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DAMIEN FONTAINE

«  l’aboutissement serait de participer à une cérémonie de J.O »

Damien Fontaine brille dans son domaine : créer de spectacles multimédias qui ont fait sa renommée aux Lumières de Lyon ou à l’étranger. Cet été il illuminera la cathédrale Saint Gatien de Tours et orchestrera le nouveau spectacle d’Amboise. Deux raisons d’en savoir plus !

Quel a été votre parcours pour devenir créateur de spectacles multimédias ?

C’est plutôt un parcours sur le tas car ce ne sont pas des choses qui s’apprennent véritablement dans une école spécifique. J’avais été au conservatoire pour l’aspect musique, et je me suis intéressé à la mise en scène, ce qui s’est traduit au fil du temps par des choses que j’ai observées, ou testées… Mais ça a vraiment été un apprentissage par moi-même.

On parlait autrefois de « son et lumière » mais c’est une expression qui date un peu. Comment pourrait-on définir votre travail ?

L’expression « spectacle multimédia » parle moins aux anciens qui pourraient s’attendre à avoir des tablettes numériques en main, « son et lumière » parle moins aux jeunes qui s’imagineraient des choses à l’ancienne comme on faisait il y a des dizaines d’années. Il n’y a donc pas de terminologie précise, d’autant que les spectacles peuvent varier énormément : à Tours on aura une création purement multimédia à base d’images, alors qu’à Amboise l’image et la vidéographie ne sont qu’une des composantes du spectacle où il y a également une participation humaine. Ce sont donc vraiment deux approches scénographiques différentes sous cette même appellation de « multimédia ».

Vous avez l’habitude de diriger des comédiens et de travailler avec des figurants ?

Oui je le fais fréquemment puisque je monte par exemple un spectacle pour la 4e année à Domrémy autour de Jeanne d’Arc. Là aussi il y a des intervenants sur scène, qui interagissent avec l’image et les effets spéciaux visuels. Là-bas ou à Amboise, on est sur des formats longs, avec une dimension narrative importante. Ce n’est pas tout le temps le cas, à la Fête des Lumières de Lyon par exemple j’ai pu travailler avec des intervenants mais on était dans la chorégraphie et l’univers onirique plutôt que dans une histoire pure et simple. A Domrémy comme à Amboise on est dans une approche qu’on pourrait qualifier de cinématographique, en temps réel : on dévoile une histoire, servie par tous ces intervenants sur scène, par des voix, pour donner à l’ensemble une approche dynamique. Tous les participants servent une histoire qui peut durer 1h30 alors que sur un spectacle visuel comme à la Cathédrale de Tours on sera sur un format de 20 minutes. A Tours on est dans une dimension visuelle alors qu’à Amboise on sera dans une expérience immersive, les gens seront au cœur du spectacle.

 

Pour créer un visuel comme celui de la cathédrale Saint Gatien, vous menez un travail de recherches historiques, architecturales ?

Il y a tout d’abord une modélisation en 3D du bâtiment, pour être au plus près de l’architecture afin que les images qu’on va créer épousent parfaitement la façade. En parallèle, il y a une recherche sur l’iconographie et l’histoire qu’on voudra raconter. A Tours l’objectif n’est pas didactique, on est plus proche d’une visite de musée où chacun a ses impressions subjectives. On a tout de même des codes, notamment la symbolique de St Martin puisque c’est l’année martinienne. On ne voulait pas tomber dans la facilité tout en restant sur des moments et des symboles connus ou moins connus. Un  des fils rouges est la boule de feu, en référence à celle qui serait apparue dans l’église où il officiait après qu’il a tranché à nouveau son manteau. On retrouvera aussi la symbolique du manteau partagé, et des éléments beaucoup moins connus du public pour l’inciter à redécouvrir la cathédrale après le spectacle. L’un des buts est entre autres de donner l’envie de revenir pour découvrir l’envers du décor, autrement dit la cathédrale.

Un peintre peut ensuite exposer dans un musée, mais dans votre cas que deviennent vos œuvres après leur création ?

Le côté éphémère fait aussi l’intérêt de ces créations ! A Tours ce n’est d’ailleurs pas si éphémère que cela puisque l’événement durera tout l’été. Mais on travaille parfois pendant des mois pour une seule représentation. Un peu à la manière des cérémonies d’ouverture des grands événements sportifs. On est alors plus dans la dimension de l’affectif : les gens se souviendront de ce qu’ils auront vu, certains le réinterprèteront après coup, d’autres en parleront sans l’avoir vu… C’est le propre de l’éphémère.

Ce n’est pas frustrant ?

Ca peut l’être si on n’a rien de prévu dans les deux ans à venir ! Mais plus sérieusement, cela peut être frustrant pour une œuvre qu’on joue une seule fois, car on n’a pas droit à l’erreur. Lorsqu’on joue plusieurs fois on peut corriger des petits détails le lendemain.

Certains lieux sont-ils plus difficiles que d’autres à mettre en lumière ?

Cela ne tient pas forcément au lieu, mais plutôt à l’environnement. A l’étranger par exemple nos collaborateurs locaux ne sont pas forcément qualifiés. C’est un peu l’inconnu car on ne le sait pas à l’avance, et il faut alors faire preuve de diplomatie pour tirer le meilleur de chacun. Même aux Etats-Unis, les gens n’ont pas forcément l’habitude et la manière d’opérer avec une extrême précision, ce qui est presque un savoir-faire français.

Cela représente par exemple combien de personnes pour le projet de la cathédrale Saint Gatien ?

En amont il y a une douzaine de graphistes qui travaillent sur la création des images durant plusieurs mois, en parallèle avec les recherches historiques et historiographiques. On a une équipe de production de 4 à 5 personnes qui assure le lien entre le volet artistique et le volet technique, qui font le pont entre le moment où on imagine le spectacle et celui où l’on installe sur site. Et l’installation technique nécessite une dizaine de personnes. Une fois que tout est en place et qu’on a testé le spectacle en conditions réelles, on laissera tout en place avec seulement une vérification par un technicien une à deux fois par semaine pour voir si les projecteurs n’auraient pas bougé. Un décalage d’un millimètre au niveau du projecteur peut se transformer en plusieurs centimètres ou dizaines de centimètres sur la façade ! Mais en dehors de cela le spectacle est autonome.

 

Votre livre de chevet ? Le dernier qui m’a beaucoup plu c’est le roman de Joel Dicker, Le livre des Baltimore... Je trouve que La vérité sur l’Affaire Henri Québert avait un côté très cinématographique tout en étant écrit de manière magistrale, avec un suspens qui tient en haleine jusqu’à la fin.

Votre prochaine destination de vacances ? Je ne sais pas… peut-être la Touraine après avoir finalisé les spectacles de cet été. J’ai déjà un peu visité les environs en famille en allant de Touraine au Mont St Michel l’an passé, mais on y reviendra sans doute car il y a beaucoup de choses à voir.

Qu’est-ce qui vous a surpris en Touraine (en bien ou en mal) ?

L’offre touristique est impressionnante, les châteaux de la Loire bien sûr mais beaucoup d’autres choses aussi. On peut faire beaucoup de choses en quelques jours. Si je devais trouver une mauvaise surprise, c’est peut-être que certains lieux prestigieux proposent des animations qui ne sont pas toujours à la hauteur, un peu « attrape-touristes ».

Quel lieu rêvez-vous de mettre en lumière ?

Plutôt qu’un lieu, je dirais que l’aboutissement serait de participer à une cérémonie de J.O. Certains sites archéologiques comme Angkor ou l’ile de Pâques m’intéressent aussi, mais il risque de ne pas y a voir grand monde !

La Touraine s'illuminera donc cet été grâce à l'équipe de Damien Fontaine ! Retrouvez "Les illusions de la cathédrale" du 2 juillet au 3 octobre (à 22h30 et 23h15 en juillet, 22h et 22h30 jusqu'au 18 septembre, puis les vendredis et samedis à 22h et 22h30 jusqu'au 3 octobre).

A Amboise, les comédiens bénévoles et le Château vous proposeront "La Prophétie d'Amboise" les 2, 6, 9, 12, 13, 15, 16, 20, 23, 26, 27 et 30 juillet, et les 3, 9, 10, 16, 17, 24, 26 et 31 août.

 

 

damien fontaine