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Oxmo puccinoOXMO PUCCINO

« il faut juste savoir trouver la chaleur »

Après une tournée acoustique à l’automne, le parrain du rap français revient avec un nouvel album La Voie Lactée. Décryptage des nouveaux titres et d’un parcours hors-norme avant l’arrivée d’Oxmo à Terres du Son.

Dans votre nouvel album on trouve l’idée de « slow life » : c’est l’âge qui vous a mené vers cette notion de vie tranquille ?

Disons que l’âge venant on a moins de temps libre et de loisirs, du fait des responsabilités et autres obligations, donc forcément ces moments sont de plus en plus rares. La notion de temps libre ou de loisirs devient presque nostalgique avec le temps qui passe.

Vous avez enchaîné la tournée acoustique avec le nouvel album : n'est-ce pas difficile d'appliquer cette "slow life" justement ?

Quand j'en ai l'occasion je ne la rate pas. On voit l'ambition d'un homme aux occasions qu'il laisse passer.

Et laisser passer une occasion ce n'est pas rageant ?

Pas quand c'est pour faire quelque chose que j'aime !

Dans cet album on vous découvre aussi un peu ironique, voire blagueur avec "Surprise Birthday"... C'est une piste que vous souhaitez explorer ?

Tout à fait car même si ça relève d'une prouesse de faire rire ou sourire, c'est quelque chose qui marchera toujours, aussi bien pour l'interprète que pour le récepteur. Je préfère parler de récepteur plutôt que d'auditeur, car il y a quelque chose de virtuel et d'immatériel dans la relation créée par la musique, tout est dans l'échange.

Chacun reçoit donc votre travail à sa façon, vous vous défaites du message une fois qu'il est émis ?

J'essaie d'avoir des propos assez clairs pour qu'il n'y ait pas trop d'ambiguité dans l'interprétation, mais tout dépend ensuite de la personne qui le reçoit car il y a autant de points de vue que d'individus. Je ne fais que proposer, chacun comprend comme il veut ou comme il peut.

Vous proposez aussi une réflexion sur la célébrité dans le titre "Star & Célébrité": comment vivez-vous cette célébrité au quotidien ?

Je suis quelqu'un d'assez discret, je sors très peu, et je suis donc encore surpris d'être reconnu. Dans ce morceau je veux faire part de ce qu'on peut éprouver en tant que personne qui attire l'attention plus que d'autres, mais je voulais surtout évoquer l'idée qu'aujourd'hui la célébrité est à la portée de n'importe qui et pour n'importe quelle raison. Les lumières et les zones d'ombre concernent maintenant le commun des mortels, ce qui explique parfois des comportements étranges de la part de ceux qui se mettent en scène en images, en musique,… On est à une ère où les gens ne se rendent pas encore vraiment compte des conséquences de cette mise en avant de soi-même. La célébrité est un accident, si on la provoque tout change. C'est dangeureux d'être célèbre sans maîtriser son domaine.

Votre application le Cercle s'inscrivait dans cette volonté de maîtriser ce que vous donnez de vous aux médias ?

Maîtriser tout cela demande plus de temps qu'on ne le pense. L'application est fermée aujourd'hui, car on n'a pas idée de la charge de travail et des moyens qu'une application nécessite chaque jour, et des évolutions constantes qu'elle suppose ! L'idée était de réunir des personnes qui souhaitaient être là de manière artistique, pour le partage, la vision du monde. Ce qui est intéressant avec toutes ces propositions virtuelles c'est que, quel que soit le lieu, on peut se créer une maison à soi, une oasis sans personne qui vienne polluer. Avec Le Cercle on a pu aller plus loin que ce que proposent les réseaux sociaux, en termes d'intimité notamment car c'est ce qui est le plus difficile à obtenir et à conserver sur internet.

On vous a vu et entendu avec le trompettiste Ibrahim Maalouf, avec les Jazz Bastards, ou en trio acoustique : qu’est-ce qui vous emmène vers ce genre d’aventures musicales?

Le plaisir de la performance avec un pote ! On rencontre quelqu’un de sympa, ça se passe très bien, et si la personne est un artiste, peu importe ce qu’on va faire, ce sera forcément spécial car ce sera le fruit d’une relation enrichissante qui se concrétise en une idée menée jusqu’au bout. Je travaille régulièrement avec d’autres artistes, avec toujours le même souci d’exigence artistique, mais tous n’ont pas la lumière qu’ils méritent, comme c’est le cas pour «Satisfaction» de Ravid Kahalani et Yemen Blues qui n’est pas très médiatisé malgré un beau clip... donc quand un projet fait du bruit je suis content !

 

Avec ces projets précédents, vous contribuez à sortir le rap du ghetto dans lequel on l’a longtemps enfermé...

Ce n’est pas du tout mon but. C’est une conséquence, un état de fait, mais je n’ai jamais calculé ni prévu cela. Si le rap est dans ce qu’on peut appeler un «ghetto» c’est autant du fait d’un public fatigué qui ne comprend rien au présent, rien à leurs enfants, que de certains artistes qui s’y complaisent. Reste qu’on peut ne pas être touché par un travail, c’est une question de goût.

Y a-t-il des rappeurs qui vous intéressent dans les générations venues après vous ?

Il y a des artistes dont je respecte le travail comme Georgio, Nekfeu, Vald... ils sont nombreux à proposer des choses avec une identité et des références claires, qui reposent sur un travail. Aujourd'hui il n'y a plus de musique sans images, ce qui demande en plus une double-attention, il faut réussir non seulement à faire de la belle musique mais aussi à l'accompagner d'images sans que celles-ci prennent le dessus. Et tous ceux que je vous ai cités travaillent très bien l'image et la musique. On s'est longtemps plaint du manque de propositions dans le rap français, et aujourd'hui il y en a vraiment pour tous les goûts, que ce soit pour ceux qui apprécient le rap un peu subversif (qui ne l'est plus vraiment car personne ne s'étonne plus de voir un rappeur fâché) comme pour les autres. Tout n'est pas à mon goût mais cette diversité est une bonne chose. Quant à ceux qui n'ont pas compris et profèrent des énormités sur cette musique, ils sont décalés par rapport à l'histoire et au futur vers lequel on va. Il ne faut pas attendre que des artistes meurent pour les apprécier.

Votre point commun avec eux c'est la langue française : quel rapport avez-vous avec cette langue et les réformes qu'on souhaite lui imposer ?

J'ai un rapport précieux avec la langue, j'en fais mon métier, je suis un passionné de lecture, les mots c'est ma vie, et c'est la vie de tout être humain qui a le sens de la parole. Malheureusement les mots ne sont parfois pas traités à leur juste valeur, et c'est ce que j'essaie de faire. Quant à l'orthographe ou aux réformes en cours, je trouve dommage de couper la langue d'une partie de son histoire. J'aime expliquer à ma fille que "pharmacie" s'écrit avec "ph" car nous sommes issus d'une langue latine également influencée par le grec et qui n'a pas cessé d'évoluer. Après les années qu'on a passées à mettre des zéros à ceux qui n'y arrivaient pas en orthographe je trouve ça injuste de les avoir punis pour rien ! (rires) Je n'en faisais pas partie car en français je me débrouillais pas mal, mais au prix de sacrifices et de souffrances. Les temps changent. On a longtemps critiqué le langage sms, mais si on finit par s'y plier la direction qu'on prend de manière globale n'est pas très réjouissante... D'ailleurs, tous les romans publiés l'an dernier seraient-ils déjà écrits en vieux français ? (rires)

 

Dans votre mp3 ? Je réécoute les albums de Richard Bona en ce moment.

Livre de chevet du moment ? Voyage au bout de la nuit de Céline.

Terres du Son en 2013, le Grand Théâtre fin 2015 : quel souvenir gardez-vous de la Touraine ?

La ferveur de l’accueil, contrairement à la réputation d’un public dont on dit qu’il est froid, et qu’il ne bouge pas. Vous êtes des gens intérieurs, tout en pudeur, il faut donc juste savoir trouver la chaleur. Savoir se retenir est une richesse de notre époque, une preuve de tact.

Le meilleur moment d’un festival ?  Quand j’espionne le public avant de monter sur scène. Je vous ai vus les premiers !

Terres du Son 2016Pour vous faire espionner par Oxmo, rendez-vous le samedi 9 juillet au festival Terres du Son à Monts. Pour réserver vos billets rendez-vous sur www.terresduson.com, et pour suivre les actus du grand Oxmo c'est sur le site officiel et Facebook.

Et pour vous échauffer pour Terres du Son, retrouvez également le duo Brigitte en interview sur notre site !

 

 

 

 

Oxmo puccino interview