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ROVER

"On peut transmettre des émotions sans avoir le sens premier du texte"

Le géant à la voix de velours est de retour : après un premier album remarqué en 2012, l'auteur-compositeur et interprète a repris guitares et pianos pour un deuxième album Let it Glow sorti cet automne. Avant son passage au Temps Machine en janvier 2016, il répond aux questions de PROG!

++ Nouvelle actu : en concert à l'Intime Festival le 3 février 2017 ++

Vous aviez composé votre 1er album terré seul au fond de la Bretagne : vous avez procédé de la même manière pour ce second opus ?

Pour l’écriture, j’ai surtout voyagé en Europe, à Bruxelles, Berlin,… avec toujours un port d’attache breton où je finis en général les chansons. C’est une région qui m’est chère, où je me sens bien et qui est propice à l’écriture, sans doute car j’y suis loin des repères liés au travail et à l’exigence professionnelle… c’est un endroit où le temps s’arrête. Le hasard a fait que j’y ai découvert un studio, Kerwax, au cœur de la Bretagne, installé dans un ancien internat réhabilité. C’est un studio tenu par un excentrique, avec du matériel analogique un peu ancien, vintage : je suis tombé amoureux du lieu et du maître des lieux aussi car on s’est bien entendu artistiquement et humainement. Un peu loin de tout et proche de l’essentiel.

Vous avez à nouveau enregistré tous les instruments tout seul ?

Presque ! Sur le 1er disque j’avais tout fait, là je suis accompagné tout de même par Arnaud Gavini, le batteur qui m’a accompagné sur toute la tournée et qui est devenu un ami et un vrai compagnon de travail dont j’admire le jeu. Dans l’écriture je pensais déjà à son jeu, donc j’espérais l’avoir à mes cotés en studio et en tournée, ce qui sera le cas.

Cette solitude créative est un peu étonnante quand on sait que vous avez aussi un parcours dans des aventures collectives comme The New Government au Liban, pays où vous avez vécu quelques années.

Au début c’était par obligation : étant revenu du Liban, me retrouvant tout seul en France, un pays que j’aime mais où je devais tout reconstruire, faute de collaborateurs je me suis retrouvé à tout faire seul, y compris des instruments dont je ne suis pas spécialiste. A la base je suis guitariste et pas batteur, ni pianiste ou bassiste. De là est née une excitation face à ce défi de faire un disque seul, et cette nouveauté de n’avoir personne avec soi comme mon frère avec qui j’écrivais pour The New Government, ou les musiciens libanais qui nous accompagnaient et avec qui on échangeait beaucoup sur la musique arabe et la culture en général.
Ce voyage solitaire qui m’a été imposé est devenu addictif : avoir un recul sur soi-même, une discussion avec soi, et finalement être en solitaire, pour ce projet c’est quasi parfait, de même que le choix d’un studio atypique ou de musiciens atypiques aussi au sens où ils n’ont pas des tics de musiciens… Tout cela m’intéresse et c’est devenu un fonctionnement qui sert bien les chansons pour le projet Rover.

 

 

Votre parcours personnel et musical est marqué par le voyage - votre enfance aux Etats-Unis, votre vie au Liban et vos récents séjours en Europe durant l’écriture : cela se ressent-il dans les paroles et musiques de votre nouvel album ?

Sans doute… même si ce n’est pas direct dans le récit, il y a forcément une empreinte liée au voyage car c’est quelque chose qui m’a été imposé par mes parents dès la petite enfance. On dit « le voyage forme la jeunesse », en fait je pense que le voyage déforme la jeunesse, ça marque forcément dans la manière de percevoir son propre pays, de percevoir les autres (que ce soit le voisin ou quelqu’un de plus lointain), on aborde différemment les autres cultures…
Le voyage est quelque chose de fascinant, mais aussi angoissant malgré tout : même en vacances, on arrive dans un lieu dont on ne parle pas la langue, où les habitudes sont différentes, il y a toujours une peur liée au voyage je pense. En ce qui me concerne j’y trouve aussi l’anonymat, car même si je ne suis pas Mickael Jackson ça me fait du bien de quitter Paris pour être dans un lieu où je ne connais personne. C’est sain parce qu’on est toujours vierge, sans ses habitudes, et ne pas avoir d’habitudes ni de confort est très enrichissant pour la musique. Se mettre dans cet inconfort relatif se perçoit sans doute dans les chansons, en tous cas la distance et le temps sont des termes récurrents.
La distance (en amour notamment) et le temps qui passe sont de toute façon des thèmes qui fascinent les artistes et sans doute les non-artistes. Je l’exprime d’une façon ou d’une autre en y injectant aussi des choses auxquelles on ne peut pas échapper, qui font partie du quotidien, de l’actualité, de notre société en 2015. Ce sont autant d’ingrédients qui transpirent dans les paroles. Mais j’ai un fantasme, c’est de savoir ce que ressentent les gens ne comprenant pas l’anglais à l’écoute de mes chansons, cela m’intéresse. La phonétique des mots me fascine en anglais, c’est pour cela que j’ai choisi cette langue que je considère comme un instrument, et j’ai l’impression qu’on peut transmettre des émotions sans avoir le sens premier du texte.

C'était le cas au Printemps de Bourges 2012 ! Pour l'occasion vous aviez délaissé votre formation rock habituelle pour un quatuor à cordes : vous êtes friand de ce genre d’expériences ?

Ce sont évidemment des expériences fascinantes. A Bourges par exemple, c’était une vraie chance de pouvoir revisiter mes propres chansons aux côtés de musiciens classiques. Je pense que cela m’a même beaucoup apporté pour l’écriture du 2e album, dans l’épure et la prise de conscience qu’une chanson ne tient pas forcément que sur ses arrangements, mais aussi et surtout par son intention, son émotion et ce qu’elle propose. Et en même temps l’accompagnement, les arrangements ont leur importance, un titre qui fait pleurer en formation classique fera peut-être vibrer ou donnera la pêche en formation rock, c’est assez mystérieux.

Des projets de ce type sont-ils en marche ?

J’aimerais bien, que ce soit en rock ou en classique. Au Liban j’avais fréquenté des gens de musiques expérimentales et improvisées, et au même titre que fréquenter des musiciens de musique classique, c’est absolument hallucinant de voir ces gens travailler et aussi de percevoir leurs limites qui ne sont pas les mêmes que les miennes. Tout cela pour un moment unique. J’ai vraiment envie de m’ouvrir de plus en plus vers des collaborations, des duos, et de me mettre en quelque sorte en danger. Mais il n’y a encore rien dans les tiroirs.

Vous parliez du recul qu’on peut avoir sur son propre pays quand on est à l’étranger : quel regard portez-vous aujourd’hui à la fois sur la France, et sur le Liban où vous avez vécu et qui a également traversé des événements tragiques ces derniers mois ?

Ce sont des sujets vastes et complexes. Le Liban est pour moi un pays romantique et blessé pour l’éternité, qui a vécu de longues et douloureuses guerres qui sont encore visibles aujourd’hui dans Beyrouth et d’autres villes. C’est un pays que j’aime par-dessus tout et qui vit une sale période, l’annonce de chaque nouvel attentat est blessante pour moi qui suis attaché à ce pays. Sans être un spécialiste de géopolitique, c’est un pays qui connaît régulièrement des attentats et qui en a malheureusement l’habitude, il réagit donc différemment de la France avec les attentats de Paris. Mais dans les deux cas la douleur est là, des êtres humains sont blessés au plus profond. De loin on se sent impuissant, et c’est un peu le drame de notre époque, on emmagasine beaucoup d’informations négatives devant lesquelles on ne peut rien faire.
J’aime la France et l’Europe. L’Europe a été un projet fantastique, et je le dis au passé car il me semble qu’on n’a pas mis tous les efforts et les moyens nécessaires pour concrétiser le beau projet que cela aurait pu être. J’ai espoir en tous cas, il y a des solutions pour un monde meilleur mais la corruption s’insinue dans tout ça. On est une génération sans doute plus lucide et plus informée que d’autres sur tout cela, et peut-être que ça nous gâche la vie. Cela reste un regard personnel et général sur la situation. Les votes en réaction sont en tous cas toujours faussés. Quels qu’il soit : il faut voter en action et non en réaction.

Puisque cette interview sera publiée en ligne, quelle relation avez-vous avec tout ce qui est internet et multimédia ?

Je ne vais pas vous mentir : je suis un mauvais élève. Je ne suis pas fermé à internet, c’est vraiment un outil extraordinaire, assez jouissif par le gain de temps qu’il permet, y compris dans la relation aux fans. Mais comme je le disais pour l’Europe, il y a des dérives possibles avec internet, qui peut prendre la place de médias traditionnels. La communication évolue car on n’écrit pas un mail comme on écrit une lettre, la forme a tendance à être mise de côté… Je ne veux pas avoir un discours de vieux réac ! Mais c’est comme la cigarette, il ne faut pas en abuser.

 

Le disque qui tourne en boucle en ce moment chez vous ? Si je vous dis la vérité on va me prendre pour un ringard car c’est du Mozart ces jours-ci. Mais j’ai vraiment beaucoup aimé le dernier disque de Metronomy, Love Letters, qui m’a fait du bien et que j’ai trouvé très intéressant dans sa production.

Votre livre de chevet ? Le dernier que j’ai fini c’était Requin de Bertrand Belin.

Puisque vous jouerez au Temps Machine : où iriez-vous avec une machine à voyager dans le temps ?

En tant qu'artiste on a tendance à fantasmer le passé et à avoir peur de l'avenir, tout en se projetant dans de futures créations, je crois donc que j’irai dans le présent ! Etre ancré dans le présent, ce qui n’est pas si facile.

Un rêve à réaliser en 2016 ? Egoïstement : savourer la tournée, être encore plus dans le présent que pour la première. Et de manière plus générale je nous souhaite à tous une année qui ne soit pas marquée par des faits aussi tragiques.

Rover est de passage en Touraine en janvier ! Direction Le Temps Machine, rendez-vous fixé au jeudi 28 janvier 2016 avec Saracco en première partie. Et si la curiosité vous tenaille, le site officiel de Rover et sa page Facebook vous attendent.

NOUVELLE ACTU 2017: rendez-vous vendredi 3 février 2017 au Nouvel Atrium de Saint-Avertin pour l'Intime Festival !

 

 

Photos ©Julien Mignot.

 

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