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Jack DejohnetteJACK DEJOHNETTE

«  Je suis un musicien du dialogue »

 

Batteur mythique de la scène jazz contemporaine, Jack Dejohnette a joué avec les plus grands avant d’en devenir un : Miles Davis, John Coltrane, Stan Getz ou Sonny Rollins. Avant son concert en trio pour le festival Emergences, il répond à quelques questions de PROG!

Vous avez débuté la musique au piano, pourquoi avoir choisi finalement la batterie ?

Je jouais des deux instruments au début, mais lorsque je suis arrivé à New York on m’a engagé comme batteur, tout simplement.

Est-ce que votre expérience au piano influence votre manière de jouer de la batterie ?

Oui, sans aucun doute, d’autant que je joue toujours du piano et que j’en ai fait un album (Return). Cela me permet d’avoir un regard en quelque sorte plus coloré, plus orchestral, et la pratique d’un instrument enrichit celle de l’autre. En connaissant la théorie, l’harmonie, je peux participer plus intensément à la composition des morceaux.

La batterie est pourtant souvent en arrière-scène, en arrière-plan dans un groupe : cela ne vous dérange pas?

Non car je n’ai jamais été un musicien d’arrière-plan ! Je suis un musicien du dialogue, je joue une conversation avec les autres musiciens, donc je ne me suis jamais perçu comme un musicien d’arrière-plan, mais plutôt comme un musicien intégré, interactif.

Jack Dejohnette Trio

La batterie tient une place essentielle dans le film Whiplash qui met en scène un jeune homme qui veut devenir un grand batteur de jazz : qu'en avez-vous pensé ?

Je n’aime pas ce film car il ne reflète pas la réalité et il ne rend pas du tout service au jazz. C’est un film qui cherche le clash, l’émotion, mais ce n’est pas un film sur la musique. On y parle de la relation entre le batteur et son professeur, avec de bons acteurs, mais cela ne célèbre pas le jazz.

Est-ce que cela reflète tout de même les expériences de l’enseignement que vous avez eues ?

Il y a peut-être des enseignants comme celui-là, mais je n’en ai jamais rencontré. Personnellement, j’ai eu l’occasion de donner quelques master class ou des ateliers, et c’est plaisant. C’est une manière d’échanger avec d’autres musiciens, de transmettre ce que je connais à d’autres, et de découvrir ce qu’eux-mêmes apportent.

Dans vos récents albums vous vous êtes tourné vers la musique new age et la world music : qu’est-ce qui vous a poussé vers ces horizons ?

World music… Toute musique est forcément une musique du monde vous savez… Ce sont les maisons de disque et les publicitaires qui créent des catégories. Mais tout est musique : le classique, la folk, le jazz, les musiques africaines, indiennes… Bien sûr ce n’est pas du jazz comme on l’entend habituellement, mais le jazz a lui aussi été influencé par d’autres types de musique du monde entier. D’ailleurs les compositeurs de musique classique se laissaient influencer eux aussi… Finalement tout le monde passe d’une musique à l’autre.

 

Le concert que vous donnerez pour le Festival Emergences reflètera-t-il ces mélanges musicaux ?

Je pense qu’on jouera surtout des morceaux originaux, de l’improvisation avec Ravi Coltrane au saxophone et Matthew Garrison à la basse qui apportera aussi quelques touches d’électro. Il y aura au programme le morceau « Atmospheres », sans doute un ou deux Coltrane, de l’impro, et dans l’ensemble des morceaux à nous.

Justement, comment travaille-t-on l’improvisation ?

Comme n’importe quoi d’autre : on apprend les bases de la discipline, et l’improvisation est en chacun de nous, mais certains sont plus doués que d’autres. C’est comme un langage, les musiciens apprennent les gammes, les tonalités,…, et ils créent alors leur propre langue et peuvent converser entre eux au sein d’un groupe. Cela demande aussi une grande qualité d’écoute, et d’interaction, pour pouvoir accepter l’imprévu, la spontanéité. D’ailleurs les compositions ont toutes débuté par une improvisation qui a ensuite été mise par écrit. L’improvisation sur scène est spontanée, dans l’instant, et ne sera jamais répétée à l’identique.

N’est-ce pas alors frustrant de perdre cette spontanéité au moment d’enregistrer un disque ?

Pas forcément… C’est un peu la différence entre le classique et le jazz : le classique avait cette habitude de laisser un passage à l’improvisation, et le jazz a développé cette tradition. Les musiciens ont des grilles d’accord sur lesquelles ils peuvent jouer, un peu comme une carte routière. L’essentiel est de raconter une histoire et de communiquer avec les autres musiciens et avec le public, et finalement de rendre la musique agréable.

Pour finir auriez-vous un conseil pour les batteurs qui nous lisent ?

Il faut passer un bon moment, jouer d’un autre instrument (le piano qui est aussi de la famille des percussions, de la guitare, des marimbas,…), jouer avec d’autres personnes qui soient aussi bonnes ou meilleures que vous, et surtout s’amuser avec la musique !

 

Le mot français que vous aimez prononcer ? J’aime la sonorité de «A tout à l’heure», et aussi «formidable».

Le dernier livre que vous ayez lu ? Je lis en ce moment Enfin, bref de John Cleese. Et aussi récemment One summer : America 1927 de Bill Bryson.

Festival Emergences 2015La tournée européenne du Jack DeJohnette Trio passera par la Touraine, en point d'orgue du Festival Emergences. Rendez-vous au Théâtre Olympia de Tours le vendredi 13 novembre et sur le site d'Emergences pour retrouver la programmation du festival organisé par Jazz à Tours et le Petit Faucheux. Et direction le site de l'artiste pour le reste de sa tournée.

Jack Dejohnette dans PROG