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Dominique A par Richard DumasDOMINIQUE A

« La chanson doit pouvoir faire voyager les gens »

 

Depuis plus de 20 ans, Dominique A trace sa route dans le paysage de la chanson française. Avec son dixième album studio Eleor, l’auteur-compositeur revient avec des titres qui ont un goût de voyage. Il nous en dit plus avant son concert à l’espace Malraux.

Votre album Eleor évoque le voyage avec des titres comme « Cap Farvel», «Par le Canada» ou «Central Otago» : quelle place tient le voyage dans votre vie et vos créations ?

C’est important dans ma vie. Certaines chansons sont liées à des voyages en particulier mais ça peut etre aussi à partir d’un article de journal comme ça a été le cas pour l’ile d’Eleor. C’est le dépaysement qui est important, ça peut être un voyage dans son appartement aussi, dans sa tête tout simplement, c’est le but de la création. C’est donc presque redondant finalement de faire des chansons sur des voyages ou des destinations lointaines puisque la chanson elle-même doit pouvoir faire voyager les gens… Les voyages en tous cas comptent beaucoup pour moi et pour la personne avec qui je vis, et ce sont souvent des expériences qu’on partage à deux.

Sur scène le voyage musical prend quelle forme ?

C'est une formation électrique, je n'ai jamais vraiment fait de concert acoustique, ça a toujours été la fête à la fée électricité ! Un hommage permanent à Thomas Edison ! C'est donc assez rock, même si ce mot ne veut plus dire grand-chose... en tous cas on est avec cette énergie. Je m'entoure de gens qui ont un rapport viscéral à la musique, ce sont des musiciens investis dans un rapport créatif à la musique, issus soit du rock soit du jazz mais très rarement de la variété. Ce sont souvent des groupes constitués le temps d'une tournée ou d'un album, on prend donc le temps de se trouver, et de fil en aiguille on pioche dans le répertoire jusqu'à trouver un truc commun qui convient à nos individualités, nos façons de jouer, nos forces et nos faiblesses. A chaque fois l'enjeu c'est d'avoir un "son de groupe", et c'est ce qui est passionnant et motivant dans l'idée de tourner : trouver ce son. Cela peut prendre du temps, souvent quelques mois.

 

 

Sur vos derniers albums, vous dépassez le cadre d'un album à 10-12 titres car une édition Deluxe ou une extension vient ensuite se rajouter, comme avec "Autour d'Eleor" cette fois-ci. Vous n'arrivez pas à vous restreindre au format album ?

En réalité j'aime bien profiter de la mise en lumière sur l'album officiel pour proposer d'autres choses qui sont plus alternatives ou plus "expérimentales", même si je n'aime pas ce mot, en tous cas moins séduisantes pour un grand public. C'est comme un petit espace de liberté pour évacuer les tentations que je peux avoir de faire des chansons plus compliquées au fil de la création. Je fais en sorte que l'album qui sera le plus diffusé soit lisible par le plus grand nombre, et je me débarrasse de ce qui pourrait perdre les gens.
Donc quand je commence un disque je me pose un cadre, des bases, et j'essaie de ne pas trop en sortir pour que le résultat final ressemble à quelque chose et qu'il y ait une unité. Faire des éditions limitées permet de diffuser le reste, qui sinon aurait rendu l'album trop foisonnant. Pour "Autour d'Eleor" j'aimais bien l'idée de proposer un petit poème presque musical en dehors du format de la chanson, en accompagnement de l'album, avec un côté un peu onirique qui se rattache à l'idée du voyage, en périphérie du disque officiel.

Est-ce que vos écrits (un essai et des fictions) sont aussi un travail en périphérie des albums ?

Non, c'est vraiment indépendant, c'est une activité vraiment différente. Ces petits écrits littéraires, assez autobiographiques, correspondent vraiment à un travail d'écriture différent. Ce qui m'intéresse c'est l'écriture sous toutes ses formes, qu'elle soit musicale ou littéraire. C'est pour ça que ces livres existent, et aussi car on m'a donné l'opportunité de les faire : Brigitte Giraud, qui dirige la collection la Forêt et que je connais depuis longtemps,  me tannait depuis des années en me disant que je pouvais écrire si je le souhaitais car elle m'en pensait capable. Le texte l'a intéressé et on a travaillé de manière à obtenir des textes les plus aboutis possibles. Mais je ne me présenterai jamais comme un écrivain : j'écris des livres, mais c'est un moment dans mon parcours, peut-être qu'il n'y aura pas de suite ou qu'il y en aura, mais il n'y a pas cette même évidence qu'avec l'activité de musicien. Autant je sais qu'ad vitam eternam et si l'occasion m'en est donnée je continuerai à écrire des chansons, autant tout ce qui est extramusical c'est plutôt des moments, ce n'est pas un travail en continu.

Dominique A par Richard Dumas

Votre musique est souvent empreinte de nostalgie, en mode mineur : est-ce trop compliqué d’écrire sur le bonheur ?

Au-delà de la complication (et je peux me tromper), je trouve ça inutile. Le bonheur ça se vit. Il y a des exceptions, mais j’ai toujours en tête le chanteur de Pulp qui avait dit en interview qu’un jour il avait entendu «Don’t worry be happy» le jour où il venait de perdre quelqu’un de cher et il avait eu envie de casser sa radio. En tant qu’auditeur j’adore les chansons en mode mineur, et je trouve que ça permet de se rattacher à ses contemporains, à l’humanité: on partage tous des moments de difficulté et la chanson en mode mineur aide à se sentir moins seul, que ce soit pour le créateur ou pour l’auditeur qui peut se projeter, c’est un baume. Je ne vois pas l’utilité de la chanson en accords majeurs qui chanterait le bonheur. Quand on est heureux on n’a pas forcément envie de le partager. Même si c’est un grand mot disons que c’est une sorte d’attitude philosophique vis-à-vis de l’existence et de la conception de l’art. Il y a forcément des contre-exemples. Les chansons absurdes de Philippe Katerine en accords majeurs peuvent me mettre en joie aussi, je ne vais pas faire de généralité. Mais j’écoute avant tout des choses un peu tristes écrites par des gens qui sont souvent des bons vivants ! Peut-être car ils évacuent cette tristesse.

Partager et toucher le grand public : est-ce que des prix comme la Victoire de la Musique ou le Prix de l'académie Charles Cros comptent pour vous ?

Même si elles sont en chocolat, ça reste des médailles qui font du bien ! Je ne savais pas à quel point cela faisait du bien, et je me suis rendu compte que j'étais hyper sensible à ça, ça doit être mon côté "bulletin scolaire"! Ca met en confiance, si on nourrit des doutes sur ce qu'on fait ce sont des petites balises qui permettent de continuer plus confiant, et ça modifie le rapport que vous avez avec les gens avec qui vous travaillez et qui sont aussi concernés. Ceux avec qui je travaille sont très investis et ils sont donc tout aussi contents que moi - la maison de disque, ma manageuse,..., les gens étaient euphoriques car eux aussi recevaient ce prix. Cela peut paraitre un peu béni oui-oui mais c'est la réalité. Dans un parcours comme le mien sur autant d'années, alors que je suis identifié comme artiste solo, il y a en fait beaucoup de gens autour du projet.

Certains vous avaient découvert avec "Monochrome" de Yann Tiersen où vous chantiez en anglais, et on trouve parfois quelques mots d'espagnol dans vos albums : vous envisagez de chanter un jour dans une autre langue ?

Question langues c'est vite fait, c'est anglais et espagnol car le serbo-croate c'est forcément exclu... (sourires). L'anglais, j'ai mis le hola car mon accent est absolument déplorable, après je ne dis pas fontaine je ne boirai pas de ton eau, mais chanter dans une autre langue que le français m'est de plus en plus étranger. J'ai besoin de la proximité maximale avec les mots que je chante.

On parlait de Yann Tiersen et vous avez réalisé plusieurs duos, dont un avec la Tourangelle Mesparrow : comment naissent ces rencontres ?

Je vais paraitre présomptueux, mais en fait ce sont des propositions qu'on me fait et que j'accepte ou non. Le lien était évident avec Mesparrow car l'un de mes musiciens de la tournée de l'époque avait produit son album, et si j'apprécie le travail des gens j'accepte volontiers. Mesparrow fait partie des rares personnes qui peuvent se permettre de chanter en anglais sans sonner artificiel, et c'était un plaisir de collaborer avec elle. Paradoxalement, même si j'en ai fait beaucoup, l'idée du duo ne m'attire pas. Quand c'est réussi j'en suis heureux, comme ce titre avec Mesparrow, mais par exemple sur mes disques les seuls duos que j'ai fait c'était avec Françoiz Breut, ma compagne de l'époque. Mais vous ne trouverez pas de featuring ou d'invités, car mes chansons traitent de l'intime et je ne trouve pas que cela se partage vocalement. Pour que les gens croient ce que vous racontez, il faut qu'ils aient la sensation que quelqu'un leur parle au creux de l'oreille, donc il faut un seul interlocuteur. Dès qu'il y a deux chanteurs, on rentre dans une rencontre musicale, presque excluante pour l'auditeur.

 

Un rituel avant d’entrer en scène ? On appelle ça un verre de vin blanc ! Sinon j’aime bien rigoler avec les musiciens, être un peu dissipé, ne pas être dans l’émotion de ce qui va se passer pour tout se prendre dans la gueule en montant sur scène.

Votre cadeau de Noël rêvé ? Aïe… c'est compliqué car je manque de fantaisie, un bon livre et je suis heureux ! Peut-être ouvrir la porte et revoir des personnes que j'aime et que je n'ai pas vues depuis longtemps. Qu'ils soient entourés de papier et de rubans !

Votre prochain grand voyage ? J'aimerais vraiment aller en Patagonie. Je suis allé plusieurs fois au Groenland et dans les images que j'ai vues de la Patagonie, il y a une familiarité dans les paysages mais aussi quelque chose de différent, donc j'aimerais en faire l'expérience.

Dernier coup de cœur au cinéma ? Ca fait un moment que je n'y suis pas allé, donc je dirais que virtuellement ce serait la trilogie de Gomes Les Mille et une Nuits que j'aurais adoré voir.

Dernier livre lu ? La fiancée de Bruno Schultz m'a beaucoup plu. J'aime assez les livres qui prennent des personnages ayant existé pour créer une fiction autour d'eux, c'était le cas avec La Petite communiste qui ne souriait jamais par exemple. Bruno schultz était un écrivain, assassiné par les nazis, qui avait une histoire avec une femme qui était sa muse et a ensuite vécu seule et devient l'héroine de ce roman. C'est un livre fort, avec cette histoire d'amour, la fidélité au passé, des partis pris littéraires qui m'ont séduit comme les passages d'un pronom à un autre avec un changement de narrateur sans bascule, c'est assez troublant… C'est un livre que je recommande chaudement !

Dominique A par Richard DumasDominique A sera en Touraine pour une concert à l'Espace Malraux le jeudi 17 décembre à 20h30. Les informations et réservations sont en ligne sur www.espacemalraux-jouelestours.fr

 

 Crédits photos ©Richard Dumas.

 

Dominique A