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ZEBDA

«  avant d’être musiciens, on est citoyens »

Après huit ans de pause, les Toulousains sont revenus en 2011 avec Second Tour, et ont sorti Comme des Cherokees en août 2014. Ils passeront par les Courants d’Amboise le 4 juillet. L’occasion d’en apprendre plus sur la vie du groupe avec Hakim, l’un de ses chanteurs.

Avec le recul que vous avez aujourd'hui, qu’est-ce que la parenthèse du groupe de 2003 à 2011 vous a apporté ?

Que du positif ! On a continué à se croiser dans la vie de tous les jours, mais le break nous a permis aussi de prendre du recul.  Avec Zebda c’était 15 ans de route, de concerts, d’albums, avec l’énorme succès de «Tomber la chemise» en 1999 qui avait déjà été à l’époque un nouveau départ pour nous après 10 ans d’existence. On ne s’est jamais dit que Zebda c’était terminé, on a toujours vu cela comme un break. En huit ans on a pu rencontrer d’autres artistes, dans un état d’esprit de recherche musicale et d’influences différentes de celles dans lesquelles on avait vécu ensemble.  Avec mon frère Mustapha on a par exemple monté le projet «Origines Contrôlées» avec lequel on a sorti 3 albums, Magyd a publié des bouquins et fait des disques… Puis en rediscutant en 2011 avec Magyd, Joël et Rémi - les musiciens historiques du groupe, et mon frère et moi, on s’est demandé si on pouvait refaire de la musique ensemble et la réponse a vite été oui car on avait envie de se retrouver musicalement.

 

 

Sur Comme des Cherokees on retrouve le Zebda engagé qui nous propose des portraits de la société d’aujourd’hui : en plus de 20 ans d’existence, le monde autour de vous a changé?

Disons que c’est pas pire ! Il y a des choses qui ont évolué, en positif ou en négatif. Quand on a fait cet album et le précédent, Second Tour (2011), on a eu nous aussi l’impression de retrouver Zebda, avec notre identité musicale toujours présente mais avec aussi une évolution, allez on va dire une certaine «maturité» après ces huit ans de pause (rires). Notre côté militant ne s’est jamais arrêté car avant d’être musiciens, on est citoyens. L’histoire du groupe est d’ailleurs comme ça : Zebda est né pour les besoins d’une association. Quinze ou vingt ans après, on se rend bien compte que la France n’est pas le pays pourri que certains décrivent. Mais ce n’est pas parce que c’est un des plus beaux pays du monde (soyons chauvins!) qu’on va se taire et ne pas parler des injustices. On a toujours envie de mettre du sens dans ce qu’on dit, dans nos paroles, dans nos musiques, et ça depuis le début.

La chanson "Appel d'air" fait d'ailleurs référence à l'immigration, qui trouve malheureusement un écho dans l'actualité récente.

Ce sont des situations dramatiques… Sur l'album Second Tour la chanson "Harragas" traite aussi de l'immigration : les Harragas ce sont "les brûlés", ces Algériens qui prennent la mer pour émigrer. On aime bien dédier certaines chansons en concert aux gens qui tentent l'aventure de l'immigration, on pense à nos parents quand on dit ça, parce qu'ils l'ont tentée il y a 60 ans et aujourd'hui encore des gens sont de l'autre côté de la Méditerranée et risquent leurs vies sur des barques surchargées en quête d'une vie meilleure. On a tous droit à une vie meilleure, mais rien n'est fait des deux côtés de la Méditerranée pour que ce fléau ne prenne pas cette ampleur. L'Europe choisit de construire des murs toujours plus hauts pour empêcher les gens de venir ici plutôt que de faire en sorte que les gens soient bien chez eux. Au lieu de se demander ce qui pousse les gens à s'embarquer, on choisit la répression. Tout ça fait partie des choses qui révoltent d'autant plus que ce sont des jeunes, des femmes, des enfants qui peuplent les fonds de la mer. Quand j'entends qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, et que je vois des proches en Algérie qui considèrent qu'ils sont dans une "prison à ciel ouvert" car ils ne peuvent pas sortir du pays et que l'avenir est bouché à cause de la corruption, des détournements de fonds… alors que les ressources naturelles en sous-sol sont énormes ! Il y a un réel problème. On a viré Hussein ou Kadhafi mais pour mettre quoi derrière ? On ne va pas mettre BHL ! (rires)

Question politique, où en est Zebda ? François Hollande vous avait rendu visite entre les deux tours de la présidentielle 2012…

On n'a aucun lien avec des partis politiques. Entre les deux tours on avait soutenu Hollande car c'était logique par rapport à notre position politique en tant que groupe et individus. Entre Hollande et Sarkozy, le choix était vite fait, on a considéré que c'était un vote utile. De toute façon, le comble du vote utile c'était voter Chirac en 2002 alors qu'on avait chanté "Le bruit et l'odeur" quelques années avant ! C'était un votre "contre", et en 2012 on a voté "contre" Sarkozy. Au 1er tour on n'avait appelé à voter pour personne car on est des individus citoyens, et chacun a son opinion politique et vote pour qui il veut. Alors qu'entre les deux tours on était à Bourges, on nous a demandé si François Hollande pouvait venir nous voir aux balances, on a dit oui, il a fait sa photo entouré par les journalistes, et on s'est dit que si ça pouvait aider à amener l'alternance au pouvoir…

Pour revenir à des choses plus légères, est-ce que Toulouse aussi a changé comme le laisse entendre la chanson "Accent tué" ?

En France on essaie d'uniformiser l'accent, les accents se perdent, on ne les entend plus à la télé, que tu sois à Strasbourg ou à Marseille c'est la même chose. Vous à Tours et nous à Toulouse, on a chacun notre accent ! C'est le côté centraliste de la France sans doute, les accents se perdent alors que nous on aime bien ça, ça permet d'exprimer quelque chose. Au début on nous demandait de gommer notre accent mais on ne s'y reconnaissait pas, et en écoutant Nougaro qui mettait de la musicalité dans ses mots sans se poser la question de l'accent on a bien vu que c'était possible. On trouve que c'est dommage que les accents se perdent. Dans notre génération on roulait les R et on l'entend de moins en moins. Mais comme on dit dans cette chanson, ce n'est qu'une "petite larme en passant"!

Comment se passe la tournée jusqu'ici ?

On a un concert par semaine en ce moment et le rythme va aller en s'accélérant jusqu'à fin juillet et tout se passe bien. On refera quelques dates à l'automne. On est sur d'autres projets en parallèle de Zebda, quand on s'arrête on réfléchit à d'autres manières de faire de la musique, avec d'autres gens, Magyd a des projets, Mustapha et moi préparons quelque chose pour l'automne… Zebda c'est notre base, le fil rouge de notre vie musicale, et au-delà d'un groupe, c'est un état d'esprit.

Un rituel avant de monter sur scène ? On tchecke juste avant de monter, au pied de l’escalier, on se met en bloc et on se dit «prenons du plaisir»!

Des inconvénients dans la vie de tournée? On est des anciens, on a appris à se laisser de l'espace, donc y'a pas vraiment de problème d'autant qu'on tourne en bus donc c'est assez confort. Les rares discussions un peu musclées c'est quand on débriefe après un concert. Mais à nos âges on ne se prend plus la tête, on ne va pas aller faire de la musique avec des gens qu'on n'aime pas !

Votre expression du moment ? "a'men donné", c'est-à-dire "à un moment donné" mais à la toulousaine, et il faudrait que j'arrête de le dire pour que mes enfants ne prennent pas cette habitude ! Après on se chambre beaucoup entre nous, mais pas d'expression particulière.

Dans votre mp3 en ce moment ? Côté nouveautés j'écoute Karimouche, avec laquelle mon frère Mustapha a collaboré. Et sinon je me suis replongé dans Bob Marley, c'est un peu récurrent chez moi!

La chose à voir ou à faire à Toulouse ? Pour écouter un peu de musique acoustique, il y a Maison Blanche dans le quartier Armand Bernard. C'est le quartier populaire de Toulouse où on trouve des cafés culturels, des restaurants musicaux comme la Casbah où il y a un concert tous les lundis en mode open micro et bœuf. Autrement les classiques c'est un café sur les bords de Garonne au soleil. Toulouse c'est un peu un grand village, tout en étant très diversifié. On peut boire des coups place St Pierre avec les rugbymen, et se poser dans des bars rocks ou aller au Bikini pour un concert, une des meilleures salles de France dans cette capacité-là (1500 places)! Mais étant Toulousain je vais forcément bien vendre ma ville !

Le site officiel du groupe vous donne toutes les infos sur les nouveaux clips et autres albums disponibles dans les bacs et sur internet : www.zebda.fr .
Retrouvez le groupe en live sur la scène du Festival Les Courants à Amboise le samedi 4 juillet prochain. Toute la programmation du festival sur PROG! et sur le site www.lescourants.com

 

Photographies ©Thierry Teston

Zebda par Thierry Teston