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Marie Claude PietragallaMARIE-CLAUDE PIETRAGALLA

"Le mouvement est le premier langage de l'Homme"

Danseuse étoile de l'Opéra de Paris puis directrice du Ballet National de Marseille, Marie-Claude Pietragalla est depuis maintenant 11 ans chorégraphe au sein du Théâtre du Corps aux côtés de Julien Derouault. Après avoir présenté à Paris leur dernière création Je t'ai rencontré par hasard en janvier 2016, le duo ouvrira le festival Bruissements d'Elles ce mardi 1er mars. L'occasion de partir à la rencontre de la danseuse chorégraphe.

La représentation de Je t'ai rencontré par hasard sera le premier spectacle du festival Bruissements d'elles 2016, un événement qui met la création féminine à l'honneur : quelle place occupent aujourd'hui les femmes chorégraphes dans le monde de la danse ?

C'est une vaste question ! Elles ont la place qu'on leur laisse comme espace de liberté. Dans mon cas, avec la compagnie le Théâtre du Corps je travaille avec Julien Derouault avec qui nous avons un double-regard sur la création depuis longtemps, donc je ne suis pas femme seule aux commandes, mais c'est vrai que la question de la place des femmes se pose. Même si on n'est plus au XIXe siècle avec la difficulté que pouvaient avoir les créatrices à l'époque, on n'est pas encore dans une parité, que ce soit dans les nominations de postes ou dans l'exercice même de notre art. Le combat est toujours là car le chemin est plus difficile pour une femme que pour un homme. Mais je pense qu'il faut se projeter dans l'avenir et espérer que cette équilibre va se faire d'ici peu. Il faut toujours être optimiste !

Vous créez les chorégraphies à deux avec Julien Derouault, et sur ce spectacle vous dansez à deux, contrairement à d'autres chorégraphes comme Carolyn Carlson qui a une prédilection pour le solo et dont vous aviez dansé certaines œuvres : que vous apporte le fait de travailler en duo ?

On crée à deux car on a trouvé notre équilibre comme ça et on n'a pas envie de le faire chacun de notre côté. C'est à la fois difficile d'être deux créateurs ensemble, et aussi un atout car on a la chance d'avoir trouvé un mode de fonctionnement qui fait qu'on se "multiplie" à deux et que le tandem marche très bien. Lorsqu'on est avec nos danseurs, sur des pièces où l'on est nombreux sur scène, cela nous permet d'avoir un un double-regard et de rationnaliser aussi le temps de la création en pouvant faire plus de choses à deux que tout seul. Sur cette pièce Je t'ai rencontré par hasard nous sommes deux, pour évoquer le thème du couple. Pour cela, et même si la pièce a vocation à être universelle, on a évidemment puisé dans notre intimité, et le fait d'être couple à la ville et couple dans la création a beaucoup nourri notre travail.

Je t'ai rencontré par hasard Theatre du Corps

Les photos et quelques extraits vidéo montrent des scènes à table, dans un lit, avec un aspirateur… Que raconte le spectacle ?

C'est l'histoire de la rencontre. La rencontre entre un homme et une femme, deux solitudes qui vont s'unir et faire leur chemin ensemble, un chemin jonché de sentiments, d'événements, des étapes qui amènent ces individus à former un couple qui est finalement un 3e personnage. On dit souvent que 1 et 1 font 2, mais notre vision du couple est que les deux individualités s'enrichissent en étant ensemble. Elles passent par toutes les étapes de la vie, que ce soit la rencontre, l'amour, l'union rattrapée par le quotidien. Grâce aux grands textes classiques comme Phèdre de Racine ou Sade sur l'amour libertin on questionne toutes ces étapes amoureuses … Tout au long de cette histoire de couple on questionne les grands thèmes classiques pour en sortir les archétypes.

Ces textes que vous évoquez sont donc dits en scène?

Effectivement, nous les disons sur scène, c'est la spécificité du Théâtre du Corps : en alliant le corps, le mouvement au texte. C'est une spécificité qu'on a développée depuis plusieurs années et qui fait la singularité de notre travail.

La musique a-t-elle été composée en amont du spectacle, a-t-elle a évolué en fonction du travail chorégraphique ?

La bande musicale est variée puisqu'on y trouve aussi bien du Gorki, du Vivaldi, du Portishead, du Yann Tiersen, du Mahler… et Yannaël Quenel a composé certaines musiques notamment pour lier toutes ces musiques et donner une cohérence à la bande sonore.

Quel est votre quotidien de chorégraphe et danseuse aujourd'hui ?

La danse est un parcours de toute une vie, donc c'est un travail au quotidien, un questionnement, un rapport à soi, aux autres, à l'espace… Et à d'autres disciplines puisque dans notre compagnie on interroge aussi la littérature, la poésie, le théâtre, le cirque, la musique… avec la volonté de mélanger les disciplines au service d'un thème. Mon quotidien est donc tourné vers la création en tant qu'artiste, toujours en questionnement. Ionesco disait que l'important dans une œuvre est de questionner, et pas forcément d'apporter des réponses : c'est donner aux gens l'occasion de prendre du recul, de s'interroger sur des sujets intimes ou en lien avec la société, avec notre époque… Tout cela est nourrissant pour les artistes que nous sommes.

Vous qui êtes passionnée par la recherche artistique, qu'est-ce qui vous a convaincue d'aller participer à un programme de télévision grand public comme Danse avec les Stars ?

C'était pour moi une façon de jouer les passeurs entre le téléspectateur, la jeune génération, et les artistes qui font cette émission. Arriver à trouver des images, des mots, pour expliquer un peu l'univers qu'est notre métier et parvenir à donner quelques clés. Au-delà d'une technique à avoir, danser c'est véhiculer des émotions, des sensations. Je voulais donc faire comprendre que le langage du corps est un langage direct et percutant, que le corps peut raconter des choses et être narrateur. Il y a donc un volet pédagogique qui m'a semblé intéressant dans cette émission qui en plus fait beaucoup d'audience. C'est une jolie parenthèse que je m'offre depuis maintenant plus de quatre ans, à une époque où la danse semble prendre du pouvoir : on la retrouve dans les médias, le cinéma, la publicité, on voit que le corps est vecteur d'émotion. Cela me semblait donc être un bon timing pour ajouter une corde à mon arc.

Vous avez perçu dans vos spectacles une évolution du public suite à cette émission ?

Depuis longtemps j'ai œuvré pour que le public s'élargisse. Donc avant l'émission il y avait déjà dans les salles des spectateurs de 7 à 77 ans, car j'ai toujours eu ce discours de dire que la danse est ouverte à tous, et toutes générations confondues. Il est essentiel que la danse sorte de son élitisme, car le mouvement est tout de même le premier langage de l'Homme. Quand un enfant naît il s'exprime à travers son corps. Il me semblait donc cohérent que cet art majeur soit ouvert à tout public. L'émission a donné un focus supplémentaire à cette démarche, le public s'est effectivement enrichi mais dans la continuité de ce que nous faisions déjà.

 

 

 

Un livre de chevet ? Je lis Lorenzaccio de Musset car j'ai un projet de création autour de ce texte, que je monterai en 2017 avec un mélange de théâtre et danse. Je suis plongée dans cette pièce de théâtre qui a été rarement montée car elle est construite presque comme un film avec énormément de personnages… Je suis donc en train de m'en imprégner.

Un petit plat préféré ? Je suis une piètre cuisinière, et comme je suis végétarienne cela limite peut-être un peu les choses, mais j'aime beaucoup les endives gratinées.

Le festival qui vous fait rêver ? Difficile de n'en citer qu'un sans faire de jaloux… J'aime beaucoup l'opéra, donc peut-être les Chorégies d'Orange. J'aime en général les festivals en plein air, et je suis aussi une nostalgique du festival d'Avignon du temps de son créateur Jean Vilar. L'esprit qu'il avait insufflé et qui se perd parfois un peu aujourd'hui me plait : un événement populaire, qui met le rapport à la littérature, au texte, au théâtre et à la danse à la portée de gens qui n'étaient jamais rentrés dans des institutions.

Festival Bruissements d'EllesMarie-Claude Pietragalla et Julien Derouault seront sur la scène de l'espace Malraux de Joué-lès-Tours ce mardi 1er mars 2016 avec "Je t'ai rencontré par hasard". Le festival Bruissements d'Elles débute ainsi avec talent et en mouvement, avant de se poursuivre jusqu'au 26 mars avec plusieurs rendez-vous dans l'agglomération tourangelle à retrouver sur PROG!

 

Photos ©Yves Burdet.