L’AGENDA DES SORTIES DU 37

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GONZAGUE SAINT BRIS

«  refaire de la Touraine le coeur des lettres »

Ecrivain, historien, journaliste,… Gonzague Saint Bris a plusieurs vies, et l’une d’elle le ramène vers sa Touraine natale en tant que créateur de la Forêt des Livres qui se tient chaque année à Chanceaux-près-Loches. PROG! saisit l’occasion pour lui poser quelques questions.

La Forêt des Livres a 20 ans, comment est née l’idée d’organiser cet événement dans le Lochois ?

J’avais la volonté que ça vienne de province, je ne voulais pas faire un énième événement parisien littéraire : tout se passe à St Germain des Prés. Je me suis également demandé comment il était possible que la Touraine, le pays de Rabelais, de Ronsard, de Balzac, de Vigny, le pays légitime de la littérature où le roman de la Renaissance a commencé, ne soit plus identifiée à la littérature. Il était donc nécessaire de refaire de la Touraine le cœur des lettres. J’ai donc voulu faire cet événement dans un lieu inconnu, un petit village de 150 habitants, et dans une forêt car les livres sont issus des arbres et les écrivains reviennent donc avec l’hommage de leurs feuilles. Aujourd’hui il y a 30 communes partenaires, grâce notamment à l’opération du « Retour des écrivains au pays » : chaque village associe un de ses représentants à un écrivain, et quand la bise fut venue, l’hiver tout ça, on fait revenir l’écrivain pour qu’il y ait toujours des écrivains qui se baladent dans le pays, pour des conférences, des rencontres en écoles,...

Quels jeunes talents avez-vous repéré cette année ?

Par exemple François Henri Desérables qui vient déjà de recevoir un prix. David Foenkinos avait reçu son 1er prix à la Forêt des Livres pour son 3e livre, et l’an dernier nous l’avions récompensé pour Charlotte bien avant tout le monde. Comme l’événement a lieu fin août, on anticipe les récompenses d’automne (les prix Goncourt, Renaudot, etc.). Mais surtout ce qui est formidable c’est d’accueillir 60.000 personnes en une journée, c’est une vraie récompense pour notre travail bénévole au fil de l’année. La presse américaine a parlé d’un « Woodstock de la littérature » car c’est rare d’avoir un public de concert pop pour une signature de bouquins.

C’est la preuve que l’écrit a donc toujours sa place dans notre société de l’image ?

Avant l’imprimerie, le livre coûtait le prix d’une maison de trois étages, après l’imprimerie il coûtait le prix d’un livre. Aujourd’hui, l’imprimerie c’est internet. Ce qui est extraordinaire avec internet, c’est que c’st la nouvelle bibliothèque universelle. C’est hallucinant de penser que si vous voulez savoir qui est Maxime Du Camp, qui a voyagé avec Flaubert, vous cliquez et vous savez qui c’est. Internet m’a aussi permis de constater que les Français écrivent ! En 2000 j’avais créé le site gratuit libredition.com et je me suis aperçu qu’il y avait 7 millions de Français qui écrivent ! Il y a 15% de Français qui ont un journal intime, 10% de Français qui griffonnent pour leur loisir. L’écriture est une passion française et on ne l’aurait pas vu sans internet.

C’est la solution pour revaloriser l’écrit ?

Cela prouve surtout qu’on est un grand peuple littéraire, comme les Russes. Il y a d’ailleurs eu un sondage dans le Figaro littéraire : quel est le plus beau des métiers en France ? Et les gens ont répondu écrivain.

Le colloque de cette année à la Forêt des Livres s’intitule « 1515-2015 : Demain, une nouvelle Renaissance », c’est un projet auquel vous croyez ?

C’est une idée tout à fait nouvelle qui correspond à une réalité très forte : on croit que les Renaissances sont nées dans des périodes fastes, mais en fait les renaissances sont toutes nées dans des périodes difficiles, des périodes de crise. On ne peut pas nier qu’on est dans une période de crise, et on ne peut pas nier non plus qu’une renaissance est possible. Je ne suis pas le seul à porter cet espoir puisque Jacques Attali a écrit cette année dans le JDD un article sur le même sujet en annonçant une renaissance pour la France.

Une Renaissance à la fois culturelle et sociopolitique ?

Oui cela va ensemble, la Renaissance a été le mariage de la technologie et de l’art, du commerce, du mécénat dans toute l’Europe. Je tente de contribuer à cette nouvelle Renaissance avec la Culture Drone : une série de clips de 2.30min réalisée avec des drones, qui mettent en valeur le patrimoine français, car aujourd’hui l’une des grandes ressources du pays c’est le incoming, c’est-à-dire faire rentrer des gens en France.

Comment avez-vous sélectionné les monuments qui apparaissent dans Culture Drone ?

Ce sont des endroits que je connaissais et qui me semblaient intéressants pour les spectateurs et pour le monde éducatif car je vais beaucoup dans les écoles difficiles, où je participe à des programmes de lutte contre l’illettrisme. Les enfants sont très sensibles à cette façon de communiquer. Lors de la présentation de ces drones à l’Académie des Beaux-arts, Pierre Cardin a dit ce mot magnifique : « c’est une nouvelle façon de lire ». Au moment où on assiste à un épuisement de la lecture (auquel moi je ne crois pas, car je vois avec la Forêt des Livres combien les gens sont liés à l’écrit), l’image est une façon d’écrire, et pour les enfants c’est important. On a été élevés avec des images sans légendes, mais dans Culture Drone les images sont contées, racontées, et en 2.30min on apprend à peu près tout sur Versailles. Comme le disait Tchekov « la brièveté est sœur du talent », autrement dit en peu de temps on peut dire beaucoup de choses. On a pris des lieux dans toutes les régions, du château de Ferrand en Anjou à la citadelle de St Tropez dans le sud de la France, je me suis attaché aussi à faire les maisons d’écrivains, avec en Touraine Saché, la Devinière de Rabelais, au Pays-basque la maison d’Edmond Rostand, en Bretagne le château de Combourg de Chateaubriand, et même jusqu’en Azerbaïdjan pour filmer le voyage d’Alexandre Dumas au Caucase.

Y a-t-il d’autres monuments que vous rêvez d’inclure ?

Il y en a plein ! De nombreux châteaux qui font la France, comme celui d’Anet où vécut Diane de Poitiers, les châteaux de la Loire, les maisons d’écrivains mais aussi les maisons de peintres qui sont toutes très intéressantes.

 

Culture Drone "Les Châteaux qui font la France" Teaser from pierre schwartz on Vimeo.

Dernier film vu ? Valley of Love avec Depardieu et Huppert. À la fois angoissant et très profond.

Votre sport préféré ? La marche, mais pas marcher idiot, il faut marcher à thème, sur les pas de George Sand dans le Berry, ou sur les pas de Balzac en Touraine comme on l’a fait pour son bicentenaire en parcourant un chemin de Tours à Saché.

Un mot que vous détestez? « Y’a pas d’souci » car en général lorsqu’on vous le dit, cela annonce pas mal de problèmes et ce n’est pas du tout rassurant !

Le meilleur endroit pour lire  ?  Le lit de lecture suspendu dans les arbres à Chanceaux-près-Loches.

La Forêt des Livres 2015 se déroulera à Chanceaux-près-Loches le dimanche 31 août 2015 de 9h à 21h30 en accès libre. Retrouvez toutes les infos sur www.laforetdeslivres.com et sur PROG! évidemment !

 

Crédits photos : Portrait Armand Langlois - photo de la Forêt des Livres Philippe Maillé.