de celle du festival de la chanson de Tadoussac, au Québec...

C’est un peu mon Monnaie de là-bas : je fais partie des gens qui sont passés à Monnaie au début, en tant que chanteur, et j’étais à cheval entre les deux genres car je faisais des sketches entre mes chansons. J’ai tissé des liens avec cette équipe et suis resté proche d’eux lorsqu’ils se sont concentrés sur l’humour. A Tadoussac, j'anime depuis quinze ans maintenant un atelier d’écriture qui progressiveent est devenu une référence. 150 artistes de la scène québécoise émergente y sont passés, et une trentaine d’entre eux font aujourd’hui carrière, comme Lisa Leblanc, Chloe Belgag, Jorane, Alexandre Belliard… qui sont des vedettes là-bas.

Les clés pour écrire une chanson sont les mêmes que pour écrire un sketch ?

J’ai travaillé cette année avec une fille qui était passée par l’école de l’humour. D'ailleurs là-bas ils se forment lorsqu’ils veulent faire quelque chose, contrairement à chez nous où avec un petit succès on reste sur ses acquis. Elle me disait qu’elle retrouvait certains fondamentaux, mais il faut ensuite savoir dans quelle forme on veut s'exprimer. Avoir les idées est une première démarche, qu’il faut ensuite adapter à un cadre : le cadre et les codes de la chanson imposent la musicalité du texte, alors que le sketch ne répond pas à la même mécanique. De la même manière une nouvelle n’a pas les mêmes formes qu’un roman… Le déblocage de l’imaginaire est donc un point commun de départ, et on le rentre ensuite dans le cadre qu’on veut.

 


Mal a la terre par ixel75

Ce qui vous fait rire à tous les coups ? Les hommes politiques quand j’allume la télé. Je les regarde une minute et je ris. Je ne sais pas pourquoi. La navrance du propos je crois… C’est un rire de résistance !

Dans votre lecteur mp3 ? Mes dernières choses, autrement dit les gens que j’ai écoutés au Québec cette année, de l’inconnu total, des morceaux même pas encore distribués, et Chloé Belgag.

Si vous deviez définir la Touraine en trois mots ? Le vin de Chinon, le château d’Amboise, et les copains de Monnaie... et l'équipe des Bodin, qui me fait rire à tous les coups aussi !

Devos afficheXavier Lacouture sera donc à nouveau de la fête pour les Devos de l'Humour 2016. Pour le Gala "La Primaire des Mal-partis" rendez-vous le samedi 1er octobre à la salle Raymond Devos de Monnaie. De nombreux humoristes vous attendent ensuite jusqu'au 21 octobre à Mettray, Nouzilly, Amboise, Artannes, Château-Renault, Notre-Dame-d'Oé, Antogny-le-Tillac, Rochecorbon et Cinq-Mars-la-Pile. Pour savoir où trouver qui, tout est sur le site du festival www.devosdelhumour.com

 

 Photos ©Jacques Charreton