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JACQUES WEBER

«  jouer Harpagon était un de mes rêves »

Monstre sacré du théâtre, Jacques Weber excelle sur les planches dans les classiques et les pièces contemporaines. Il sera à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours dans un Avare de Molière mis en scène par Jean-Louis Martinelli : un rôle qu’il attendait.

Vous n’aviez encore jamais joué l’Avare avant cette tournée ?

C’est la 1e pièce que j’ai vue, à la Comédie Française, et immédiatement en sortant j’ai dit «je veux faire du théâtre!». J’ai commencé à monter des petits spectacles au Cœur Vaillant, une institution catholique un peu comme les scouts (mais plutôt de gauche), et notamment de larges extraits de l’Avare où je jouais Harpagon, à l’âge de dix ou onze ans. Au fil de ma carrière j’ai souvent joué Molière, en tous cas la plupart des grands rôles - Alceste, Don Juan, Arnolphe, Tartuffe, près de 500 fois chacun, et jouer Harpagon était un de mes rêves, mais il fallait attendre d’avoir l’âge pour jouer l’Avare. Donc je suis très heureux de le retrouver, de le découvrir avec une équipe et un metteur en scène formidables.

C’est une pièce où les jeunes et les vieux s’opposent…

Il y a d’évidence un rapport extrêmement tendu, voire violent, entre Harpagon et une jeune génération qui doit se débrouiller coûte que coûte malgré les restrictions budgétaires auxquelles on les oblige, et qui incarne l’élan de la jeunesse. Face à cela il y a cet homme vertigineusement pris dans les mailles de l’angoisse de la mort, et de folie du pouvoir et de la possession. Je pense qu’Harpagon est un personnage qui va bien au-delà de la simple caricature d’un avare, c’est même à mes yeux assez secondaire. C’est une fois de plus un immense personnage paradoxal et donc humain, comme Molière sait les peindre: ce n’est pas qu’une farce, c’est une très profonde comédie qui vient dans la dernière période de la vie de Molière, homme d’expérience, de courage, de souffrance, de douleur. On y retrouve les problèmes dont Molière parle toujours, comme ses rapports avec l’amour et les jeunes femmes. Je pense que l’Avare est une très grande pièce qui, comme beaucoup de pièces très célèbres, a presque pâti de cette célébrité car on l’a mise dans un moule définitif de vieil avare aigrelet et hargneux. Or comme tous les chefs d’œuvre, il y a mille autres façons de le lire.

Est-ce que les classiques ont encore une résonnance aujourd'hui ?

Je me méfie de toutes ces pensées un peu généralistes et parfois dangereuses qui nous égarent beaucoup. Je pense simplement que pour que l'arbre bourgeonne, il lui faut des racines, et que j'ai tendance à me sentir bien dans les classiques. J'ai aussi fait beaucoup d'autres choses, heureusement! Mais j'aime bien retrouver les grands classiques, il y a là quelque chose qui me fascine. Je n'aime pas la phrase qui consiste à dire "parce que c'est tellement moderne" car il n'y a rien de moins moderne qu'un classique. Simplement ce sont des textes qui ont été on ne peut plus précis et pugnaces et presque entomologiques sur leur propre époque, à tel point qu'ils en deviennent intemporels parce qu'on touche à l'universalité. Mais l'intemporalité du classique n'a rien à voir avec la modernité, il ne faut pas tout confondre.

Vous avez vous-même mis en scène pour le théâtre et la télévision, pensez-vous revenir prochainement à la mise en scène ?

Pour l'instant ce n'est pas le sujet. Je suis très partagé entre écrire la journée, pour une traversée vers un autre monde que le nôtre et puis jouer le soir, et là encore être à l'écart du monde. Mais se mettre à l'écart c'est aussi se mettre à distance pour mieux regarder et mieux voir. Je pense qu'un jour ou l'autre je remettrai en scène, mais tout part chez moi de ma vraie profession qui est être acteur. Je suis un acteur qui parfois met en scène et qui parfois écrit, mais c'est vrai que mon ambition c'est peut-être de devenir un jour, sur le tard, un écrivain…

L'envie d'écrire vous habite depuis longtemps ?

J'ai déjà écrit plusieurs choses qui étaient pour moi des essais. J'ai toujours eu l'habitude d'écrire mes textes, j'ai écrit ensuite un bouquin sur mon compagnonnage avec Cyrano (Cyrano, ma vie dans la sienne, ndlr), j'avais aussi écrit quelque chose sur mon parcours avec quelqu'un que j'ai beaucoup aimé, mais dans quelques semaines je publie mon premier roman chez Stock, à partir d'un fait divers qui m'a troublé.

La musique du moment ? J’ai une grande frénésie de Léo Ferré ces temps-ci, je redécouvre, ce grand poète de la chanson française, ses grands coups de gueule feraient du bien dans le bordel où nous sommes à l’heure actuelle.

Votre livre de chevet ? J'en ai plusieurs en ce moment : les notes de voyage de Maupassant, qui est un styliste hallucinant, la réédition des œuvres complètes d'Antoine Blondin, le Vagabond des étoiles de Jack London. et une compilation d'essais et de critiques de Virginia Woolf.

Votre rituel de comédien avant d’entrer en scène ? En tant que crétin superstitieux je pisse toujours dans le lavabo !

Jacques Weber incarnera Harpagon dans L'Avare de Molière le jeudi 28 mai à 20h30 à l'Espace Malraux de Joué-lès-Tours. Renseignements et réservations au 02 47 53 61 61.