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Ibrahim MaaloufIBRAHIM MAALOUF

« est-il nécessaire de mettre des mots sur tout ? »

Né d’une famille d’artistes et intellectuels libanais, Ibrahim Maalouf poursuit sur la route de ses aînés : prodige de la trompette à quarts de ton, jazzmen, compositeur de musiques de film, le touche-à-tout sort deux albums dont il nous parle avant son concert en Touraine.

Vous avez sorti cet automne deux albums en même temps, Red & Black Light et Kalthoum : vous êtes un insatiable, un bourreau de travail ?

Sans doute les deux ! J’ai travaillé sur ces 2 albums en même temps, cela ne me semblait donc pas intéressant d’en sortir un puis d’attendre 1 ou 2 ans avant de sortir le deuxième. Ça aurait été reposant mais ça n’aurait pas eu de sens.

Ces deux disques sont présentés comme un hommage aux femmes : comment l’exprimer sans passer par les mots, la chanson ?

C’est difficile de vous répondre car cela me parait tellement évident… Est-il nécessaire de mettre des mots sur tout ? Ici l’hommage aux femmes est musical et poétique. Kalthoum est un hommage aux femmes qui ont joué un rôle dans l’histoire, pour le peuple, pour les médias... J’ai donc choisi Oum Kalthoum qui est une grande dame de la culture arabe, peut-être une des premières féministes de l‘histoire contemporaine, une femme qui a su se faire respecter dans un monde macho, elle a su imposer ses règles et a su fédérer autour d’elle.  Nasser, qui voulait unir le peuple autour de lui, a eu besoin d’elle. C’est bien sur une voix incroyable, et une femme qui a eu un rôle fondamental dans l’identité et l’union du monde arabe. Quant à Red & Black Light c’est un hommage aux femmes de ma famille, aux femmes de l’ombre qui ont su rendre le monde lisible à leurs enfants et qui nous ont permis d’être heureux malgré une vie en diagonale, en labyrinthe. Ce sont donc deux hommages très différents, Kalthoum reprend une des chansons les plus connues d’Oum khaltoum dont on a fait une transcription alors que dans Red&Black Light ce ne sont que des compositions, le premier est acoustique, le second électrique… Ce sont deux albums complémentaires qui ont du sens dans un même hommage.

Vous les qualifieriez d’albums de jazz ? Vous avez aussi remporté une Victoire de musique en musique du monde : dans quel univers vous inscrivez-vous ?

Ça m’est égal, disons que je ne m’inscris nulle part et je ne suis pas attaché à un style ou un autre. Le jazz m’a accueilli les bras grand ouverts et m’a donné une place de choix pendant pas mal d’années. J’ai eu la sensation que le monde du jazz avait envie que ma démarche lui soit associée, même s’il y a aussi des gens radicalement opposés à ma présence comme jazzman dans leur univers. La musique du monde est un microcosme quasi insignifiant en termes de rôle commercial : on met dans le rayon musique du monde tout ce qu’on ne sait pas classer. Je suis Français et on me classe dans musiques du monde, je pense que ce sont surtout des termes qu’on utilise pour indiquer où nous trouver dans les rayons. On s’en moque un peu, jazz ou pas jazz, c’est surtout savoir si ça nous parle ou pas.

Oxmo Puccino et Grand Corps Malade avec qui vous avez travaillé faisaient justement des choses qui vous parlaient ?

Dans un premier temps ils m’ont invité, et ce sont de très belles expériences où j’ai appris plein de choses. Avec Oxmo on avait envie depuis un moment de créer quelque chose, il m’avait invité sur scène, cela avait débouché sur un duo sur mon album puis un gros projet autour d’Alice au Pays des Merveilles, c’était un album fait sur mesure (Au Pays d'Alice). Avec Grand Corps Malade, il s’agissait de réaliser et produire son album Funambule. J’apprends à chaque fois beaucoup des artistes avec qui je travaille. Mais ce n’est pas tant leurs textes qui m’ont attiré, que leur univers. Si des musiciens me proposent une collaboration et que leur univers me plaît je serai tout autant attiré par la proposition.

Quand on parle musique on pense souvent d’abord aux textes, à la chanson…

C’est une omerta qu’il y a là, c’est un monopole gigantesque : sur aucune radio généraliste populaire vous ne trouverez de musique instrumentale en playlist. Ce ne sont que des chansons. Vous imaginez donc les murs qu’on doit escalader pour parvenir à exister !

Avez-vous d'autres projets en préparation ?

Il y a plein de choses en préparation, mais je ne veux pas tout vous raconter, il faut attendre que ça se construise. Il y a aussi des musiques de film.

Vous êtes d’ailleurs devant la caméra dans le clip "Illusion" (et Run the world sorti après cet entretien, ndlr): vous avez envie de passer devant la caméra, ou en tous cas de ne pas faire que la musique d’un film ?

Devant la caméra c’est juste pour le gag, pour rigoler, je l’ai fait également un peu pour un clip de "Red&Black Light", pour que les gens situent le projet (déjà que je ne chante pas, si on ne voit pas ma tête c’est compliqué !). Par contre passer derrière la caméra pour faire un peu de réalisation c’est quelque chose qui m’intéresse. J’ai corréalisé "Illusion" justement.

Votre gourmandise préférée ? L’éclair au chocolat.

Dernier film vu ? Hôtel Transylvanie 2 avec ma fille.

Vos bonnes résolutions 2016 ? Continuer à mener mes projets, ce qui est une chance. Et essayer de passer plus de temps avec ma famille.

Votre meilleur souvenir de concert ? Il y en a tellement… J’ai commencé à faire des concerts à 9 ans avec mon père qui était musicien classique, on a joué des centaines de fois. Il jouait de la trompette arabe qu’il a inventée, les souvenirs de cette époque-là restent donc des souvenirs d’enfance. Ce ne sont pas forcément mes meilleurs souvenirs mais ce sont les plus forts. Je pourrais vous citer des choses plus parlantes pour les gens, comme me retrouver au milieu de Bercy, lumières éteintes et portables du public allumés, en duo avec Mathieu Chedid sur « La bonne étoile », c’est un moment inoubliable. Mais d’un point de vue sentimental ce sont ces années passées à jouer avec mon père sur scène.

Ibrahim MaaloufIbrahim Maalouf sera en concert le jeudi 28 janvier à l'espace Malraux de Joué-lès-Tours pour Kalthoum. Pour suivre les projets de l'artiste rendez-vous sur www.ibrahimmaalouf.com.

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