L’AGENDA DES SORTIES DU 37

lien agenda
  • image annonceur
  • image contact

Trouver une sortie



JOACHIM GARRAUD

«  content que le métier de DJ ait pris du galon »

Caché derrière bien des tubes électro, Joachim Garraud a défriché le terrain aux côtés des Bob Sinclar et autres David Guetta avec lesquels il a débuté. Producteur reconnu et artiste à la fois DJ, compositeur ou claviériste, rencontre avec l’une des têtes d’affiche de la Nuit Electro.

Comment se passe une journée type pour vous ?

Les journées se suivent et se ressemblent assez peu, mais si je dois faire une moyenne disons que j’ai une vie assez classique: le matin j’emmène mes enfants à l’école comme la majeure partie des papas, ensuite je vais au studio d’enregistrement pour y composer de la musique, et le soir je prends l’avion pour aller faire un concert, quelquefois dans le même pays, et quand c’est plus loin je pars l’après-midi. Et je reviens le lendemain ou bien j’enchaîne sur un autre pays si je suis en tournée.

Vous êtes en studio pour votre nouvel album, peut-on en savoir plus ?

Je me suis couché à 8h et je n'ai dormi que 2h car je dois rendre cette nuit ma copie définitive, je suis à 24h de l'accouchement d'un nouvel album solo, qui se passe bien mais demande beaucoup de temps. Je suis très content et impatient de le donner au public car ça faisait longtemps que je n'avais pas fait d'album. C'est un peu un retour aux sources en production de musique électronique car c'est un album beaucoup plus électro et techno que mes précédentes productions qui étaient plus vocales et plus dance. C'est un album très travaillé au niveau de la production, et un peu expérimental avec quelques recherches sonores dans des univers que je n'avais pas encore défriché. Globalement c'est plus underground.

Sortir de nouveaux titres sous forme d'album n'était pas forcément dans vos projets, notamment du fait d'internet, qu'est-ce qui vous a poussé à finalement sauter le pas ?

Effectivement, si la commercialisation ne se faisait que via internet, je ne me serais sans doute pas lancé dans la production de 12 titres d'un seul coup, je les aurais sortis au fur et à mesure comme le font beaucoup d'artistes en ce moment. Mais comme ce projet d'album s'accompagne d'une sortie physique avec un objet collector, l'album a sa vraie raison d'être. Il va d'abord être vendu en digital via les plateformes habituelles, puis viendra la sortie physique collector. C'était important pour moi de proposer une version différente d'un simple paquet de fichiers mp3. Je n'en dis pas plus mais il s'agira d'un très bel objet!

Sans vouloir vous offenser, vous faites partie d’une génération de pionniers, qui a participé à la popularisation de l’électro, quel regard portez-vous sur le monde électro aujourd’hui ?

Le mot pionnier est bien choisi car ça fait vieux, mais aussi un peu en avance (rires). Tout a changé depuis mes débuts : j’ai eu la chance de commencer il y a plus de 25 ans dans un métier qui n’existait pas et qu’on a créé avec d’autres de la génération de Laurent Garnier ou David Guetta. Le métier s’est professionnalisé - on a maintenant des tourneurs, des bookers, des managers,… Si je devais faire le bilan je dirais que  1) je suis fier d’être encore dans le paysage et de faire partie des DJs qui sont demandés pour des concerts, 2) je suis content que la musique électronique se soit popularisée et que les radios aient commencé à passer cette musique qui était très underground, 3) je suis content que le métier de DJ ait évolué et ait pris du galon car quand j’ai commencé je jouais dans le noir dans la cave devant 70 personnes qui ne connaissaient pas mon nom et venaient juste profiter de la musique. Aujourd’hui on a la chance de faire le tour du monde, de voyager en jet privé, de faire danser des milliers de personnes en passant sur les mêmes scènes que les gros groupes de rock, donc cette modification du métier j’en bénéficie tous les jours et j’en suis heureux.

Malgré cette évolution il y a un regard moqueur sur le DJ ou le compositeur d'électro qui appuie juste sur une touche play d'ordinateur comme on peut le voir aux Guignols...

Il y a une vérité sous cela, qui est que du fait que le métier se soit développé et qu'on bénéficie aujourd'hui de plein de machines qui nous aident, on peut résumer méchamment la carrière d'un DJ à une personne qui passe une playlist et qui lève les bras au ciel comme David Guetta dans les Guignols... C'est une vue réductrice de la partie émergée de l'iceberg car il faut produire des titres, se différencier des autres dj en ayant son propre son, en produisant sa propre musique, ce qui demande du travail. Le fait d'être moqué prouve aussi la popularité du métier de DJ. Mais je ne me sens pas forcément concerné car j'ai fait 7 ans de conservatoire en piano et percussions avec une formation classique, je joue du clavier en live sur scène avec de l'improvisation, donc quand je suis devant un public je partage des émotions musicales.

Vous avez aussi porté votre attention sur la partie lumière et projection vidéo, notamment en 3D, où en êtes-vous ?

L'aspect spectacle m'intéresse. Il y a 25 ans les DJ utilisaient des platines vinyle, et il y avait donc un côté magicien, très physique et visuel avec des tours de passe-passe d'un titre à l'autre pour ceux que cela intéressait, car on était dans le noir. Aujourd'hui on est sous les projecteurs, et la technologie a changé : on utilise des fichiers d'ordinateurs, des clés usb, des portables, et au final alors qu'on est sur scène, les gens n'ont plus rien à voir. Si vous allez voir un DJ qui ne fait que passer ses fichiers sur l'ordi on pourrait croire qu'il est en train de consulter ses mails sur scène! C'est incroyable de voir qu'on est passé de la cave à la scène et qu'on n'a plus rien à montrer. Je pense que maintenant qu'on est sur scène, il faut qu'on fasse du spectacle. J'ai beaucoup appris avec Jean-Michel Jarre car j'ai eu la chance de produire quelques spectacles avec lui: c'est un maitre en matière de scénographie. J'ai donc essayé de trouver comment la musique électronique pouvait être représentée d'un point de vue visuel. Aujourd'hui la technologie des murs LED permet d'avoir de grands murs de 300m2 derrière le DJ, mais si c'est pour avoir juste son nom qui clignote cela flatte beaucoup l'égo mais c'est limité ! Donc j'ai travaillé sur la production vidéo pour voir si je pouvais manipuler l'image en même temps que le son, avec des sociétés comme Pioneer au Japon ou en Nouvelle-Zélande avec Serato, et on a créé des outils pour produire un spectacle vidéo qui soit synchronisé avec la musique, pour que je puisse agir de façon interactive sur la vidéo quand je joue du clavier ou quand je fais participer les gens. Plus récemment j'ai mis en place des petits masques qui permettent de visualiser la 3D et d'être immergé dans un spectacle global avec l'audio, la vidéo et maintenant le relief. J'ai développé tout cela pour me différencier des autres dj et pour aller jusqu'au bout de mon fantasme de production d'un spectacle de musique électro qui puisse toucher le grand public.

 

Aux débuts de l'électro tout se passait à Ibiza, Berlin… aujourd'hui y a-t-il une ville en vogue ?

Bientôt il y aura Tours ! Il y a toujours des lieux populaires pour les gens qui aiment la musique électronique. Ibiza il y a 20 ans était une des seules iles où on pouvait écouter de la musique très fort jusqu'à 6h du matin ou en non-stop 24h/24, maintenant il y a beaucoup de lieux qui se sont développés, également car certains ont compris que faire de la musique électronique pouvait rapporter de l'argent. Historiquement Ibiza reste donc un lieu incontournable, après il y a aussi beaucoup de festivals aux Etats-Unis, comme le Burning Man qui se déroule dans le désert du Nevada la dernière semaine d'aout et qui est le plus gros festival de déjantés aux Etats-Unis avec 70.000 personnes. Un festival que j'adore où on rencontre des gens d'une autre planète. Et j'ai récemment monté Inox Park en région parisienne le 1er weekend de septembre. Je profite de mes voyages en tant qu'artiste pour prendre les bonnes idées et produire cela en région parisienne. En 6 ans c'est devenu un rdv incontournable de ceux qui aiment la musique électronique.

 Pour le grand public français on entend beaucoup parler de votre génération et des plus jeunes, ce qui donne l'impression que les Français sont à la pointe dans le monde électro : est-ce toujours le cas ?

On pouvait parler en 2000 de la French touch avec Daft Punk ou Bob Sinclar qui ont commencé à s'exporter, avant cela il y avait Laurent Garnier dans les années 90, et après il y a eu une vague suédoise, mais maintenant c'est moins nationalisé et plus mélangé. Nous, Français avons une bonne image à l'étranger comme producteur dans ce style de musique, c'est un peu une fierté française au même titre que le punk est lié à la musique anglaise. Même si on n'a pas créé ce style, on a eu les premiers gros artistes qui s'y sont démarqués. Pour la nouvelle génération c'est plus difficile aujourd'hui de se différencier car tout le monde aura le même son dans la même semaine du fait d'internet, et il est plus compliqué de percer car tout le monde veut être DJ. Dans ma jeunesse personne ne le souhaitait, être portier ou barman était plus intéressant pour draguer et gagner plus d'argent ! La concurrence fait donc qu'il est difficile d'émerger.

Un conseil aux Tourangeaux pour passer une bonne nuit électro ?

Dormir avant pour être en pleine forme, et venir sobre puisque je pense qu’on peut prendre beaucoup de plaisir juste en écoutant la musique et en étant baigné dans une atmosphère musicale sans prendre de substances.

 

 

Votre compositeur classique préféré ? Bach.

Ce que vous détestez en avion ? Les turbulences.

Votre livre de chevet ? Le dernier livre que j'ai lu c'était une méthode de solfège pour améliorer mes connaissances en harmonie. Pas très intéressant, non ?

Le dernier film que vous avez vu ? Interstellar.

Suivez les actus de Joachim Garraud sur son site officiel www.joachimgarraud.com et retrouvez-le pour la Nuit Electro qui se déroulera le samedi 16 mai au Parc Expo de Tours avec à l'affiche : SANDER VAN DOORN/JOACHIM GARRAUD/QUENTIN MOSIMANN/ROBBIE RIVERA et bien d'autres !