L’AGENDA DES SORTIES DU 37

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Xavier ZimermannXAVIER ZIMMERMANN

"freiner la rapidité du regard"

Comme chaque année, le Domaine de Chaumont se transforme en galerie d’art contemporain. Xavier Zimmermann, photographe et plasticien, y propose deux séries de photographies, où la nature est à l’honneur. Pour PROG! il en dit plus sur ses créations.

Comment choisissez-vous les lieux que vous photographiez ?

Je ne peux pas me balader à faire des repérages car cela demanderait trop de temps, donc c’est un petit peu au gré de là où je suis… C’est d’ailleurs pour cela que mes séries durent très longtemps dans le temps et que j’en ai souvent plusieurs en parallèle : cela me permet de trouver à chaque fois que je me déplace à peu près ce que je veux, en fonction de la série sur laquelle je travaille.

On trouve donc aussi bien des forêts françaises que des lieux croisés lors de vos voyages à l'étranger ?

Cela aurait pu être le cas, mais il se trouve que dans les expositions présentées à Chaumont ce sont des photographies faites un peu partout en France, sans endroit précis. Par contre la série "Canopée" exposée à Chaumont a été réalisée spécialement pour le festival, et les photos ont été prises sur place.

La série «Canopée» qui explore les cimes de forêts contraste avec les «Paysages ordinaires» au ras du sol : qu’est-ce qui vous a amené à vous élever vers la canopée ?

Une série m’entraîne vers une autre. Le fait d’être à ras du sol permet de montrer un autre point de vue car on est rarement le nez par terre. Cela m’a amené à prendre l’autre extrême en étant en haut des arbres, pour avoir une vision décalée. C’est un jeu intellectuel entre être à ras de terre et à ras ces cimes.

Techniquement comment avez-vous pris ces photos?

C’est tout simple, je suis monté à 30 mètres de hauteur à l’aide d’une nacelle manœuvrée par des techniciens et on s’est «baladés» dans le parc de Chaumont pour trouver des points de vue intéressants. Il était tout à fait possible que je ne trouve pas de points de vue satisfaisants, le Domaine de Chaumont savait qu’il y avait ce risque que je ne trouve pas ce que je voulais par rapport à ce que j’avais imaginé. Le hasard a donc bien fait les choses,  puisqu’il m’était difficile de faire des repérages avant les prises de vue.

Série "Canopée"

Dans ce monde de l’image instantanée, quelle relation avez-vous avec ces photos prises avec téléphone ou appareils numériques ?

Je suis à l’inverse de cela : si je prends 20 à 30 photos dans l’année c’est déjà beaucoup ! Je suis à l’opposé de la photographie numérique, où on prend 150 images avec son appareil ou son téléphone portable. Tout mon travail plastique (car je ne fais pas que de la photo) tend à vouloir freiner cette rapidité du regard qu’on a actuellement.

Vous enseignez aussi à l'Ecole Européenne Européenne Supérieure de l'Image à Poitiers : l'enseignement a-t-il un impact sur votre processus créatif ?

Enseigner c'est pour moi plus un acte militant et politique qu'autre chose. L'éducation de l'image est aujourd'hui primordiale car on est dans un monde d'images. J'adhère totalement à la phrase de Bourdieu qui disait que les analphabètes de demain sont ceux qui ne savent pas décoder les images. C'est aujourd'hui essentiel !

Avez-vous participé à l'installation de votre exposition au Domaine de Chaumont ? Comment décidez-vous où placer vos œuvres ?

Bonne question ! J'ai participé à l'installation. A Chaumont j'avais deux salles à disposition, une pour chaque série, "Canopée" et "Paysages ordinaires". Au départ j'avais pensé à mettre la "Canopée" dans la plus grande salle, puis j'ai changé d'avis : cette série traite de la notion d'espace, et le fait de l'installer dans la petite salle plonge plus le spectateur dans l'exposition. La plus grande salle permet d'avoir du recul sur les photographies de "Paysages ordinaires", car ce sont des images avec un 1er plan net et un 2e et 3e plan flous. On a deux points de vue différents sur la photographie en fonction de là où on se trouve : tout près d'elle, on ne voit que 5 ou 6 cm d'image nette, et quand on recule on voit toute l'image nette.

Avez-vous d'autres projets en cours ?

Je ne fais pas que de la photographie. Je démarre une activité cinématographique avec une fiction, et j'ai des projets en volume qui n'ont pas encore été montrés, et une installation.

Série "Paysages ordinaires"

Votre film préféré ?  Difficile… Disons «Dersou Ouzala» de Kurosawa.

Votre musique du moment ? Je suis très éclectique, ça va du classique au rock en passant par le reggae, mais en ce moment c'est plutôt de la dub avec des groupes comme Dub Incorporation par exemple.

Une exposition à nous recommander ? Je crois qu'elle est terminée mais le travail de David Altmejd présenté au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris m'a impressionné.

Vos vacances de rêve ? Avec mon épouse nous évoquions justement la Jamaïque !

Rendez-vous sur le site de Xavier Zimmermann pour découvrir son travail : www.xavierzimmermann.fr et bien sûr au Domaine de Chaumont-sur-Loire qui accueille  le Festival International des Jardins jusqu'au 1er novembre 2015. Retrouvez à cette occasion plusieurs dizaines d'artistes contemporains avec l'exposition extérieure et les installations proposées dans le Château et ses dépendances. Tous les renseignements sur www.domaine-chaumont.fr .

 

Xavier Zimmermann